‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 17 sur 403 · ARTICLE 1II · texte numérisé non relu

ARTICLE 1II

Que le ministre détruit, non-seulement l'immutabilité, mais encore la spiritualité de Dieu.

Le ministre n'est pas moins clairement convaincu dans la seconde accusation dont il a voulu se défendre ; c'est d'avoir fait dire aux anciens, non-seulement que Dieu étoit muable , mais encore qu'il étoit divisible, et « qu'il pouvoit s'étendre et se res- Serrer?.» Car qui peut douter de son sentiment, aprés ce qu'on vient d'entendre des divisions et des portions de substance qu'il fait admettre aux anciens, dont il déclare néanmoins la doctrine pure de toutes erreurs contre les fondemens de la foi? C'est ce qu'il disoit en 1689; et s'il vouloit s'en dédire, il falloit done sans faire le fier, avouer son aveuglement : mais au contraire il y persiste, puisqu'il nous dit encore aujourd'hui dans cette sixième Lettre

1 Tabl., lett. v1, p. 309. — ? P. 269.

Vanteries du ministre, qui défie ses adversaires de gager contre lui.

Que le Dieu des premiers siècles étoit, selon le ministre, un Dieu qui s'étendoit et se resserroit, et véritablement un corps.

Suite de cetle matiére.

du Tableau, oà il prétend s'expliquer à fond et lever toutes les difficultés de son systéme , que cette naissance temporelle qu'il fait attribuer au Verbe par les anciens, selon eux, se fait « par voye d'expulsion , Dieu ayant poussé au dehors ce qui estoit auparavant enveloppé dans son sein; » qu'elle se fait « par un simple développement et une extension de la substance divine, laquelle s'est étendue comme les rayons du soleil s'étendent quand il se léve aprés avoir esté caché ?. » J'avoue qu'en quelques endroits par une secréte honte il tempére la dureté de ces expressions, en y ajoutant des pour ainsi dire, dont nous parlerons ailleurs; mais s'il vouloit dire par là que ces expressions et les autres de méme nature, si on les trouvoit dans quelques Péres se devroient prendre figurément et comme un foible bégaiement du langage humain, il ne falloit pas rejeter le dénouement de Bullus et les figures qu'il reconnoit dans ces discours. Que s'il persiste toujours et à quelque prix que ce soit, à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations effectives, et que pour cela il s’attache opiniàtrément à prendre ses expressions sans figure et sans métaphore, il demeurera convaincu par son propre aveu, au lieu de se corriger de ses premières idées qui lui faisoient dire en 4689 que les Pères faisoient Dieu corporel, de les avoir eonfirmées en leur faisant reconnoitre encore aujourd'hui, non-seulement un Dieu muable et changeant , mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s'étend et se resserre, en un mot un Dieu qui est un corps.

Il ne devoit pas espérer de résoudre ces difficultés , en répondant que ce ne sont que « des chicanes, » et ensuite nous renvoyant « à la révélation et à la foy comme à la seule barriére qu'on peut opposer au raisonnement humain 5. » Car la foi ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s'étend , qui se divise, qui se resserre et se développe, proprement et dans le sens littéral ne soit pas un corps, ou que tout ce qui recoit tous ces changemens ne soit pas muable. La foi épure nos idées : la foi nous apprend à éloigner de la génération du Verbe tout ce qu'il y a de bas et de corporel dans les générations vulgaires : la foi nous

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