‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 150 sur 403 · PARTIE I, N. III · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. III

mais ils n'en recoivent pas moins Jésus-Christ tout entier dans le seul calice !. »

Les ministres embarrassés par ces pratiques qu'on trouve établies sans aucune contradiction dans tous les siècles passés, nous jettent ordinairement sur des questions incidentes, pour nous détourner de la question principale ?. Ils exagèrent l'abus de la communion des petits enfans,, car c'est ainsi qu'ils l'appellent contre l'autorité de tous les siècles ; abus qu'ils disent fondé sur la grande et dangereuse erreur de la nécessité absolue de recevoir l'Eucharistie dans tous les àges?, à peine de damnation éternelle, qui selon eux est l'erreur de saint Cyprien, de saint Augustin , du pape saint Innocent, de saint Cyrille, de saint Chrysostome , de saint Césaire, évêque d'Arles, et non-seulement de plusieurs Pères, mais encore de plusieurs siècles. O sainte antiquité et Eglise des premiers siècles trop hardiment condamnée par les ministres, sans qu'il leur en revienne autre chose que le plaisir d'avoir fait croire à leurs peuples que l'Eglise pouvoit tomber dans l'erreur, méme dans ses plus beaux temps! Car au fond, que servoit cette diseussion à notre sujet? L'ancienne Eglise croyoit l'Eucharistie nécessaire aux petits enfans; nous avons déjà démontré que c'étoit une nouvelle raison de la donner sous les deux espèces, supposé que les deux espèces fussent de l'essence de ce sacrement. Pourquoi donc ne leur en donner qu'une seule? Et que peuvent dire ici ces ministres , si ce n'est qu'ils nous répondent que l'ancienne Eglise ajoutoit à l'erreur de croire la communion absolument nécessaire au salut, celle de croire que la communion avoit son effet entier sous une seule espéce, et qu'à force de faire errer une antiquité si pure, on se veuille montrer soi-méme visiblement dans l'erreur?

Nous avons, Dieu merci, une doctrine qui ne nous oblige point à nous jeter dans de tels excés. Je pourrois aisément expliquer comment la grace du sacrement de l'Eucharistie est en effet nécessaire à tous les fidéles; comment l'Eucharistie et sa grace

1 Ex lib. manuseript., qui dicitur Pancrisis, relat. in pref. Sæc. 11r, Bened., p. 4, n. 75. — ? Du Bourd., I Rép., p. 36 et 1I Rép., chap. xx, xxI. — ? Hist; Euch., 1 part., chap. X1, p. 136 et seq.

est contenue en vertu dans le baptême; ce qu’opère dans les fidéles le droit sacré qu'ils y recoivent sur le corps et sur le sang de Notre-Seigneur; et comment il appartient à la dispensation de l'Eglise de régler le temps d'exercer ce droit. Je pourrois faire voir encore sur ces fondemens que si quelques-uns, comme par exemple ce Guillaume évêque de Châlons, rapporté si fidèlement par le Père Mabillon, semblent avoir cru la nécessité de l'Eucharistie, loin que cette opinion fût universelle, on la voit trés-fortement combattue par d'autres auteurs du méme temps, eomme par Hugues de Saint-Victor, cité dans le livre de M. de la Roque *, et par beaucoup d'autres. Je pourrois dire encore comme ces auteurs ont expliqué saint Augustin après saint Fulgence ?, et montrer avec eux par des passages exprès et par toute la doctrine de ce Père, combien il est éloigné de l'erreur qu'on lui attribue. Mais j'ai dessein d'enseigner ici ce qu'il faut croire des deux espèces, et non pas d'embarrasser mes lecteurs de questions incidentes. Ainsi je n'y entre pas; et sans charger mon discours d'un examen inutile, je dirai en peu de mots la foi de l'Eglise.

L'Eglise a toujours cru et croit encore que les enfans sont capables de recevoir l'Eucharistie aussi bien que le baptéme, et ne trouve pas plus d'obstacle à leur communion dans ces paroles de saint Paul : « Qu'on s'éprouve et qu'on mange ?, » qu'elle en trouve à leur baptème dans ces paroles de Notre-Seigneur : « Enseignez, et baptisez *. » Mais comme elle sait que l'Eucharistie ne leur peut pas étre absolument nécessaire pour le salut, aprés qu'ils ont recu la pleine rémission de leurs péchés dans le baptéme, elle croit que c'est une affaire de discipline de donner ou de ne donner pas la communion dans cet âge : c'est pourquoi durant onze et douze cents ans, pour de bonnes raisons elle l'a donnée, et pour d'autres bonnes raisons elle a cessé depuis de la donner. Mais l'Eglise, qui se sentoit libre à communier ou ne pas communier les enfans, ne peut jamais avoir cru qu'il lui füt libre de les communier d'une maniere contraire à l'institution de Jésus- Christ ;

1 Hug. de S; Vict., Erud. theol., lib. 1, cap. xx ; Hist. Euch., I part., chap. xt, p. 139. — ? Fulg., Ep. ad Ferr. Diac., cap. X1, n. 24, p. 225 et seq. — ? I Cor., XI, 28. — ^ Matth., xxviu, 19.

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