‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 172 sur 403 · PARTIE II, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VI

de rapporter ici la tradition de la priére pour les morts ? Elle est constante par le livre des Machabées* : sans entrer ici avec ces Messieurs dans la question si ce Livre est canonique, ou s'il ne l'est pas, puisqu'il suffit pour ce fait qu'il soit constamment écrit devant l'Evangile. Cette coutume subsiste encore aujourd'hui parmi les Juifs; et la tradition s'en peut établir par ces paroles de saint Paul: A quoi sert de se baptiser , c’est-à-dire, de se purifier et se mortifier pour les morts, si les morts ne ressuscitent pas ?? Jésus-Christ et les apôtres ont trouvé parmi les Juifs cette tradition de prier pour les morts sans les en reprendre : au contraire elle a passé immédiatement de l'Eglise judaique à l'Eglise chrétienne, et les protestans, qui ont fait des livres où ils montrent qu'elle est établie dans les premiers temps du christianisme, n'ont pu encore en marquer les commencemens. Néanmoins il est certain qu'il n'y en avoit rien dans la loi. Elle est venue aux Juifs par la méme voie qui leur avoit apporté tant d'autres traditions inviolables.

Que si une loi qui descend à un si grand détail et qui est pour ainsi dire toute lettre, pour pouvoir étre entendue selon son véritable esprit, a eu besoin d'étre interprétée par la pratique et par les déclarations de la Synagogue : combien plus en a-t-on besoin dans la loi évangélique, où la liberté est plus grande dans les observances, et où les pratiques sont bien moins circonstanciées ?

Cent exemples nous vont faire voir la vérité de ce que je dis. Je les tirerai des pratiques mémes des prétendus réformés, et je n'hésiterai point à rapporter tout ensemble, comme décisif, ce qui a passé pour constant dans l'ancienne Eglise, parce que je ne puis pas croire que ces Messieurs puissent le rejeter de bonne foi. à

L'institution du sabbat a précédé la loi de Moïse, et avoit son fondement dans la création ; et néanmoins ces Messieurs se dispensent aussi bien que nous de cette observance, sans autre fondement que celui de la tradition et de la pratique de l'Eglise , qui ne peut étre venue que d'une autorité divine.

C'est en vain qu'ils répondent que le premier jour de la semaine

1 1 Mach., xit, 43, 46. — ? I Cor., xv, 29.

Preuve par les observances du

Nouveau Testament

consacré par la résurrection de Jésus-Christ, est remarqué dans les écrits des apótres comme un jour d'assemblée pour les chrétiens !, et qu'il est nommé dans l'Apocalypse le jour du Seigneur ou le dimanche ?. Car outre qu'il n'est parlé nulle part dans le Nouveau Testament du repos attaché au dimanche, il est d'ailleurs manifeste que l'addition d'un nouveau jour ne suffisoit pas pour ôter la célébrité de l'Ancien, ni pour nous faire changer avec la tradition du genre humain les préceptes du Décalogue.

La défense de manger du sang et celle de manger la chair des animaux suffoqués, a été donnée à tous les enfans de Noé ? devant l'établissement des observances légales, dont nous sommes affranchis par l'Evangile, et les apôtres l'ont confirmée dans le coneile de Jérusalem *, en la joignant à deux choses d'une observance immuable , dont l'une est la défense de participer au sacrifice des idoles , et l'autre est la condamnation du péché de la chair. Mais parce que l'Eglise a toujours cru que cette loi, quoique observée durant plusieurs siècles, n'étoit pas essentielle au christianisme, les prétendus réformés s'en dispensent aussi bien que nous, sans que l'Ecriture ait dérogé à une décision si précise et si solennelle du concile des apótres, expressément rédigée dans leurs Actes par saint Luc.

Mais pour montrer combien il est. nécessaire de savoir la tradition et la pratique de l'Eglise en ce qui regarde les sacremens, considérons ce qui s'est fait dans le sacrement de baptéme , et dans celui de l'Eucharistie, qui sont les deux sacremens que nos adversaires reconnoissent d'un commun accord.

Cest aux apôtres, c'est-à-dire aux chefs du troupeau, que Jésus-Christ a donné la charge d'administrer le baptême * : cependant toute l'Eglise a entendu, non-seulement que les prêtres, mais encore les diacres et méme tous les fidéles, en cas de nécessité, étoient les ministres de ce sacrement *.

La seule tradition a interprété que le baptéme, que Jésus-Christ n'a mis entre les mains que de son Eglise et de ses apótres, püt

1 Act., XX, 7;.1 Cor., xvi, 2. — ? Apoc., 1, 10. — ? Genes., 1x, 4. —.* Act., xv, 29. — 5 Matth., xxvi, 19. — 6 Tertull., de Bapt., cap. xvir; Conc. Illib., cap. xxxvi, etc.; Labb., tom. I, col. 974.

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