‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 156 sur 403 · PARTIE I, N. V · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. V

lier avec l'approbation de toute l'Eglise, nous allons voir que la communion sous une espèce n'étoit pas moins libre dans les assemblées solennelles que dans la maison.

Je pose donc pour quatrième fait, que dans l'église méme et dans les assemblées des chrétiens, il leur étoit libre de prendre ou les deux espèces, ou une seule. Les manichéens abhorroient le vin, qu'ils eroyoient une créature du diable ‘. Les mêmes manichéens nioient que le Fils de Dieu eût versé son sang pour notre rédemption , croyant que sa passion n'avoit été qu'une illusion et une apparence fantastique. Ces deux raisons leur donnoient de l'aversion pour le sang précieux de Notre-Seigneur, qu'on recevoit dans les mystéres sous l'espéce du vin : et comme, « pour se mieux cacher, » dit saint Léon , et répandre plus aisément leur venin, «ils se méloient avec les catholiques jusqu'à communier avec eux, ils ne recevoient que le corps de Notre-Seigneur, évitant de boire le sang par lequel nous avons été rachetés. » On avoit peine à découvrir leur fraude , parce que les catholiques mêmes ne communioient pas tous sous les deux espèces. A la fin on remarqua que les hérétiques le faisoient par affectation : de sorte que le pape saint Léon le Grand « voulut que reconnus à cette marque, on les chassât de l'Eglise; » et saint Gélase , son disciple et son successeur, fut obligé à défendre expressément de communier autrement que sous les deux espèces ? : marque qu'auparavant la chose étoit libre, et qu'on n'en vint à cette ordonnance que pour Óter aux manichéens le moyen de tromper.

Ce fait est du cinquième siècle. M. de la Roque et les autres le rapportent avec le sentiment de ces deux papes ?, et ils en tirent avantage. Mais au contraire ce fait montre clairement qu'il fallut une raison particulière pour obliger les fidèles à communier nécessairement sous les deux espèces, et que la chose auparavant se pratiquoit indifféremment des deux manières : autrement les manichéens se seroient d'abord trop fait connoître , et n'auroient pas pu espérer d'étre soufferts.

1 Leo I, serm. xLY, al. xLvI, qui est IV de Quadr., cap. v. — ? In Dec. Grat, de Cons., dist. 2. cap. Comperimus, 12; Ivo, Microl., etc. — 3 I part., cap. XII; p. 144.

IVe coutume. La commu-

nion à l'é-

glise et dans loffice ordinaire.

Mais s'il étoit libre, disent les ministres *, de communier quand on vouloit sous la seule espéce du pain, on n'auroit pas pu reconnoitre les manichéens à cette marque : comme s'il n’y avoit point de différence entre la liberté de recevoir une ou deux especes, et la perpétuelle affectation de ces hérétiques à refuser opiniâtrément le vin consacré. Quel effet de la prévention, de ne vouloir pas observer une chose si manifeste !

Il est vrai qu'en laissant cette liberté, il falloit du temps et une attention particulière pour discerner les. hérétiques d’avec les fidèles. C'est aussi ce qui donna lieu assez longtemps à la fraude ; et ce qui fit que du temps de saint Gélase, il en fallut enfin venir à une ordonnanee expresse , de prendre également le corps et le sang, sur peine d'étre privé de l'un et de l'autre.

M. du Bourdieu nous cache ici avec beaucoup d'artifice le motif de la défense de ce pape?. Voici les paroles du décret. « Nous avons déeouvert que quelques-uns, en prenant seulement le corps sacré , s'abstiennent du sacré calice , lesquels certes , puisqu'on les voit attachés à je ne sais quelle superstition, il faut ou qu'ils prennent les deux parties de ce sacrement, ou qu'ils soient privés de l’une et de l'autre?. » Ce puisque du pape Gélase , qui nous marque manifestement dans l'abstinence superstitieuse de ces hérétiques une raison particuliére de les obliger aux deux especes , est supprimé par ce ministre ; car voici ce qu'il fait dire à ce grand pape : « Je: ne scay à quelle superstition ils sont attachez : qu'ils prennent les saeremens entiers, ou qu'ils soient privez des sacremens entiers. » ;

Il n'a osé faire paroitre dans sa traduction la particule, où ce pape marque expressément que sà défense a eu un motif partieulier, de peur qu'on ne conclüt trop facilement contre lui qu'il n’y avoit rien de plus libre en soi que de communier sans prendre le sang, puisqu'il a fallu des raisons et une occasion particulière pour obliger à le faire.

Il y a encore une autre finesse, mais bien foible, dans la tra-

* 1Du Bourd., Rép., chap. xit, p. 281. — ? 1bid., p. 283. — $ « Qui procul dubio (quoniam nescio quà sperstilione docentur adstringi) aut integra sacramenta percipiant, aut ab integris arceantur. » Gel., ibid.

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