‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 168 sur 403 · PARTIE II, N. IV · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. IV

Dieu pour honorer son Eglise et attacher les particuliers à ses saintes décisions, a voulu que cette règle eût lieu dans sa loi, comme elle l’a dans les lois humaines; et la vraie manière d'entendre cette sainte loi, c'est de considérer de quelle sorte elle a toujours été entendue et observée dans l'Eglise.

La raison est qu'on voit dans cette interprétation et pratique perpétuelle, une tradition qui ne peut venir que de Dieu méme, selon cette doctrine des Pères, que ce qu'on voit toujours et partout dans l'Eglise ne peut venir que des apótres qui l'auront appris de Jésus-Christ, et de l'Esprit de vérité qu'il leur a donné pour docteur.

Et de peur qu'on ne se trompe dans les différentes significations du mot de Tradition, je déclare que la tradition que j'allégue ici comme interprète nécessaire de la loi de Dieu, est une doctrine non écrite venue de Dieu méme, et conservée dans les sentimens et la pratique universelle de l'Eglise.

Je n'ai pas besoin de prouver ici cette tradition; et la suite fera paroitre que nos réformés sont forcés à la reconnoitre du moins en cette matière. Mais il ne sera pas hors de propos de leur ôter en peu de mots les fausses idées qu'ils attachent ordinairement à ce mot de tradition.

Ils-nous disent que l'autorité que nous donnons à la tradition, soumet l'Ecriture aux pensées des hommes et la déclare imparfaite. | Ils se trompent visiblement. L'Ecriture et la tradition ne font ensemble qu'un méme corps de doctrine révélée de Dieu ; et bien loin que l'obligation d'interpréter l'Ecriture par la tradition soumette l'Ecriture aux pensées des hommes, il n'y a rien qui la mette plus au-dessus.

Quand on permet aux particuliers, comme font nos prétendus réformés, d'interpréter chacun à part soi l'Ecriture sainte, ón donne lieu nécessairement aux interprétations arbitraires ; et en effet on la soumet aux pensées des hommes, qui la prennent chacun à leur mode : mais quand chaque particulier se sent obligé à la prendre comme la prend et l'a toujours prise toute l'Eglise, il ny a rien qui élève plus l'autorité de l'Ecriture, ni qui

la rende plus indépendante de tous les sentimens particuliers.

Jamais on n'est plus assuré de bien. prendre l'esprit et le sens de la loi, que quand on la prend comme elle a toujours été prise depuis son premier établissement. Jamais on n'honore plus le législateur, jamais l'esprit n'est plus captivé sous l'autorité de la loi, ni plus astreint à son vrai sens, jamais les vues particulières et les mauvaises gloses ne sont plus exclues.

Ainsi, quand nos péres, dans tous leurs conciles, dans tous leurs livres, dans tous leurs décrets, se sont fait une loi indispensable d'entendre l'Ecriture sainte comme elle a toujours été entendue : loin de croire que par ce moyen ils la soumissent aux pensées humaines, ils ont cru au contraire qu'ils n'avoient point de plus sür moyen pour les exclure.

L'Esprit qui a dicté l’Ecriture et l'a déposée entre les mains de l'Eglise, la luia fait entendre dés le commencement et dans tous les temps : de sorte que l'intelligence qu'on en voit toujours dans l'Eglise, est inspirée aussi bien que l'Eeriture elle-méme.

L'Ecriture n'est pas imparfaite pour avoir besoin d'une telle interprétation. Il étoit de la majesté de l'Ecriture d’être concise en ses paroles, profonde en ses sens, et pleine d'une sagesse qui parüt toujours plus impénétrable à mesure qu'on la pénétre davantage. C'est un de ces caractères de divinité, dont il a plu au Saint-Esprit de la revêtir. Il falloit, pour être entendue, qu'elle füt méditée ; et ce que l'Eglise y a toujours entendu en la méditant, doit être recu comme une loi.

Ainsi ce qui n’est pas écrit n’est pas moins vénérable que ce qui l’est, pourvu que tout soit venu par la même voie. Tout convient, puisque l'Ecriture est le fondement nécessaire des traditions, et que la tradition est l'interpréte infaillible de l'Eeriture.

Si je disois que toute l'Ecriture doit être interprétée de cette sorte, je dirois une vérité que l'Eglise a toujours reconnue : mais je sortirois de la question que j'ai à traiter. Je me réduis aux choses qui sont de pratique, et principalement à ce qui est de cérémonie. Je soutiens qu'on n'y peut distinguer ce qu'il y a d'essentiel et d'indispensable, d'avec ce qui a été laissé à la liberté de l'Eglise, qu'en examinant la tradition et la pratique constante.

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