PARTIE I, N. IV
suppléer par d'autres raisons, dont la principale se tire de l'impossibilité, déjà tant marquée, de garder si longtemps et en si petite quantité le vin consacré.
Ce que dit ici M. du Bourdieu, qu'on n'eüt osé célébrer dans un navire, fait voir qu'il ne cherche qu'à chicaner, sans vouloir méme considérer qu'encore à présent on célèbre en toutes sortes de lieux quand il y a raison de le faire.
Ainsi, de ces quatre exemples, en voilà d'abord deux inutiles. Les deux autres, avec les passages de Baronius et du savant l'Aubespine, évéque d'Orléans, dont il les soutient, peuvent bien prouver qu'on ne refusoit pas le sang aux fidèles pour l'emporter avec eux, s'ils le demandoient (car aussi pourquoi le leur refuser, et croire que le corps sacré qu'on leur confioit füt plus précieux que le sang?), mais ne prouveront jamais qu'ils le pussent garder longtemps, puisque la nature méme y résistoit, ni que ce füt la coutume de le faire, l'Eglise étant si persuadée que la communion étoit égale sous une ou sous deux espéces, que la moindre difficulté la déterminoit à l'une ou à l'autre manière. Aussi voyonsnous dans le passage de saint Grégoire de Nazianze, qu'il ne dit pas que sa sceur arrosa de ses larmes le corps et le sang , comme s’il eût été certain qu'elle eüt eu l'un et l’autre, mais le corps ow le sang, pour montrer qu'il ne savoit pas lequel des deux elle avoit en son pouvoir, l'ordinaire étant de ne garder que le corps.
Que sert done de chicaner sur un fait constant? Il en faut toujours venir à la vérité; et M. de la Roque, celui de tous les ministres qui a le plus scrupuleusement examiné celte matière, convient franchement « que les fidéles emportoient chez eux le pain de l'Eucharistie pour le prendre quand ils vouloient *, » se sauvant comme il peut de la conséquence par la remarque qu'il fait que cette coutume abusive et particulière, « ne peut préjudicier à la pratique générale, et que ceux-là mesme qui emportoient chez eux l'Eucharistie, ne le faisoient apparemment qu'aprés en avoir mangé une partie dans l'assemblée, et participé au calice du Seigneur. »
Calixte s'en tire à peu près avec la méme réponse ?. Au com-
1 Hist. Euch., Y part., chap. xir, p. 159. — ? Disp. n. 10.
mencement du Traité qu'il nous donne sur la communion des deux espèces, il avoit dit naturellement que quelques-uns réservoient «le pain sacré pour le manger ou dans leur maison ou dans les voyages; » et aprés avoir rapporté plusieurs passages , entre autres celui de saint Basile, qui ne souffre aucun subterfuge, il avoit conclu « qu'il étoit certain par ces passages, que quelques-uns émus d'une religieuse affection pour l'Eucharistie, emportoient une partie du pain consacré, ou de ce sacré symbole. » I] n’y a personne qui ne voie , en lisant ces passages dans Calixte méme, que ce quelques-uns , qu'il coule si doucement , c'est toute l'Eglise; et quand il ajoute que cette coutume fut tolérée quelque temps , ce quelque temps , c'est-à-dire quatre ou cinq cents ans et dans les temps les plus purs; et ce tolérée c'est-à-dire universellement recue dans ces beaux siècles de l'Eglise, sans que personne se soit avisé, ni de la blámer, ni de dire que cette communion fût insuffisante.
Dans la suite de la dispute Calixte s'échauffe, et s'efforce de prouver par les exemples déjà réfutés, que cette communion pouvoit se faire sous les deux espéces. Mais il en revient enfin à la solution qu'il avoit donnée d’abord, que les fidèles qui communioient sous la seule espéce du pain dans leur maison, avoient recu celle du vin dans l'église, et qu'il n'y a point d'exemple « que durant mille et onze cents ans on ait communié publiquement sous une espèce ! : » comme s'il ne suffisoit pas pour le convaincre, que la communion sous une espèce ait été jugée parfaite et suffisante ; ou qu'il füt plus permis de communier contre l'ordre de Jésus-Christ, et de diviser son mystère dans la maison que dans l'église ; ou enfin que cette parcelle de pain saeré qu'on prenoit en particulier dans sa maison sans prendre le sang , n'eüt pas été donnée à l'église méme et de la main des pasteurs pour cet usage. |
Voilà les vaines chicanes par lesquelles les ministres pensent éluder une vérité manifeste : mais je ne veux pas les laisser dans leur erreur à l'égard de la communion publique; et encore qu'il nous suffise d'avoir pour nous cette communion faite en particu-
1 Disp., n. 10, 11, 154.