‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 154 sur 403 · PARTIE 1, N. IV · texte numérisé non relu

PARTIE 1, N. IV

la Roque, on voit assez que ces deux conciles tenus au quatrième siécle ou aux environs, ne peuvent pas avoir détesté comme un sacrilége une coutume que tous les Pères nous font voir commune en ees temps-là, comme nous l'avons montré, de l'aveu méme des ministres.

En effet il n'est point parlé dans ces conciles de ceux qui prenant à l'église une partie du pain consacré, en réservent une partie pour communier dans leur maison ; mais de ceux qui recevantla communion des mains de l'évéque, n'en avalent rien du tout. Voilà ce que défendent ces conciles, et les motifs de cette défense ne sont pas malaisés à deviner, puisque le premier concile de Tolède, qui blàme si sévèrement au canon x1v ceux qui affectoient, « en assistant à l'église, de n'y communier jamais, » lorsque dans le eanon suivant il condamne, « comme sacriléges, ceux qui n'avalent point la communion aprés l'avoir recue des mains du prétre, » fait assez connoitre, pàr cette suite, qu'il a eu en vue de condamner une autre manière d'éviter la communion, d'autant plus mauvaise qu'elle montroit ou une hypocrisie sacrilége, ou une aversion trop visible de ee saint mystère.

Ces malheureux, qui évitoient si obstinément la communion, étoient les priscillianistes, hérétiques de ces temps et de ces lieuxlà, qui se méloient ordinairement avec les fidéles. Mais quand on ne voudroit pas convenir de ce motif du canon, on ne niera pas du moins qu'il n'y ait d'autres mauvais motifs de n'avaler pas l'Eucharistie, qu'on peut avoir condamnés dans ces conciles. On peut s'éloigner de l'Eucharistie par superstition; on la peut réserver pour en abuser; on la peut rejeter par infidélité : et le concile XI de Tolède nous apprend que c'est un tel sacrilége que le premier à condamné. Ces abus ou d'autres semblables apercus en certains endroits, peuvent avoir donné lieu à des défenses locales, qui n'apportoient aucun préjudice aux coutumes des autres pays : et il est certain d'ailleurs que ce qui se fait en un lieu aussi bien qu'en un temps avec révérence, peut étre si mal pratiqué en d'autres temps et en d'autres lieux, qu'on le rejettera comme sacrilége. Ainsi en quelque manière qu'on veuille prendre ces canons, ils n'autorisent en aucune sorte l'erreur de ceux qui

veulent faire passer pour abus la pratique des saints martyrs et de toute l'ancienne Eglise, et qui ne trouvent. point d'autre réponseà un argument invincible qu'en leur faisant leur procés.

M. du Bourdieu tàche d'échapper par une autre défaite qui n'est pas moins vaine. Il voudroit qu'on crût que les fidèles commu. nioient sous les deux espèces dans ces communions domestiques, et les gardoient toutes deux ', dont il apporte après Calixte quatre témoignages; celui de saint Justin, qui dit qu'aprés la consécration faite à l'église, les diacres portoient aux absens les deux especes ?; celui de saint Grégoire le Grand, qui raconte que dans un voyage de Constantinople à Rome et dans une grande tempéte, les fidèles « recurent le corps et le sang ?; » celui d'Amphilochius, qui dit dans la Vie de saint Basile, qu'un Juif se mêlant avec les fidéles dans leur assemblée, en remporta à sa maison des restes d'u corps et du sang * ; et enfin celui de saint Grégoire de Nazianze , qui raconte que sa sœur sainte Gorgonie méla avec ses larmes ce qu'elle avoit pu ramasser des antitypes ou symboles du corps et du sang *. Il devoit traduire du corps ou du sang , comme il y a dans le texte, et non pas du corps et du sang , comme il a fait pour insinuer qu'on gardoit toujours l'un et l'autre ensemble.

De ces quatre exemples, les deux premiers visiblement ne font rien à notre sujet.

Nous avons déjà remarqué avec M. dela Roque que dans celui de saint Justin on portoit à la vérité les deux espéces, mais incontinent après qu'on les avoit consacrées, par où on ne montre pas qu'on les gardât, ce qui est précisément notre question.

Pour montrer que dans l’occasion racontée par saint Grégoire, les fidèles avoient gardé dans leur vaisseau les deux espèces depuis Constantinople jusqu'à Rome, il faudroit auparavant qu'il füt certain qu'il n'y avoit point dans ce vaisseau de prétre qui püt célébrer, ou que Maximien, dont saint Grégoire parle en ce lieu, ne l'étoit pas, quoiqu'il füt le Pére d'un monastère. Ce grand pape ne dit rien de ces circonstances, et nous laisse la liberté de les

1 Rép., chap. xvirt. — ? Just., Apol., 1, n. 65 et seq. — ? Greg., Dial. I, cap. XXxv1. — * Amphil., Vit. Bas. — 5 Greg. Naz., orat. xt in Gorg. sororem.

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