‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 144 sur 403 · PARTIE I, N. II · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. II

pain sacré. Pour le surplus qui regarde le mélange, ce que nous avons dit pour les Grecs revient encore ; et toute la subtilité des ministres ne peut empêcher qu'il ne demeure toujours certain par ce canon, qu'on ne se croyoit astreint ni à faire boire le communiant, ni à lui donner le sang séparé du corps, pour marquer la mort violente de Notre-Seigneur, ni enfin à lui donner en effet aucune liqueur, puisqu'aprés huit jours on voit assez qu'il ne restoit rien dans l'oblation que de sec et de solide. Tellement que ce canon tant vanté par les ministres, sans rien faire contre nous, ne sert qu'à montrer la liberté que croyoient avoir les églises dans l'administration des espèces sacrées de l'Eucharistie.

Après toutes les remarques que nous avons faites, il doit passer pour constant, que ni les Grecs, ni les Latins n'ont jamais cru que tout ce qui est écrit dans l'Evangile pour la communion des deux espèces, füt essentiel et expressément commandé; et au contraire qu'on a toujours eru dés les premiers siécles qu'une seule espèce étoit suffisante pour une légitime communion, puisque la coutume étoit de n'en garder et de n'en donner qu'une seule aux malades.

Il ne sert de rien d'objecter que souvent on leur portoit les deux espèces, et même en général qu'on les portoit aux absens. Saint Justin y est expreés', je le confesse : mais pourquoi nous alléguer ces faits inutiles ? C'est autre chose qu'on ait porté selon saint Justin , les deux espèces du sacrement au même temps, comme dit M. de la Roque ?, qu'on l'avoit célébré dans l'Eglise : autre chose qu’on les ait pu réserver aussi longtemps qu'il falloit pour les malades et que ce fût la coutume de le faire, surtout dans un temps où la persécution ne permettoit pas que les assemblées ecclésiastiques fussent fréquentes. Il faut dire la même chose de saint Exupère, évéque de Toulouse, dont saint Jérôme a écrit qu'après avoir vendu les riches vaisseaux de l'Eglise pour racheter les captifs et pour soulager les pauvres, « il portoit le corps de Notre-Seigneur dans un panier et le sang dans un vase de verre?. » ll les portoit, dit saint Jérôme; mais il ne dit pas

1 Just., Apol. 1, n. 65, p. 82 et seq. — ? Hist. de l'Euch., 1 part., chap. xv, p. 176. — 5 Hier., ep. rv, nunc xcv.

o. de

qu'il les gardàt, qui est notre question : et j'avoue que lorsqu'on avoit à communier les. malades dans des circonstances où ils pussent commodément recevoir les deux espéces sans étre aucunement altérées, on n'en faisoit point de difficulté. Mais il n'est pas moins assuré par la commune déposition de tant de témoins , que comme l'espéce du vin ne pouvoit pas être aisément gardée, la communion ordinaire des malades se faisoit comme celle de Sérapion et comme celle de saint Ambroise, sous la seule espèce du pain.

En effet nouslisons bien dans la Vie de Louis VI, appelé le.Gros, écrite par Suger, abbé de Saint-Denis, que dans la derniere maladie de ce prince on lui porta le corps et le sang de Notre-Seigneur : mais nous y voyons aussi que ce fidèle historien se croit obligé d'en rendre raison , et d'avertir « que ce fut en sortant de dire la messe qu'on les apporta dévotement en procession dans la chambre du malade ! : » ce qui nous doit faire entendre de quelle sorte on en usoit hors de ces occasions.

Mais ce qui met la chose hors de doute, c'est que M. dela Roque au fond convient avec nous du fait dont il s'agit ?. Il n'y a pas plus de difficulté à communier les malades sous la seule espèce du pain que sous la seule espèce du vin; pratique que ce curieux observateur nous montre ai septième siècle dans l'onziéme concile de Tolède, canon x1?. Il en dit autant de l’onzième siècle et du pape Pascal IT, auquel il fait aussi permettre la même chose pour les petits enfans *. Loin d'improuver ces pratiques, il prend soin de les défendre, et les excuse lui-méme sur une nécessité invincible, comme si l'on ne pouvoit pas détremper quelque parcelle du pain sacré, de manière qu'un malade, et méme un enfant, la püt avaler presque aussi facilement que le vin. Mais c'est qu'il falloit trouver quelque défaite pour nous empécher de conclure de ses propres observations, que l'Eglise croyoit avoir une pleine liberté de donner une espèce seule, sans préjudice de l'intégrité de la communion.

1 Hist. Fr. Script., tom. IV. — ? Hist. Euch., 1 part., chap. xir, p. 150, 160.— 3 Conc. Tolet., XI, cap. Xt; Concil. Labb., tom.VI, col. 552.— # Pasc. IL ep. XXXII, ad Pont ; Concil. Labb., tom. X, col. 656.

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