‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 162 sur 403 · PARTIE I, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. VI

changée ; que le pain honore l'autel en devenant corps , et le vin en devenant sang : ce qui oblige le prétre à élever alors le pain et le vin, pour montrer qu'ils sont élevés par la consécration à quelque chose de plus haut que ce qu'ils étoient!. »

L'abbé Rupert dit la méme chose?, et aprés lui Hugues de Saint-Victor *. On trouve tous ces livres ramassés dans la Bibliothéque des Péres , au tome qui porte le titre, de Divinis Officiis.

Cette tradition est si constante, surtout dans l'Eglise latine, qu'on ne peut pas s'imaginer que le contraire se püt trouver dans l'Ordre romain, ni qu'Alcuin et Amalarius l'eussent pu penser, quand ils ne se seroient pas aussi clairement expliqués que nous avons vu. Mais cette tradition venoit de plus haut. Tant d'auteurs francois que j'ai cités avoient été précédés par un évéque de l'église gallicane, qui avoit dit au cinquième siècle, que «les créatures posées sur les saints autels et bénies par les paroles célestes, cessoient d'étre la substance du pain et du vin et devenoient le corps et le sang de Notre Seigneur“ ;» et saint Ambroise avant lui entendoit, par ces paroles célestes, les propres paroles de Jésus-Christ : Ceci est mon corps, ceci est mon sang, ajoutant « que la conséeration, tant celle du corps que celle du sang , se faisoit par ces paroles de Notre-Seigneur 5; » et l'auteur du livre des Sacremens, soit que ce soit saint Ambroise, ou quelqu'un voisin de son temps qui le suit en tout, connu quoi qu'il en soit dans l’antiquité, parle de même‘; et tous les Pères du même temps tiennent un langage conforme ; et avant eux tous saint Irénée avoit enseigné « que le pain ordinaire est fait Eucharistie par l'invocation de Dieu qu'il recoit sur lui”; » et saint Justin, quil cite souvent, avoit dit devant lui que l'Eucharistie se faisoit «par la prière de la parole qui vient de Jésus-Christ, » et que €'étoit par cette parole, « que les alimens ordinaires, qui ont accoutumé en se changeant de nourrir notre chair et notre sang , étoient le corps et le sang de ce Jésus incarné pour nous? : » et

1 Hildeb., eod. tom. Bibl. PP.— ? Rup., de Div. Off., lib. 11, cap. Ix ; et lib. V; cap. XX. — ? Hug. de S. Vict., Erud. theol., lib. LI, cap. xx. — # Euseb., Gallic. sive Euch., tom. VI; Max., Bibl. PP., hom. v, de Pasch. — 5 Ambr., de Init.

seu de Myst., cap. Ix, n. 54. — 6 Ambr., lib. IV, Sacr., cap. v, n. 23. — 7 Iren., Cont. her., lib. IV, cap. xvii, n. 4.—9 Just., Apol. 1, ed. Ben., Apol. 11, n. 66, p.83.

VH.

Les sentimens el la pratique des derniers siècles, fondés sur les sentimens et la pralique de l'Eglise ancienne.

avant tous les Pères, l'apótre saint Paul avoit clairement marqué la bénédiction particulière du calice, lorsqu'il avoit dit : « Le calice de bénédiction que nous bénissons'. » Et pour aller à la source, Jésus-Christ consacre le vin en disant: « Ceci est mon sang , » comme il avoit consacré le pain en disant : « Ceci est mon corps ; » de sorte qu'il ne peut tomber dans l'esprit d'un homme sensé qu'on ait jamais pu croire dans l'Eglise que le vin füt consacré sans paroles par le seul mélange du sang, d’où il s'ensuit que c’étoit avec le pain seul que nos pères communioient le Vendredi saint.

Tant de pratiques constantes de l'ancienne Eglise, tant de circonstances différentes, où il paroit qu'en particulier et en public, et toujours avec une approbation universelle et selon la loi établie, elle a donné la communion sous une espèce tant de siècles avant le concile de Constance, et depuis l'origine du christianisme jusqu'au temps de ce concile, démontrent invinciblement qu'il n'a fait que suivre la tradition de tous les siècles, quand il a décidé que la communion étoit bonne et suffisante sous une espèce aussi bien que sous les deux; et qu'en quelque facon qu'on la recüt, ni on ne contrarioit à l'institution de Jésus-Christ , ni on ne se privoit du fruit de ce sacrement.

Dans les choses de cette nature, l'Egliseatoujours cru qu'elle pouvoit changer ses lois suivant les temps et les occurrences; et c'est pourquoi aprés avoir laissé la communion sous une ou sous deux espèces indifférentes, après avoir obligé aux deux espèces. pour des raisons particulières, elle a réduit pour d'autres raisons les fidèles à une seule , prête à rendre les deux quand l'utilité de l'Eglise le demandera, comme il paroit par les décrets du concile de Trente ?.

Ce concile après avoir décidé que la communion sous les deux espéces n'est pas nécessaire, se propose de traiter deux points : le premier, s'il est à propos d’accorder la coupe à quelque nation ; et le second, à quelles conditions on la pourroit accorder.

Il y avoit un exemple de cette concession dans le concile de Bâle,

.où la coupe fut accordée aux bohémiens, à condition de reconnoitre

que Jésus-Christ étoit recu tout entier sous chacune des deux 11 Cor., x, 16. — ? Sess. XXI, post. Canon.

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