PARTIE I, N. II
in imaginario ordine ; mais sous la figure de la croix, sub crucis titulo *. Il y avoit, en passant, des images autour des autels, et il y avoit une croix dés ces premiers siècles : c'étoit sous cette figure qu'on réservoit le corps de Notre-Seigneur, mais le corps seul; et c'est pourquoi Grégoire de Tours, évêque de cette église, dans le méme temps que ce concile a été tenu, nous parle de « certains vaisseaux en forme de tours, où l'on réservoit le ministère du eorps de Notre-Seigneur (a), ministerium corporis Christi ?, » c'est-à-dire ce qui y servoit, « et qu'on mettoit sur l'autel dans le temps du sacrifice, » afin de renouveler les hosties que l'on gardoit dans ces vaisseaux pour les malades.
Par l'ordonnance d'Hinemar, célèbre archevêque de Reims, qui vivoit au neuvième siècle, on doit « avoir une boite où se conserve düment l'oblation saerée pour le Viatique des malades? : » et la boîte et le mot méme d’oblation sacrée, à qui entend le langage ecclésiastique, montre assez qu'il ne s'agissoit que du corps qu'on exprime ordinairement par ce nom, ou par celui de communion, ou simplement par celui de l'Eucharistie. Le sang étoit exprimé, ou par son nom naturel, ou par celui de calice.
On trouve dans le méme temps un décret de Léon IV, où aprés avoir parlé du corps et du sang pour la communion ordinaire des fidéles, quand il s'agit des malades, il ne parle plus que « de la boite où le corps de Notre-Seigneur étoit réservé pour leur Viatique ^. »
1 Conc. Tur. M, c. 3; Cone. Gal., Labb., tom. V, col. 853. — ? Greg. Tur,
de Glorià Martyr., lib. I, cap. LxxxvI. — ? Cap. Hincm., art. 7, tom. 11; Conc. Gall., Labb., tom. VIII: — * Leo, 1v hom.
(a) La première édition portoit : « Le mystère du corps de Notre-Seigneur. » Bossuet a rectifié le premier de ces mots dans la seconde édition; et il dit après le Sixième Avertissement aux protestans, dans la Revue de quelques-uns de ses ouvrages : « On à corrigé un endroit de saint Grégoire de Tours où l'on avoit mis mystère au lieu de ministére : faute qui s'étoit glissée par le rapport de son de ces deux mots, sans que le sens parüt altéré. » Et dans la Tradition défendue sun la matière de la communion sous une espèce : « Je ne dois pas oublier que dans l'endroit du Traité de la communion , où j'ai rapporté cette histoire, il est arrivé une chose assez ordinaire à l'imprimerie ; c'est que le rapport des mots de ministère et de mystère a fait qu'on a mis ce dernier pour l'autre; et le sens étoit si parfait des deux manières, que d’abord je n'ai pas pris garde à cette bévue. Je l’ai pourtant fait corriger, il y a longtemps, dans la version angloise... »
Cette ordonnance est répétée au siècle suivant par le célèbre Rathier évêque de Vérone ! ; et quelque temps après sous le roi Robert, un concile d'Orléans parle des cendres d'un enfant brûlé, que des hérétiques abominables gardoient « avec autant de vénération que la piété chrétienne en a dans la coutume de conserver le corps de Notre-Seigneur pour le Viaüque des mourans *. » On trouve encore ici le corps et le sang exprimés dans la communion ordinaire des fidéles, et le corps seul pour celle des malades.
A toutes ces autorités, il faut joindre celle de l'Ordre romain ?, qui n'est pas petite, puisque c'est l'ancien cérémonial de l'Eglise romaine, cité et expliqué par des auteurs de huit à neuf cents ans. On y voit en deux endroits le pain consacré partagé en trois parties : l'une qu'on distribuoit au peuple, l'autre qu'on mettoit dans le calice, non pour la communion du peuple, mais pour le prétre seul, aprés qu'il avoit pris séparément le pain sacré, comme nous faisons encore aujourd'hui, «et la troisième qu'on réservoit sur l'autel. » C'étoit celle qu'on gardoit pour les malades, qu'on appeloit aussi pour celte raison la part des mourans, comme dit le Micrologue *, auteur de l'onziéme siècle, et qui étoit consacrée à l'honneur de Jésus-Christ enseveli, comme les deux autres représentoient sa conversation sur la terre et sa résurrection. Ceux qui ont lu les anciens interprètes des cérémonies ecclésiastiques entendent ce langage et le mystère de ces saintes observances.
L'auteur de la Vie de saint Basile observe aussi que ce grand homme sépara le pain consacré en trois parties, dont il suspendit la troisième sur lautel dans une colombe d'or qu'il avoit fait faire*. Cette troisième partie du pain sacré, qu'il y fit mettre, étoit visiblement celle qu'on réservoit pour les malades; et ces colombes d'or pendues sur l'àutel sont anciennes dans l'Eglise grecque, comme il paroit par un concile de Constantinople tenu par Mennas, sous l'empire de Justinien *. On voit aussi ces colombes parmi les Latins, à peu près dans le méme temps; tous nos auteurs en font mention; et le testament de Perpétuus,
1 Spicil., tom. M, p. 261; Labb., tom. IX, col. 1268. — ? Gest. Conc. Aurel., ibid, 613; Labb., ibid., col. 836 et seq. — ? Bio. PP., part., tom. de Div. off. — * Microlog., de Ecc. observ., V1, tom. XVIII, max. 616.— 5 Amphil., Vit. S. Basil. — 6 Conc. CP., sub Menna, act. 5; tom V, Conc., Labb., col. 159.