‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 165 sur 403 · PARTIE II, N. II · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. II

gneur se trouvant au fond, quand on nous donne le corps livré pour nous, et l'expression dela grace du sacrement s'y trouvant aussi quand on nous donne sous l'espéce du pain l'image de notre nourriture spirituelle, le sang, qui ne fait qu'y ajouter une signification plus expresse , n'y est pas absolument nécessaire.

C'est ce que montrent manifestement les paroles mémes de Notre-Seigneur et la réflexion de saint Paul, lorsque rapportant ces paroles : « Faites ceci en mémoire de moi *,» il en conclut aussitót aprés que « toutes les fois qu'on mange ce pain, et qu'on boit ce calice, on annonce la mort du Seigneur.» Ainsi selon l'interprétation du disciple, l'intention du Maitre quand il ordonne de se souvenir de lui, c'est qu'on se souvienne de sa mort. Afin done de bien entendre sile souvenir de cette mort est dans la seule participation de tout le mystére, ou dans la participation de chacune de ses parties, il ne faut que considérer que le Sauveur n'attend pas que tout le mystère soit achevé et toute l'Eucharistie recue dans ses deux parties, pour dire : « Faites ceci en mémoire de moi. » Saint Paul à remarqué qu'à chaque partie il ordonne expressément cette mémoire ?. Car aprés avoir dit : « Mangez, ceci est mon corps, faites ceci en mémoire de moi, » en donnant le sang il répète encore : « Toutes les fois que vous le boirez, faites-le en mémoire de moi; » nous montrant par cette répétition que nous exprimons sa mort dans la participation de chaque partie. D’où il s'ensuit que lorsque saint Paul conclut de ces paroles « qu'en mangeant le corps et buvant le sang, on annonce la mort du Seigneur, » il faut entendre qu'on l'annonce non-seulement en prenant le tout, mais encore en prenant chaque partie, d'autant plus qu'il est visible d'ailleurs que dans cette mystique séparation que Jésus-Christ a marquée par ces paroles, le corps épuisé de sang et le sang tiré du corps, font le même effet pour marquer la mort violente de Notre-Seigneur. De sorte que s'il y a une expression plus inculquée en prenant le tout, il ne laisse pas d'étre véritable qu'à la réception de chaque partie on se représente la mort toute entière, et on s'en applique toute la grace.

Que si on demande ici à quoi sert done l'institution des deux

1 | Cor., X1, 25, 26. — Ibid., 24, 25.

espèces et cette expression plus vive de la mort de Notre-Seigneur que nous y avons remarquée, c'est qu'on ne veut pas songer à une qualité de l'Eucharistie bien connue des anciens, quoique rejetée par nos réformés. Tous les anciens ont cru que l'Eucharistie n'étoit pas seulement une nourriture, mais encore un saerifice, et qu'on l'offroit à Dieu en la consacrant avant que de la donner au peuple; ce qui fait que la table de Notre-Seigneur, ainsi appelée par saint Paul dans l'E'pitre aux Corinthiens *, est appelée Aufel par le méme Apôtre dans l’Epitre aux Hébreux ?. Il ne s'agit pas ici d'établir ni d'expliquer ce sacrifice, dont on peut voir la nature dans le Traité de l'Ezposifion?; et je dirai seulement, parce que notre sujet le demande, que Jésus-Christ a fait consister ce sacrifice de l'Eucharistie dans la plus parfaite expression qu'on püt jamais imaginer du sacrifice de la eroix. C'est pourquoi il a dit séparément : « Ceci est mon corps; et : Ceci est mon sang, » renouvelant mystiquement par ces paroles, comme par un glaive spirituel, avec toutes les plaies qu'il a recues dans son corps, la totale effusion de son sang; et encore que ce corps et ce sang une seule fois séparés, dussent étre éternellement réunis dans sa résurrection pour faire un homme parfait et parfaitement vivant, ila voulu néanmoins que cette séparation, faite une fois à la croix, ne cessát jamais de paroitre dans le mystère de la sainte table. C'est dans cette mystique séparation qu'il a voulu faire consister l'essence du sacrifice de l'Eucharistie pour en faire l'image parfaite du sacrifice de la croix, afin que comme ce dernier sacrifice consiste dans l'aetuelle séparation du corps et du sang , celui-ci qui en est l'image parfaite, consistát aussi dans cette séparation représentative et mystique. Mais encore que Jésus-Christ ait séparé son corps et son sang ou réellement sur la croix, ou mystiquement sur les autels, il n'en peut pas séparer la vertu, ni faire qu'une autre grace accompagne son sang répandu que la méme au fond et en substance qui accompagne son corps immolé : ce qui fait que cette expression si vive et si forte, néces- - saire pour le sacrifice, ne l'est plus dans la réception de l'Eucharistie, étant autant impossible de séparer dans l'application l'effet 11 Cor., x, 21. — ? Hebr., Xi, 10. — 9 Exp. art, XIV.

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