PARTIE II, N. IIT
peut cette impossibilité tant répétée, conclut enfin que celui dont il s'agit, à qui on ne donne que le seul pain, à parler exactement ne prend pas par la bouche « le sacrement de Jésus-Christ, parce que ce sacrement est composé de deux parties, et qu'il n'en recoit qu'une: » ee qu'il confirme dans le dernier livre qu'il a mis au jour. -—
C'est ce que les prétendus réformés n'avoient encore osé dire, que je sache. En effet une communion qui n'est pas un sacrement est un étrange mystère; et les prétendus réformés, qui sont enfin obligés de le reconnoitre , feroient aussi bien d'avouer la conséquence que nous tirons de leur Discipline, puisqu'ils ne trouvent de dénouement à cet embarras que par un prodige si inoui dans l'Eglise.
Mais la doctrine de notre auteur paroit encore plus étrange quand on la considère dans toute sa suite. Selon lui, l'Eglise présente en ce cas « le sacrement véritabie ; » mais toutefois « ce qu'on recoit n'est pas le sacrement véritable; » ou plutôt « ce n'est pas un véritable sacrement quant au signe, mais c'est un véritable sacrement quant à la chose signifiée, » puisque « le fidéle recoit Jésus-Christ signifié par le sacrement, et recoit tout autant de graces que ceux qui communient au sacrement mesme, parce que le sacrement luy est présenté tout entier, parce qu'il le reçoit de vœu et de cœur, et parce que la seule impossibilité insurmontable l'empesche de communier au signe *. »
Que lui servent ces subtilités? Il pourroit conclure par ces argumens, que le fidéle qui ne peut, selon ses principes, recevoir le vrai sacrement de Jésus-Christ, puisqu'il n'en peut recevoir une partie essentielle , est exeusé par son impuissance de l'obligation de le recevoir, et que le désir qu'il a de recevoir ce sacrement en supplée l'effet. Mais que pour cela il faille séparer ce qui est inséparable par son institution, et donner à quelqu'un un sacrement qu'il ne peut pas recevoir, ou plutót lui donner solennellement ce qui n'étant pas le vrai sacrement de Jésus-Christ , ne peut étre autre chose que du pain tout simple, c'est inventer un nouveau mystère dans la religion chrétienne, et tromper à la face de toute
1 Examen de Ü'Euch., tr. V1, sect. 1. — ? Préserv., p. 266, 261.
l'Eglise un chrétien qui croit recevoir ce qu'en effet il ne recoit pas.
Voilà néanmoins le dernier refuge de nos réformés : voilà ce qu'écrit celui qui a écrit contre moi après tous les autres, dont les protestans débitent le livre en France, en Hollande, partout, et en toutes langues, avec une préface magnifique, comme l'antidote le plus efficace que la nouvelle Réforme ait pu opposer à cette Exposition tant attaquée !'. Il a trouvé, en enchérissant et en raffinant sur les autres, cette nouvelle absurdité, que ce qu'on recoit parmi eux avec tant de solennité quand on ne peut pas boire du vin, n'est pas le sacrement de Notre-Seigneur; et que c'est par conséquent une pure invention de l'esprit humain, qu'une église qui se dit fondée sur la pure parole de Dieu ne craint point d'établir sans en trouver un seul mot dans cette parole.
Pour conclusion, Jésus-Christ n'a pas fait une loi particulière pour-ceux dont nous parlons. Les hommes n'ont pas pu les dispenser d'un commandement exprés de Noire-Seigneur, ni leur permettre autre chose que ce qu'il a institué. Il faut done ou ne leur rien donner, ou si on leur donne une des espèces, croire que par l'institution de Notre-Seigneur cette seule espéce contient toute l'essence du sacrement, et que la réception de l'autre n’y peut plus rien ajouter que d'accidentel.
w. . Mais il faut venir au troisième principe, qui seul emporte la ire de décision de la question. Le voici. Pour connoitre ce qui apparpert tient ou n'appartient pas à la substance des sacremens, il faut quée par
lapratiqe COnsulter la pratique et le sentiment de l'Eglise.
constante
et perpé- Disons les choses plus généralement : dans tout ce qui est de
Exposition pratique, il faut toujours regarder ce qui a été entendu et prati-
ge par qué par l'Eglise, et c’est là le vrai esprit de la loi.
Sua J'écris ceci pour un juge éclairé, qui sait que pour entendre l'ordonnance et en bien prendre l'esprit, il faut savoir comment elle a toujours été prise et pratiquée : autrement comme chacun raisonne à sa mode, la loi deviendroit arbitraire. La règle est d'examiner comment on a entendu et comment on a pratiqué : on ne se trompe jamais en la suivant.
1 Préf. du Préserv.