PARTIE I, N. VII
espèces, et que la réception de l'une et de l'autre n'étoit pas nécessaire.
On douta donc longtemps à Trente s'il ne falloit point accorder la méme chose à l'Allemagne et à la France qui le demandoient, dans l'espérance de réduire plus facilement par ce moyen les luthériens et les calvinistes. Enfin le concile jugea à propos, pour d'importantes raisons, de remettre la chose au Pape, afin qu'il fit selon sa prudence «ce qui seroit le plus utile à la chrétienté, et le plus convenable au salut de ceux qui feroient cette demande *. »
En conséquence de ce décret et en suivant l'exemple de Paul III, son successeur Pie IV à la prière de l'empereur Ferdinand et de quelques princes d'Allemagne, par ses brefs du premier septembre 1563 envoya une permission à quelques évéques de rendre la coupe à l'Allemagne ?, aux conditions marquées dans ces brefs, conformes à celles de Bâle, s'ils le trouvoient utile au salut des ames, La chose fut exécutée à Vienne en Autriche et en quelques autres endroits. Mais on reconnut bientót que les esprits étoient encore trop échauffés pour profiter de ce remède. Les ministres luthériens ne cherchoient qu'une occasion de crier aux oreilles du peuple que l'Eglise reconnoissoit elle-même qu'elle s'étoit trompée, lorsqu'elle avoit eru que la substance du sacrement se recevoit toute entière sous une seule espèce : chose manifestement contraire à la déclaration qu'elle exigeoit ; mais la passion fait tout entreprendre ef tout croire à des esprits prévenus. Ainsi on ne continua pas de se servir de la concession que le Pape avoit faite avec. prudence, et qui peut-étre en un autre temps et dans de meilleures dispositions, eüt eu un meilleur effet.
L'Eglise, qui doit en tout tenir la balance droite, ne doit ni faire paroitre comme indifférent ce qui est essentiel, ni aussi comme essentiel ce qui ne l'est pas, et ne doit changer sa discipline que pour une évidente utilité de tous ses enfans; et c'est de cette prudente dispensation que sont venus tous les changemens que nous/avons remarqués dans l'administration d'une seule ou de deux espéces.
1 Sess. XXII, in fine. — ? Palavic., Hist. Conc. Trident., lib. XI, 2, n. 11, XXIV; Bona, lib. IV, Rer. lit., cap. xvii1; Calixt., Disp. cont. Comm. sub und, etc., p. 15.
SEGONDE PARTIE
LES PRINCIPES SUR LESQUELS SONT APPUYÉS LES SENTIMENS ET LA PRATIQUE DE L'ÉGLISE : QUE LES PRÉTENDUS RÉFORMÉS SE SERVENT DE CES PRINCIPES AUSSI BIEN QUE NOUS.
Telle a été la pratique de l'Eglise. Les principes sur lesquels elle s'est fondée ne sont pas moins assurés que la pratique a été constante.
Afin qu'il ne reste en cette matiére aucune difficulté, je ne rapporterai aucun principe que les prétendus réformés puissent contester.
.. . Le premier principe que je pose est que dans l'administration sp. tiny des sacremens, nous sommes obligés de faire, non tout ce que "lips Jésus-Christ a fait, mais seulement tout ce qui appartient à la ls «c- Sübstance.
e quet Ce principe est incontestable. Les prétendus réformés ni ne
Sue plongent les enfans dans l'eau du baptême, comme Jésus-Christ fut plongé dans le Jourdain quand saint Jean le baptisa; ni ne donnent la Cène à table et dans un soupé, comme le fit Jésus- Christ; ni ne regardent comme nécessaires beaucoup d’autres choses qu'il a observées.
Mais il importe surtout de considérer la cérémonie du baptéme, qui peut servir de fondement à beaucoup de choses en psi matiere.
Baptiser signifie plonger, et tout le monde en est d'accord.
Cette cérémonie a été tirée des purifications des Juifs; et comme la plus parfaite purification consistoit à se plonger tout à fait dans l'eau, Jésus-Christ, qui étoit venu pour sanctifier et pour accomplir les anciennes cérémonies, a voulu choisir celle-ci comme la plus significative et la plus simple, pour exprimer la rémission des péchés et la régénération du nouvel homme.
Le baptéme de saint Jean-Baptiste, qui servoit de préparatif à celui de Jésus-Christ, a été fait en plongeant.
La prodigieuse multitude des peuples qui accouroient à ce