PARTIE II, N. I
^ baptéme, fit choisir à saint Jean-Baptiste les environs du Jourdain ‘, et parmi les environs du Jourdain la contrée « d'Annon auprés de Salim, parce qu'il y avoit là des eaux abondantes *; » et une grande facilité de plonger les hommes qui venoient se consacrer à la pénitence par cette sainte cérémonie.
Quand Jésus-Christ vint à saint Jean pour élever le baptéme à un effet plus merveilleux en le recevant, l'Ecriture dit qu'il «sortit et s'éleva des eaux du Jourdain ?, » pour marquer qu'il y avoit été plongé tout entier.
Il ne paroit point dans les Actes des apôtres, que les trois mille et les cinq mille hommes qui furent convertis aux premières prédications de saint Pierre *, aient été baptisés d'une autre manière; et le grand nombre de ces convertis n'est pas une preuve qu'on les ait baptisés par aspersion, comme quelques-uns l'ont conjecturé. Car outre que rien n'oblige à dire qu'on les ait baptisés en méme jour, il est certain que saint Jean-Baptiste qui n’en baptisoit pas moins, puisque toute la Judée accouroit à lui, ne laissa pas de baptiser en plongeant; et son exemple nous a fait voir que pour baptiser un grand nombre d'hommes, on savoit choisir les lieux oü il y avoit beaucoup d'eaux : joint encore que les bains et les purifications des anciens, principalement celles des Juifs, rendoient cette cérémonie facile et familiére en ce temps.
Enfin nous ne lisons point dans l'Ecriture qu'on ait baptisé auirement; et nous pouvons faire voir par les actes des conciles, et par les anciens Afuels, que treize cents ans durant on a baptisé de cette sorte dans toute l'Eglise, autant qu'il a été possible.
Le mot méme dont on se sert dans les Rituels pour exprimer l'aetion des parrains et des marraines, en disant qu'ils lévent l'enfant des fonts baptismaux, fait assez voir qu'on l'y plongeoit.
Quoique ces vérités soient incontestables, ni nous, ni les prétendus réformés n'écoutons les anabaptistes qui tiennent la mersion essentielle et indispensable; et nous n'avons pas craint les uns et les autres de changer ce plongement , pour ainsi parler du
1 Matth., n1, 5, 65 Luc., 111, 3. — ? Joan., 111, 23. — ? MattA.; 111, 16; Marc., I, 10. — ^ Act., I1, 41; 1v, 4.
11e principe. Pour connoitre la substance d'un sacrement, il en faut regarder l'effet es-
sentiel.
corps entier, en une simple aspersion ou infusion sur une partie de notre corps.
On ne peut rendre d'autre raison de ce changement, sinon que ce plongement n'est pas de la substance du baptéme; et les prétendus réformés en étant d'accord, le premier principe que nous avons posé est incontestable.
Le second principe est que pour distinguer dans un sacrement ce qui appartient ou n'appartient pas à la substance, il faut regarder l'effet essentiel du sacrement.
Ainsi quoique les paroles de Jésus-Christ : Baptisez ; comme il a déjà été dit, signifient : Plongez, on a cru que l'effet du sacrement n'étoit pas attaché à la quantité del'eau: si bien que le baptéme par infusion et aspersion ou par mersion paroissant avoir au fond le méme effet, l'une et l'autre facon est jugée valable.
Or, comme nous avons dit, on ne sauroit trouver dans l'Eucharistie aucun effet essentiel du corps distingué de celui du sang : ainsi la grace de l'un et de l'autre au fond et dans la substance ne peut étre que la méme.
Il ne sert de rien de dire que la représentation de la mort de Notre-Seigneur est plus expresse dans les deux espèces; je le veux : aussi la représentation de la renaissance du fidéle est-elle plus expresse dans la mersion que dans la simple infusion ou aspersion. Car le fidéle plongé dans l'eau du baptéme « est enseveli avec Jésus-Christ !, » selon l'expression de l'Apótre; et le fidèle sortant des eaux, sort du tombeau avec son Sauveur, et représente plus parfaitement le mystère de Jésus-Christ, qui le.régénere. La mersion, où l'eau est appliquée au corps entier et à toutes ses parties, signifie aussi plus parfaitement que l'homme est pleinement et entièrement lavé de ses taches. Et toutefois le baptéme donné par l'immersion ou le plongement, ne vaut pas mieux que le baptême donné par simple infusion et sur une seule partie : il suffit que l'expression du mystère de Jésus-Christ et de l'effet de Ja grace se trouve en substance dans le sacrement, et la dernière exactitude de la représentation n’y est pas requise.
Ainsi dans l'Eucharistie, l'expression de la mort de Notre-Sei-
1 Rom., VI, 4; Coloss., 11, 12.