‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 151 sur 403 · PARTIE I, N. III · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. III

ni n'auroit jamais donné une seule espéce, si elle eüt cru les deux espèces inséparables par leur institution.

En un mot, pour nous dégager tout d'un coup des discussions inutiles, quand l'Eglise a donné la communion aux petits enfans sous la seule espèce du vin, ou elle jugeoit ce sacrement nécessaire à leur salut, ou non. Si elle ne le jugeoit pas nécessaire, pourquoi se presser de le donner pour le donner mal? Et si elle le jugeoit nécessaire, c'est une nouvelle démonstration qu'elle croyoit tout l'effet du sacrement renfermé sous une seule espèce.

Et pour montrer plus clairement qu'elle étoit dans cette créance , la méme Eglise, qui donnoit l’Eucharistie aux petits enfans sous la seule espèce du vin, dans un âge plus avancé la leur donnoit sans scrupule sous la seule espéce du pain. Personne n'ignore l'ancienne coutume de donner à des enfans innocens ce qui restoit du corps de Notre-Seigneur aprés la communion des fidèles. Quelques églises brüloient ces sacrés restes; et telle étoit la coutume de l'église de Jérusalem, comme Hésychius prêtre de cette église le rapporte !. Jésus-Christ est également au-dessus de toute corruption : maisle sens humain demandoit que par respect pour ce sacrement on employât celle qui offense le moins les sens; et on aimoit mieux brüler ces sacrés restes que de les voir s'altérer d'une manière plus choquante en les gardant. Ce que l'église de Jérusalem consumoit par le feu, l'église de Constantinople le donnoit à consumer à de jeunes enfans, les regardant en cet âge où la grace du baptème étoit entière, comme ses vaisseaux les plus saints. Evagrius écrit au sixième siècle que c'étoit l'ancienne coutume de l'église de Constantinople ?. M. dela Roque marque cette coutume, et nous fait voir dans le méme temps la méme pratique en France, où un concile ordonna que « les restes du sacrifice, après la messe achevée, seroient donnés , arrosés de vin, le mercredi et le vendredi à des enfans innocens, à qui on ordonneroit de jeüner pour les recevoir ?. » C'étoit sans doute le corps de Notre-Seigneur qu'ils recevoient comme les autres

1 Hesych., ir Levit., lib. II, 68. — ? Evagr., lib. IV, cap. xxxv. — ? An 585; Conc. Matisc. ll, cap. vr, tom. 15; Conc. Gall., Labb., tom. V, col. 982; Hist. Euch., 1 part., chap. xvi, p. 183.

IIIe coutume. La commu-

nion dans la maison.

fidèles. Evagrius appelle ces restes « des particules du corps immaculé de Jésus-Christ nostre Dieu :, » et c'est ainsi que traduit M. de la Roque. Le même Evagrius raconte que cette communion préserva un enfant juif, qui avoit communié de cette sorte avec les enfans des fidèles, de la fournaise brûlante où son. père l'avoit jeté en haine de la communion qu'il avoit recue, Dieu ayant voulu confirmer par un miracle si éclatant cette communion sous une espèce. Personne ne s’est jamais avisé de dire qu’on ait mal fait de donner le corps sans le sang , ni qu'une telle communion fût défectueuse. Si l'usage en a été changé, c'a été pour d'autres raisons et de la méme maniére que d'autres choses de discipline ont été changées sans condamner la pratique précédente. Ainsi cette coutume, bien qu'elle ait cessé d'étre en usage dans l'Eglise, demeure dans les histoires et dansles canons en témoignage contre les protestans : la communion des enfans est une claire conviction de leur erreur : les enfans à la mamelle communient sous la seule espèce du vin, et les enfans plus avancés sous celle du pain, concourant à faire voir les uns et les autres l'intégrité de la communion sous une espèce.

Le troisième fait est que les fidèles, aprés avoir communié dans l'église et dans la sainte assemblée, emportoient avec eux Eucharistie pour communier tous les jours dans leur maison. On ne pouvoit pas leur donner l’espèce du vin, parce qu'elle ne se seroit pas conservée, surtout dans une aussi petite quantité qu'étoit celle dont on use dans les saints mystères; et il est certain aussi qu'on ne leur donnoit que la seule espèce du pain. Tertullien, qui fait mention de cette coutume dans son livre de la Prière, n’y parle que de « prendre et de réserver le corps de Notre-Seigneur ?; » etil parle en un autre endroit « du pain que les chrétiens mangeoient à jeun en secret?, » sans y ajouter autre chose. Saint Cyprien nous fait voir la méme pratique dans son traité de Lapsis. Cette coutume commencée durant les persécutions et orsque les assemblées ecclésiastiques n'étoient pas libres, n'a pas laissé de durer pour d'autres raisons pendant la paix de l'Eglise.

1 An. 585. Conc. Matisc, Il, cap. XXXVI. — ? Tertul., de Orat., cap. xiv. — 3 Lib. II, ad Uxorem., n. 5

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