PARTIE II, N. III
du sang de celui du corps, qu'il est aisé et naturel de représenter aux yeux du fidéle la séparation actuelle de l'un et de l'autre. Cest pourquoi dans l’antiquité nous avons vu en tant de rencontres le corps donné sans le sang, etle sang donné sans le corps, mais jamais l'un consacré sans l'autre. Nos péres ont été persuadés qu'on óteroit aux fidèles quelque chose de trop précieux, si on ne consacroit pas les deux espèces, où Jésus-Christ a fait consister avec cette parfaite représentation de sa mort l'essence du sacrifice de l'Eucharistie; mais qu'on ne leur ôtoit rien d’essentiel, ne leur en donnant qu'une seule, puisqu'une seule contient la vertu du tout ; et que l'esprit une fois frappé de la mort de Notre- Seigneur dans la consécration des deux espèces, ne prend plus rien de l'autel où on les a consacrées qui ne conserve cette figure de mort et le caractere de victime : de sorte que soit quel'on mange, soit que l'on boive , soit qu'on fasse l'un et l'autre ensemble, on s'applique toujours la méme mort, et on recoit toujours en substance la méme grace.
Et il ne faut point tant appuyer sur le manger et le boire, puisque manger et boire spirituellement, c'est visiblement la méme chose, et que l'un et l'autre c’est croire. Soit donc qu'on mange ou qu'on boive selon le corps, l'on boit et mange tout ensemble selon l'esprit pourvu qu'on croie, et on recoit tout l'effet du sacrement.
Mais sans disputer davantage , je voudrois bien seulement demander à Messieurs de la religion prétendue réformée s'ils ne croient pas, quand ils ont recu le pain de la Cène avec une foi sincère, avoir recu la grace qui nous incorpore pleinement à Jésus-Christ et le fruit tout entier de son sacrifice. Qu'ajoutera donc l'espéce du vin, si ce n'est une expression plus ample du méme mystère?
Bien plus, ils croient recevoir, non la figure seulement , mais la propre substance de Jésus-Christ. Que ce soit par la foi, ou autrement, ce n'est pas de quoi it s'agit. La recoivent-ils toute entière, ou seulement la moitié, quand on leur donne le pain de la Cène? Jésus-Christ est-il divisé? Et s'ils reçoivent dans une seule espèce la substance de Jésus-Christ toute entière, qu'ils nous
Que les prétendus réformés convien-
nent de ce principe, et ne peuvent avoir d'autre fondement de leur discipline.
Examen de la doctrine de M. Jurieu, dans le livre inlitulé , Le Préservatif , etc,
disent si la substance et l'essence du sacrement leur peut manquer?
Et ce ne peut étre que cette raison qui leur ait persuadé qu'ils pouvoient donner le pain seul à ceux qui ne peuvent pas boire de vin. L'article vu du chapitre xu de leur Discipline , qui est celui de la Cène, y est exprès.
Cet argument proposé la première fois par le grand cardinal de Richelieu , a jeté les prétendus réformés dans un extrême embarras. J'ai tâché de résoudre dans l Exposition une partie des réponses qu'ils y ont faites !, et j'ai soigneusement rapporté ce qu'ont réglé leurs synodes en confirmation de l'article de leur Discipline. Le fait est demeuré pour constant : ceux qui ont écrit contre moi l'ont tous avoué d'un commun accord comme public et notoire ; mais ils ne se sont pas accordés de méme dans la manière d'y répondre.
Tous n'ont pas été satisfaits de la réponse ordinaire, qui consiste seulement à dire que ceux dont il est parlé dans l'article de la Discipline , sont excusés de prendre le vin par l'impossibilité où ils sont d'en boire, et que c'est un cas particulier qu'il n'est pas permis de tirer à conséquence ; car ils ont bien vu au contraire que ce cas particulier devoit être décidé par les principes généraux. Si l'intention de Jésus-Christ est que les deux espèces soient inséparables; si l'essence ou la substance du sacrement consiste dans l'union de l'une et de l'autre : comme les essences sont indivisibles, ce n'est pas le sacrement que ceux-ci recoivent , e'est une chose purement humaine, et qui n'a point son fondement dans l'Evangile.
Il en à donc enfin fallu venir, mais avec une peine extréme et des détours infinis, à dire qu'en ce cas celui qui recoit seulement « le pain, ne recoit pas le sacrement de Jésus-Christ. »
M. Jurieu, qui a écrit le dernier contre mon Exposition , dans son livre intitulé le Préservatif?, après avoir vu les réponses de tous les autres, et après s'étre donné lui-même beaucoup de peine, tantôt en se fáchant « contre M. de Condom, qui s'amuse, dit-Ù, comme feroit un petit missionnaire, à des choses si peu relevées, et à cette vieile chicane, » tantót en faisant valoir autant qu'il
4 Exp., art. 17. — ? Préservatif, art. 13, p. 262 et suiv.