‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 152 sur 403 · PARTIE I, N. IV · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. IV

Nous apprenons de saint Basile que les solitaires ne communioient pas d'une autre sorte « dans les déserts où ils n'avoient point de prêtres !. » Et il est certain d'ailleurs que ces hommes merveilleux ne venant à l’église tout au plus que dans les solennités principales, ils n'auroient pas pu conserver l'espéce du vin. Aussi n'est-il parlé dans saint Basile que « de ce qu'on mettoit dans la main pour le porter à la bouche, » c'est-à-dire du pain consacré; et c'est ce qu'on «avoit la liberté de réserver, » comme dit le méme Pére : à quoi il ajoute qu'il est indifférent « de recevoir dans sa main un ou plusieurs morceaux, » se servant méme d'un mot, qui constamment ne peut signifier, « quela parcelle ou la portion » de quelque chose de solide; ce qui fait aussi qu'Aubertin ne l'entend que du pain sacré ?. Et encore que saint Basile fasse assez voir tant par ces termes que par toute la suite de son discours, que les fidéles en ces occasions ne prenoient et ne réservolent que le corps seul, il décide que leur communion « n'étoit pas moins sainte ni moins parfaite dans leur maison que dans l'église. » Il dit même que cette coutume étoit universelle par toute l'Egypte, et méme à Alexandrie. M. de la Roque conclut trés-bien, d'un passage de saint Jéróme , qu'elle étoit aussi dans Rome , où sans aller toujours à l'église, « les fidèles recevoient tous les jours le corps de Nostre-Seigneur dans leur maison; » à quoi ce Père ajoute : «N'est-ce pas le mesme Jésus-Christ qu'on recoit dans la maison et dans l'église ?, » pour montrer que l’une de ces communions n'est pas moins bonne ni moins parfaite que l'autre? Le méme M. de la Roque demeure d'accord que les chrétiens des premiers temps s'envoyoient l'Eucharistie les uns aux autres en signe de communion * ; comme en effet il paroit par une lettre de saint Irénée 5, qu'on l'envoyoit de Rome jusqu'en Asie; et encore qu'ils la portoient avec eux dans leurs voyages de mer et de terre : ce qui. confirmel'usage de l’espèce, qui seule se pouvoit porter, et seule se conserver si longtemps en si petite quantité. Témoin Satyre, frére de saint Ambroise, qui

1 Basil., ep. CCLXXXIX, nunc XcIII.— ? Aub., lib. II, p. 442.— ? I part., cap. XIV, p. 113; Hieron., ad Pamm., ep. XXX. — * Hist. Euch., | part., chap. Xv, p. 116. — 5 Buseb., Hist, Eccl, lib V, cap. xxiv; Hist. Euch., 1 part., chap. XIV,

au rapport de ce Saint, quoiqu'il ne füt que catéchumène, obtint des fidéles par la ferveur de sa foi, « ce divin sacrement, l'enveloppa dans un linge, et l'ayant lié autour de son cou, se jeta dans la mer » avec ce précieux gage par lequel aussi il fut sauvé *. Je n'ai pas besoin de rapporter les autres passages oü cette coutume est établie, puisque M. de la Roque la reconnoît et nous dispense de la preuve. On voit méme dans les passages qu'il eite comment on emportoit l'oblation sainte; et il paroit que c'étoit dans «un petit coffre, ou dans un linge bien net ?. » Il trouve des vestiges de cette coutume au temps du pape saint Hormisdas, c'est-à-dire au commencement du sixième siècle; et il est vrai que sous ce Pape un bruit de persécution s'étant répandu mal à propos à Thessalonique, «on distribua l'Eucharistie à pleins paniers pour longtemps à tous les fidéles?. » Ceux qui la distribuèrent ne sont pas blàmés de l'avoir donnée de cette sorte, mais d'avoir malicieusement effrayé le peuple par le bruit d'une persécution imaginaire.

En effet il ne faut point regarder cette manière de communier dans la maison comme un abus, sous prétexte qu'on n'a pas continué cet usage : car dans les affaires de pure discipline comme celle-ci, l'Eglise a des raisons pour défendre dans un temps ce qu'elle permet dans un autre. C'est durant les persécutions, c'està-dire dans les temps les plus saints, que cette coutume a été le plus en usage ; de sorte que la communion sous une espèce est autorisée par la pratique constante des meilleurs temps et par l'exemple de tous les martyrs. Il est méme constant qu'en ce temps on communioit plus souvent sous la seule espéce du pain que sous les deux espèces, puisqu'il étoit établi que l'on communioit tous les jours dans sa maison sous cette seule espéce, au lieu que l'on ne pouvoit recevoir les deux espèces que dans les assemblées de l'église, qui n'étoient pas si fréquentes; et personne n’a soupconné durant tant de siècles, qu'une de ces manières de communier füt défectueuse ou plus imparfaite que l'autre.

1 Ambr., de Obitu frat. Sat., lib. 1, n. 43, 44.— ? | part., chap. xir, p. 159, chap. xiv, p. 172 et seq.; Joan., Mosch., Prat. spir., tom. XII; Bibl. PP., p. 1089, — 3 Inter Epist. Horm. Papæ, post. epist. LXit; Sugg. Germ., etc., et post epist. LXVI1; Indic. Joan. episc., tom. V Conc.

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