‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 142 sur 403 · PARTIE I, N. II · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. II

évéque de Tours, marque parmi les vaisseaux et les instrumens qu'on employoit au sacrifice, une colombe d'argent qui servoit à la réserve, ad repositorium :.

Au reste sans m'arréter au nom d'Amphilochius contemporain de saint Basile, auquel la Vie de ce Saint est attribuée, je veux bien que le passage tiré de cette Vie ne vaille que pour le temps auquel cette histoire, quel qu'en puisse étre l'auteur, a été écrite. Qu'on dise méme, si l'on veut, que cet auteur donne à saint Basile ce qui se faisoit au temps dans lequel cette Vie a été composée, c’en est assez en tout cas pour confirmer, ce qui est certain d'ailleurs, que la coutume de ne réserver que la seule espèce du pain pour les malades est d'une grande antiquité dans l'Eglise grecque, puisque cette Vie de saint Basile se trouve déjà traduite en latin du temps de Charles le Chauve, et citée par Enée évêque de Paris , célébre en ce temps par sa piété et par sa doctrine, qui rapporte ? même l'endroit de cette Vie où il est parlé de ces colombes et du sacrement de Notre-Seigneur qu'on y tenoit suspendu sur l'autel (a).

Et afin que la tradition des premiers et des derniers siècles paroisse conforme en tout, comme on a vu dans les premiers siècles, dans l'histoire de Sérapion et dans le concile de Carthage, qu'en communiant les malades sous la seule espéce du pain on la détrempoit en quelque liqueur : la méme coutume paroit encore dans la suite.

1 Test. Perp.,tom. IV Spicil. — ? Æneas, episc. Par., lib. adv. Gr&c., tom. IV Spicil., p. 80, 81.

(a) Déforis ajoute ces mots de la première édition : « On peut rapporter à la même chose les ciboires marqués parmi les présens que Charlemagne fit à lEslise romaine, et toute l'antiquité est pleine d'exemples pareils. » Bossuet a rejeté ce passage dans la seconde édition de son ouvrage; et il dit dans la Tradition défendue sur la matière de la communion sous une espèce, partie IL, chapitre xx : « Quelques auteurs de grand nom et de grand savoir s'étant servis des ciboires mentionnés dans les anciens livres pour établir la réserve, leur autorité avoit fait que je n'avois pas rejeté entièrement cette preuve et que j'avois cru pouvoir m'en servir, en disant : On peut rapporter à la méme chose, etc. Mais ayant mieux pensé, je ne vois rien de semblable à nos ciboires dans aucun exemple de ce mot que j'aie trouvé dans les anciens livres par les soins de mes amis ou par les miens, et la bonne foi m'oblige à le reconnoitre. Dans la multitude des preuves que nous avons de la tradition, nous n'aurons

pas beaucoup à regretter celle-ci, et en tout cas j'en rapporterai que nous pouvons mettre à la place. »

On la voit dans les anciennes coutumes de Cluny, il y a plus de six cents ans'. Il.y en a plus de cinq cents qu'elles ont été rédigées par saint Udalrice, moine de cet ordre, sur des mémoires plus anciens ; et ce livre est cité sans aucun reproche dans I' Histoire de l'Eucharistie du ministre de la Roque ?. Il est marqué dans ce livre que les religieux infirmes ne recevoient que le corps qu'on leur donnoit trempé dans du vin non consacré. On y voit aussi une coupe dans laquelle on le détrempoit; et c'est ainsi que les religieux du plus saint et du plus célèbre monastère qui fût au monde communioient leurs malades. On peut juger par là de la coutume du reste de l'Eglise. En effet on trouve partout cette méme coupe qu'on portoit pour la communion des malades, mais qui ne sert qu'à leur donner le pain consacré dans du vin qui ne l'étoit pas, pour faciliter le passage de cette viande céleste.

Les Grecs ont retenu cette tradition aussi bien que les Latins ; et comme leur coutume inviolable est de ne consacrer l'Eucharistie pour les malades qu'au seul jour du Jeudi saint, ils mélent l'espéce du pain toute desséchée pendant un silong temps, ou avec de l'eau, ou avec du vin non consacré. Pour ce qui est du vin consacré, on voit bien qu'il ne se pourroit conserver si longtemps, surtout dans ces pays chauds ; de sorte que leur coutume, de ne consacrer pour les malades qu'à un seul jour de l'année, les oblige à les communier toujours sous une seule espèce, c'està-dire sous celle du pain, qu'ils n'ont pas de peine à garder , leur sacrifice en pain levé se conservant mieux que nos azymes, après le desséchement dont nous venons de parler.

Il est vrai (car il ne faut rien dissimuler) qu'à présent ils font une croix avec le sang précieux sur le pain saeré qu'ils réservent pour les malades. Mais outre que ce n'est pas donner à boire le sang de Notre-Seigneur, comme il est porté dans l'Evangile, ni marquer la séparation du corps et du sang, qui seule persuade à nos réformés la nécessité des deux espèces : on voit assez qu'au

1 Ant. Consuetud. Cluniac., lib. IT, cap. xxvii; tom IV, Spicil.— ? Hist. Euch., I part., cap Xvi, p. 188.— ? Constit. Odon. Paris. episc., cap. V, art. 3; tom. X Conc., Labb., col. 1802 et seq.; Constit. Episc. anon., tom. XL, col. 546 et seq.; Syn. Bajoc., cap. LXXVII5 Zbid., 11 part., col. 1461.

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