‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 159 sur 403 · PARTIE I, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. VI

Ces choses font assez voir la coutume universelle de l'Eglise latine. Mais les Grecs passent encore plus avant : ils ne consacrent point aux jours de jeüne, afin de ne mêler pas à la tristesse du jeüne la joie et la célébrité du sacrifice. C'est ce qui fait que dans le Caréme ils ne consacrent qu'au jour de dimanche et au jour de samedi, dans lesquels ils ne jeünent pas. Ils offrent dans les autres jours le sacrement réservé de ces deux jours solennels, ce qu'ils appellent la Messe imparfaite, ou la Messe des Présanctifiés , à cause que l'Eucharistie qu'on offre en ces jours, a été consacrée et sanctifiée dans les deux jours précédens et dans la messe qu'ils nomment parfaite.

L'antiquité de cette observance ne peut étre contestée, puisqu'elle paroit au sixième siècle dans le concile in Trullo * : on en voit le fondement dés le quatriéme au concile de Laodicée ?, et il n'y a rien de plus célèbre parmi les Grecs que cette messe des Présanetifiés.

Si l'on veut maintenant savoir ce qu'ils y offrent, il n'y a qu'à lire dans leurs Eucologes et dans la Bibliothèque des Pères les anciennes Liturgies des Présanctifiés ?: on verra qu'ils. ne réservent que le pain sacré. C'est le pain sacré qu'ils apportent de la sacristie; c'est le pain sacré qu'ils élévent, qu'ils adorent et qu'ils encensent; c'est le pain sacré qu'ils mélent sans dire aucune prière dans du vin et dans de l’eau non consacrés, et qu'ils distribuent enfin à tout le peuple. Ainsi dans tout le Caréme, dans le plus saint temps de l'année, cinq jours de la semaine, ils ne communient que sous la seule espéce du pain.

On ne sait pourquoi quelques Latins ont voulu blàmer cette coutume des Grecs, que les papes ni les conciles n'ont jamais reprise; et au contraire l'Eglise latine l'ayant suivie le Vendredi saint, il paroit que cet office avec la manière de communier qui s’y pratiquoit, est consacré par la tradition des deux églises.

Ce qu'il y a ici de plus remarquable , c'est qu'encore qu'il soit si visible que les Grecs ne recoivent en ces jours que le corps de

1 Conc. Trull., 52, Labb., tom. VI, coll. 1165 et seq. — ? Conc. Laod.,

cap. XLIX, LI, Labb., tom. I, col. 1506, — 3 Euch. Goar., Bibl. PP., Paris, tom. II.

Notre-Seigneur, ils ne changent rien dans les formules ordinaires. Les dons sacrés sont toujours nommés au pluriel, et ils n'en parlent pas moins dans leurs priéres du corps et du sang : tant il est imprimé dans l'esprit des chrétiens qu'on ne peut en recevoir l'un sans recevoir en méme temps non-seulement la vertu, mais encore la substance de l'un et de l'autre.

ll est vrai que les Grecs modernes s'expliquent autrement , et ne paroissent pour la plupart guére favorables à la communion sous une espéce; mais c'est en quoi la force de la vérité paroit plus grande, puisque, malgré qu'ils en aient, leurs propres coutumes, leurs propres liturgies, leurs propres traditions décident contre eux.

Mais quoi, dira-t-on, n'est-il pas vrai qu'ils mettent en forme de croix quelques gouttes du sang précieux dans les parcelles du corps sacré qu'ils réservent pour les jours suivans et pour l'office des Présanctifiés? llest vrai qu'ils le font pour la plupart : mais il est vrai en méme temps que cette coutume est nouvelle parmi eux; et qu'au fond, à la regarder toute entière, elle ne fait rien contre nous.

Elle ne fait rien contre nous, parce qu'outre que deux ou trois gouttes du vin consacré ne se peuvent pas conserver longtemps , les Grecs prennent soin aussitót aprés qu'ils les ont mises sur le pain sacré, de le dessécher sur un réchaud et de le réduire en poudre. Car c'estainsi qu'ils le réservent tant pour les malades que pour l'office des Présanctifiés : marque certaine que les auteurs de cette tradition n'ont pas eu en vue dans ce mélange la communion sous les deux espèces, qu'ils eussent données autrement s'ils les avoient crues nécessaires; mais l'expression de quelque mystère, tel que pourroit être la résurrection de Notre-Seigneur, que toutes les liturgies grecques et latines figurent par le mélange du corps et du sang dans le calice, parce que la mort de Notre-Seigneur étant arrivée par l'effusion de son sang, ce mélange du corps et du sang est très-propre à représenter comment cet Homme-Dieu reprit la vie.

J’aurois honte de raconter ici toutes les vaines subtilités des Grecs modernes, ni tous les faux raisonnemens qu'ils font sur le

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