‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 148 sur 403 · PARTIE I, N. II · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. II

mière fois qu'il avoit parlé du passage de saint Cyprien, il nous avoit dit: « qu'on fit couler par force dans la bouche de l'enfant quelque chose du sacré calice !, » c’est-à-dire, sans difficulté, quelques gouttes du précieux sang pur et sans mélange, tel qu'on le présentoit au reste du peuple, qui avoit déjà recu le corps. Et d'ailleurs nous venons de voir que ce ministre ne blàme pas le pape Pascal IT, qui selon lui permettoit de communier les petits enfans sous la seule espéce du vin : tant il a senti en sa conscience que cette pratique n'avoit point de difficulté.

Quant à M. du Bourdieu, le passage de saint Cyprien avoit aussi fait d'abord son effet dans son esprit; et ce passage lui ayant été objecté par un catholique, ce ministre étoit convenu naturellement dans une première réponse, qu'en effet on n'avoit donné à cet enfant que le seul vin consacré ?. Il se sauvoit, en disant que les anciens, qui croyoient la communion absolument nécessaire aux petits enfans, la leur donnoient comme ils pouvoient ; que ce fut pour cette raison que le diacre de saint Cyprien, croyant cet enfant damné s'il mouroit sans l'Eucharistie, «luy ouvrit par force la bouche pour y verser un peu de vin, et qu'un cas de nécessité, un cas singulier ne peut avoir le nom de coustume ?. » Que d'efforts pour éluder une chose claire! Où sont ces raisons extraordinaires que le ministre a voulu ici s'imaginer ? Y a-t-il seulement un mot dans saint Cyprien qui marque le péril de l'enfant, comme le motif de lui donner la communion? Ne paroît-il pas au contraire par tout le discours, que ce saint sacrement ne lui fut donné que parce que c'étoit la coutume de le donner à tous les enfans toutes les fois qu'on les apportoit aux assemblées ? Pourquoi M. du Bourdieu veut-il deviner que cette petite fille n'avoit jamais communié * ? N'étoit-elle pas baptisée? N'étoit-ce pas la coutume de donner Ja communion avec le baptéme, méme aux enfans? Que sert donc de parler ici de la crainte qu'on eut qu'elle ne fût damnée, manque d'avoir recu l'Eucharistie, puisqu'on la lui avoit déjà donnée en lui donnant le baptéme? Est-ce qu'on

1 Hist. Euch., l part., cap. XI, p. 136; cap. XII, p. 450. — 3 Du Bourd., 1 réponse, p. 37; et Rep., chap. xx, p. 341. — ? Ibid., xx, p. 344. — * Chap. xx, p. 345.

croyoit aussi dans l'ancienne Eglise qu'il ne suffit pas au salut d'un enfant d'avoir communié une fois, et qu'il étoit damné si on ne lui réitéroit la communion? Quelles chimères inventent les hommes plutôt que de céder à la vérité, et avouer leur erreur de bonne foi? Mais à quel propos nous jeter ici sur la question de la nécessité de l'Eucharistie, et sur l'erreur où l'on veut que saint Cyprien ait été en ce point? Quand il seroit vrai que ce saint martyr et l'Eglise de son temps auroit cru la communion absolument nécessaire aux enfans, quel secours en tireroit M. du Bourdieu? Et qui ne voit au contraire, que si les deux espèces sont essentielles à la communion, comme le soutiennent les prétendus réformés, plus on eroira la communion nécessaire aux petits enfans, moins on se dispensera de leur. donner ces deux espèces ? M. du Bourdieu a bien senti cette conséquence si contraire à sa prétention; et dans sa seconde Réplique ila voulu deviner, quoique saint Cyprien n'en ait rien dit et contre toute la suite de son discours, que cette petite fille, quand elle fut si cruellement et si miraculeusement tourmentée aprés la prise du sang, avoit déjà recu le corps sans qu'il lui en fût arrivé aucun mal : où en est-on quand on fait de telles répliques ?

Mais pourquoi disputer davantage? ll n'y a point de meilleure preuve, ni de meilleure interprète de la coutume que la coutume elle-méme; je veux dire que rien ne démontre plus qu'une eoutume vient des premiers siècles, que lorsqu'on la voit naturellement durer jusqu'aux derniers. Celle de communier les petits enfans sous la seule espèce du vin, que nous voyons établie au troisième siècle, et du temps de saint Cyprien, demeura toujours si commune, qu'on la trouve dans toute la suite. On la trouve au cinquième ou sixième siècle, dans le livre de Jobius, où ce docte religieux en racontant les trois sacremens qu'on donnoit d'abord dans un temps où le christianisme étant établi on ne baptisoit guère, non plus qu'à présent, que les enfans des fidèles, parle ainsi : « On nous baptise, dit-il; après on nous oint, » c'est-à-dire on nous confirme, « et enfin on nous donne le sang précieux *. » Il ne fait aucune mention du corps, parce qu'on ne le donnoit

1 Jobius, de Verb. incarn., lib. Ill; cap. xvii; Brbl. PAot., cod. 292.

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