‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 157 sur 403 · PARTIE I, N. V · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. V

duction de ce ministre. Car au lieu que le pape dit, comme je le viens de traduire : « Lesquels certes, puisqu'ils paroissent attachés à je ne sais quelle superstition , » c’est-à-dire indéfiniment, comme il est visibie, à une certaine superstition qu’il ne daigne pas exprimer, le ministre lui fait dire précisément et plus fortement tout ensemble : Je ne scay à quelle superstition ils sont attachez, pour conclure de là un peu après qu'il ne s'agissoit pas ici des manichéens, «dont, dit-il *, ce scavant évesque n'ignoroit pas les erreurs, ou celles qui avoient la vogue en son temps. »

Calixte avoit tâché avant lui de détacher le fait de saint Léon d'avec celui de saint Gélase *, pour empêcher qu'on ne crüt que l'ordonnance de ce dernier pape en faveur des deux espéces ne füt regardée comme relative à l'erreur des manichéens. Que lui sert ce misérable refuge? Puisqu'il paroit clairement par les termes de cette ordonnance qu'elle a un motif particulier, que nous importe que ce soit l'erreur des manichéens, ou quelque autre superstition semblable? Et n'est-ce pas toujours assez pour faire voir que de quelque facon qu'on le prenne, il a fallu à l'Eglise des raisons particulières pour obliger aux deux espèces ?

Mais au fond on ne peut douter que cette superstition dont parle iei saint Gélase, ne füt celle des manichéens, puisqu'Anastase, bibliothécaire, dit expressément dans la vie de ee grand pape, « qu'il découvrit à Rome des manichéens, qu'il les envoya en exil, et qu'il fit brüler leurs livres devant l'église de Sainte- Marie ?. » On ne voit pas en effet quelle superstition , autre que celle des manichéens , auroit pu inspirer l'horreur du vin et celle du sang de Notre-Seigneur. On sait d'ailleurs que ces hérétiques avoient des artifices inouis pour s'insinuer secrétement parmi les fidèles, et qu'il y avoit dans leurs discours prodigieux une telle efficace d'erreur, que rien n'étoit plus difficile que d'effacer tout à fait les impressions qu'ils laissoient dans les esprits. Personne ne doutera donc que ces superstitieux dont parle le pape saint Gélase, n'aient été des restes cachés de ces manichéens, que saint Léon son prédécesseur avoit découverts trente ou quarante ans

1 Du Bourd., 1bid., p. 285. — ? Calixt., Disp. cont. comm., etc., et in Add., p. 291. — ? Vit. Gel., tom. IV, Conc., col. 1154.

auparavant : et quand saint Gélase a dit qu'ils sont attachés à je ne sais quelle superstition, ce n'est pas qu'il ne connüt bien leurs erreurs, mais il parle ainsi par mépris, ou en tout cas, parce que. cette secte obscure se tournoit en mille formes, et qu'on ne savoit pas toujours, ou qu'on ne vouloit pas toujours expliquer au peuple tout ce qui restoit de ce venin.

Mais voici le fort des ministres. Ils soutiennent que nous avons tort de chercher une raison particulière de l'ordonnance de saint Gélase , puisque ce pape la fonde manifestement sur la nature du mystère. Rapportons done encore une fois les paroles déjà citées de ce pape, et ajoutons-y toute leur suite : « Nons avons découvert, dit-il, que quelques-uns prennent seulement le sacré corps et s'abstiennent du sang sacré, lesquels certes, puisqu'on les voit attachés à je ne sais quelle superstition, il faut qu'ils prennent les deux parties, ou qu'ils soient privés de toutes les deux, parce que la division d'un seul et méme mystère ne se peut faire sans un grand sacrilége. »

A bien prendre la suite de ces paroles, on voit que la division qu'il accuse de sacrilége est celle qui est fondée sur cette superstition, où le sang de Notre-Seigneur consacré sous l’espèce du vin, étoit regardé comme un objet d'aversion. En effet c'est diviser le mystère, que de croire qu'il y en a une partie que Jésus-Christ n'a pas instituée, et qui doit étre rejetée comme abominable. Mais de croire que Jésus-Christ ait également institué les deux parties, et n'en prendre cependant qu'une seule, non pas en méprisant l'autre, (à Dieu ne plaise), mais parce qu'on croit que dans une seule on recoit la vertu de toutes les deux, et qu'il n'y a dans toutes les deux qu'un méme fond de grace: si c'est diviser le mystère, l'Eglise primitive le divisoit donc quand elle communioit les malades, les petits enfans et tous les fidèles généralement dans leur maison sous une seule espèce. Mais comme on ne peut avoir un tel sentiment de l'ancienne Eglise, on est forcé d'avouer que pour diviser ce mystère, il faut croire et faire autre chose que ce que croient et font tous les catholiques.

VI. L'Eglise ancienne a si peu cru que ce fût diviser le mystère que

Suite : la

mese du de ne donner qu'une seule espèce, qu 'elle a eu des jours solennels,

Page 1