PARTIE I, N. HI
point aux enfans. C'est pourquoi il prend grand soin dansle méme endroit d'expliquer comment le sang peut étre donné, méme avant le corps ; ce qui n'ayant aucun lieu dans la communion des adultes, ne se trouvoit que dans celle que les fidéles avoient tous recue avec le sang tout seul dans leur enfance. Ainsi la coutume du troisième siècle a déjà passé au sixième, elle n'en demeure pas là ; on la trouve jusqu'aux derniers temps et encore à présent, dans l'Eglise grecque. Allatius, catholique, et Thomas Smith, Anglois, prétre protestant, le rapportent également tous deux après un grand nombre d'auteurs !, et il n’y a point de difficulté.
Il est vrai que M. Smith a varié dans sa seconde édition. Car on a eu peur en Angleterre d'autoriser un exemple dont nous nous servons pour établir la communion sous une espèce. M. Smith aprés avoir remarqué dans sa préface lavantage que nous en tirons ?, croit pouvoir nous l'óter par deux ou trois témoignages assez foibles de Grecs fort récens, qui ont étudié en Angleterre, ou qui y résident et dont les écrits sont imprimés dans des villes protestantes.
Le dernier des témoignages qu'il allégue est celui d'un archevéque de Samos, que nous avons trop vu en ce pays-ci, pour compter beaucoup sur sa capacité, non plus que sur sa bonne foi. Il est présentement établi à Londres; et M. Smith nous rapporte une lettre qu'il lui a écrite, où il dit qu'aprés le baptéme des enfans, le prêtre « tenant le calice où est le sang avec le corps de notre Sauveur réduit en petites particules, y prend dans une petite cuiller une goutte de ce sang ainsi mélé, de sorte qu'il se trouve dans cette cuiller quelques petites miettes du pain consacré; ce qui suffit à l'enfant pour participer au corps de Notre-Seigneur. » M. Smith ajoute que ces miettes sont si petites, « qu'on ne peut pas méme les apercevoir à cause de leur petitesse, et qu'elles s'attachent à la cuiller, quelque peu qu'elle soit trempée dans cette sainte liqueur. » Voilà tout ce qu'on a pu tirer d'un Grec qu'on entretient à Londres, et de M. Smith, en faveur de la communion
1 Allat., tract.. de Cons. utr. Eccl., Annot. de comm. Oriental.; Thom. Smith., episc. de Eccles. Gr. stat., hod., p. 104, r edit.; Hug. de S. Vict., Erudit. theol., lib. 1, cap. xx; Bib. PP., par. de Div. Offic. — ? Præf., 11 edit., init.
donnée sous les deux espèces aux enfans baptisés dans l'Eglise grecque : c'est qu'on leur donne le sang dans lequelle corps est mêlé, avec si peu de dessein de leur donner ce corps sacré, qu'on ne leur en donne « aucune partie de celles qu'on voit nager dans la liqueur sainte, et qu'on présente aux adultes, » comme dit M. Smith lui-même. On se contente de présumer qu'il s'attache à la cuiller de l'enfant quelque particule insensible du pain consacré : vollà ce qu'on appelle les communier sous les deux especes. En vérité M. Smith n'eüt-il pas aussi bien fait de ne rien changer dans son livre? Et tout homme de bon sens ne croira-t-il pas s'en devoir tenir à ce qu'il a dit naturellement dans sa premiére édition, d'autant plus qu'on le voit conforme à l’ancienne tradition que nous avons exposée?
Que si on trouve la communion des petits enfans sous la seule espèce du vin dans l'Eglise grecque, on ne la trouve pas moins parmi les Latins. On la trouve selon M. de la Roque, dans les décrets du pape Pascal IT, comme nous venons de le voir, c'est-àdire dans l'onziéme siècle. On la trouve jusqu'au douzième siècle dans la méme Eglise latine; et Hugues de Saint- Victor, tant loué par saint Bernard, dit expressément que l’on ne donnoit le saint Sacrement aux petits enfans baptisés, «que sous l'espece du sang,» enseignant aussi dans la suite « que sous chaque espèce on recoit ensemble le corps etle sang !. »
On voit la méme doctrine avec la méme manière de communier les petits enfans, dans Guillaume de Champeaux, évéque de Chàlons, intime ami du méme saint Dernard. Le Pére Mabillon, bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, dont on ne peut non plus révoquer en doute la bonne foi que la capacité, a trouvé dans un ancien manuscrit un long passage de ce digne évéque, l'un des plus célèbres de son temps en piété et en doctrine, où il enseigne « que qui reçoit une seule espèce, recoit Jésus-Christ tout entier, parce que, poursuit-il, on ne le recoit ni peu à peu ni en partie, mais on le recoit tout entier sous une ou sous deux espèces : d’où vient qu'on ne donne que le seul calice aux enfans nouvellement baptisés, parce qu'ils ne peuvent prendre le pain ;
! Hug. de S. Vict., Erud, theol., lib. MI, cap. xx.