PARTIE I, N. II
les biens qu'un chrétien pouvoit désirer, il auroit marqué au contraire par quelque mot, que malgré l'avertissement céleste et la diligenee extréme de saint Honorat, une mort précipitée avoit privé le saint malade du sang de son maitre, et d'une partie si essentielle de son sacrement. Mais on n'avoit point ces idées durant ces temps, et les Saints croyoient tout donner et tout recevoir dans le corps seul.
Ainsi les deux réponses de Calixte sont également vaines. Aussi M. du Bourdieu, son grand sectateur, n'a-t-il osé exprimer ni l'une ni l'autre : et dans l'embarras oü le jetoit un témoignage si précis, il tâche de se sauver, en répondant seulement que « saint Ambroise recut la communion comme il put ! ; » ne songeant pas qu'il venoit de dire qu'on avoit donné les deux espèces à Sérapion, et qu'il n'eüt pas été plus difficile de les donner à saint Ambroise si c'eüt été la coutume; outre que si on les eût crues inséparables, comme le prétend ce ministre avec tous ceux de sa religion, il est clair qu'on se seroit plutót résolu à n'en donner aucune des deux qu'à n'en donner qu'une seule. Ainsi toutes les réponses des ministres se tournent contre eux, et M. du Bourdieu ne peut nous combattre sans se combattre lui-même.
lla néanmoins trouvé un autre expédient pour affoiblir l'autorité de ce passage; et il ne craint pas d'écrire dans un siècle si éclairé, « qu'avant cet exemple de saint Ambroise, on ne trouve aucune trace de la communion des malades dans les ouvrages des anciens *. » Le témoignage de saint Justin, qui dit dans sa seconde Apologie qu'on portoit l'Eucharistie aux absens, ne le touche pas : Car saint Justin, dit-il ?, n'a pas spécifié expressément les malades, comme si leur maladie eüt été une raison de les priver de cette commune consolation, et non pas un nouveau motif de la leur donner. Mais que sera-ce de l'exemple de Sérapion? N'est-il pas dit assez clairement qu'il étoit malade et moribond? Il est vrai, mais c’est « qu'il estoit de ceux qui avoient sacrifié aux idoles, et qu'il estoit dans le rang des pénitens *. » Il faut avoir été idolâtre pour mériter de recevoir l'Eucharistie en mourant, et les fideles,
* Du Bourd., Rép., chap. xxiit, p. 318. — ? Ibid. — ? Ibid., p. 382. — * Ibid.,
qui jamais pendant tout le cours de leur vie ne se sont exclus par aucun crime de la participation de ce sacrement, en seront exclus àla mort, oü ils ont le plus de besoin d'un tel secours. Et làdessus un homme s'étourdit lui-méme, et croit avoir fait un docte travail quand ilentasse, comme ce ministre, des exemples de morts racontées, où il n'est point parlé de communion, sans songer qu'en ces descriptions, ce qu'il y a de plus commun, c’est souvent ce qu'on omet le plutót, et qu'apparemment nous ne saurions pas par le témoignage exprés de Paulin que son évéque avoit communié, si cet écrivain n'avoit voulu nous marquer le soin particulier que Dieu prit de lui procurer cette grace.
Mais ce ministre ignore-t-il qu'en ces occasions un seul témoignage positif renverse toute la machine de ces argumens négatifs qu'on bátit avec tant d'effort sur rien? Et peut-il n'avoir pas vu que le seul exemple de saint Ambroise nous montre une coutume établie, puisque dés que saint Honorat apprit que ce grand homme alloit mourir, il entendit, sans qu'il eüt besoin qu'on lui parlát de l'Eucharistie, qu'il étoit temps de la porter à ce saint malade? N'importe, les ministres veulent qu'on doute de cette coutume, afin de donner quelque air de singularité et de nouveauté à une communion trop clairement donnée à un saint et par un saint sous une espéce.-Et que dirons-nous de Calixte, qui fait ici l'étonné « de ce que nous osons compter. saint Ambroise parmi ceux qui ont communié sous une espèce en mourant * ?» N'est-ce pas en effet une hardiesse inouie de le dire aprés un grave historien qui a été témoin oculaire de ce qu'il écrit, et qui envoie son histoire à saint Augustin, aprés l'avoir faite à sa priére? Mais c'est qu'il faut pouvoir dire qu'on a répondu; et quand on n'en peut plus, c'est alors qu'il faut montrer le plus de confiance.
Enfin, sans tant de discours, on ne reconnoit dans Paulin que l'usage commun de l'Eglise, où l'on ne parle partout que du corps quand il s'agit de ce qu'on gardoit pour les malades. Le deuxième concile de Tours célébré en l'an 567, ordonne qu'on place le corps de Notre-Seigneur sur l'autel, non dans le rang des images, non 1 Calixt,, n. 162,