PARTIE I, N. VI
Seigneur ne peut pas étre la véritable consécration, par laquelle le vin est changé au sang , mais une sanctification d'une autre nature et d'un ordre beaucoup inférieur : telle qu'est celle dont parle saint Bernard, lorsqu'il dit que « le vin mêlé avec l'hostie consacrée, quoiqu'il ne soit pas consacré de cette consécration solennelle et particuliére qui le change au sang de Jésus-Christ , ne laisse pas d'étre sacré en touchant le sacré corps de Notre- Seigneur {, » mais d'une manière bien différente de celle qui se fait selon le méme Saint par les paroles tirées de l'Evangile.
Que ce soit de cette sorte de consécration imparfaite et inférieure dont parlent ici les auteurs que nous expliquons, c'est une vérité qui demeurera pour constante, si on trouve que ces mémes auteurs et dans les mémes endroits disent que la véritable consécration du sang de Notre-Seigneur ne se peut faire que par la parole, et encore par la parole de Jésus-Christ méme.
Alcuin y est exprès, lorsqu'expliquant le Canon de la messe, comme nous l'avons encore aujourd'hui, quand il est venu à l'endroit oà nous proférons les paroles sacramentelles qui sont celles de Jésus-Christ méme : « Geci est mon corps, ceci est mon sang ; » il dit que « c'est par ces paroles qu'on a consacré au commencement le pain et le calice, qu'on le consacre encore, et qu'on le consacrera éternellement , parce que Jésus-Christ prononcant encore par les prêtres ses propres paroles, fait son saint corps et son sacré sang par une céleste bénédiction ?. »
Et Amalarius sur le méme endroit du Canon ?, ne dit pas moins clairement que c'est en ce lieu et à la prononciation de ces paroles, que « la nature du pain et du vin est changée en la nature du corps et du sang de Jésus-Christ (a) : » ce qui montre combien lui et Alcuin sont éloignés de croire que le seul mélange fasse
1 Bern., ep. LXIX. — ? Alc., lib. de Div. Off., cap. de Celeb. Miss., ibid. — 3 Amal., lib. III, 24, ibid.
(a) Le texte continuoit ainsi, dans la première édition : « Et il (Amalarius) avoit dit auparavant en particulier de la consécration du calice, qu'une simple liqueur étoit changée par la bénédiction du prétre au sacrement du sang de Notre-Seigneur; ce qui montre, etc. » Bossuet'a effacé ce passage; et dans la Revue de quelques-uns de ses ouvrages, il dit sur le Traité de la communion : « Je remarquerai seulement sur cet ouvrage qu'on a Óté dans la seconde édition un passage d'Amalarius, qui avoit été mal pris dans la première, quoique cela ne fit rien au fond de la preuve. »
cet effet sans parole. Quand donc ils disent que le simple vin est sanctifié par le mélange du corps de Jésus-Christ, on voit assez qu'ils veulent dire que par l'attouchement du Saint des saints ce vin cesse d’être profane, et devient quelque chose de saint mais qu'il devienne le Sacrement de Jésus-Christ, et qu'il soit changé en son sang sans qu'on ait prononcé dessus les paroles de Jésus- Christ, c'est une erreur qui ne peut pas compatir avec leur doctrine.
Tous ceux qui ont écrit de l'Office divin, et de celui de la Messe, tiennent le méme langage que ces deux auteurs.
Isaac, évéque de Langres, leur contemporain , dans l'explication du Canon et du lieu où l'on consacre, dit que le prêtre ayant fait jusque-là ce qu'il a pu, pour faire alors quelque chose de plus merveilleux, emprunte les paroles de Jésus-Christ méme, c'est-à-dire ces paroles : Ceci est mon corps : « Paroles puissantes, dit-il, auxquelles le Seigneur donne sa vertu, » selon l'expression du Psalmiste ; « paroles qui ont toujours leur effet, parce que le Verbe, qui est la vertu de Dieu, dit et fait tout à la fois : de sorte qu'il se fait ici à ces paroles contre toute raison humaine une nouvelle nourriture pour le nouvel homme, un nouveau Jésus né de l'esprit , une hostie venue du ciel‘; » et le reste , qui ne fait rien à notre sujet, ceci n'étant que trop suffisant pour montrer que ce grand évéque a mis la consécration dans les paroles de Notre-Seigneur.
Remi, évéque d'Auxerre, dans le livre qu'il a composé de la Messe vers la fin du neuvième siècle, est visiblement dans le méme sentiment qu'Alcuin, puisqu'il n'a fait que transcrire de mot à mot toute la partie de son livre où cette matière est traitée.
Hildebert, évêque du Mans et depuis transféré à Tours, célèbre par sa piété autant que par son éloquence et par sa doctrine, et loué méme par les protestans à cause des éloges qu'il a donnés à Bérenger, après qu'il fut revenu ou qu’il eut fait semblant de revenir de ses erreurs, explique formellement que « le prétre consacre, non par ses paroles, mais par celles de Jésus-Christ ; qu'alors sous le signe de la croix et sous la parole, la nature est
1 Isaac Lingon., Spicil., tom. I, p. 351.