‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 173 sur 403 · PARTIE II, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VI

étre validement administré par les hérétiques et hors de la communion des vrais fidèles.

Au chapitre x1 dela Discipline des prétendus réformés, article t, il est dit, que «le Baptesme administré par celuy qui n'a vocation aucune, est du tout nul ; » et les observations tirées des synodes déclarent que pour la validité de ce sacrement, il suffit qu'il y ait dans les ministres apparence de vocation, telle qu'elle est dans les curés, dans les prétres et dans les moines de l'Eglise romaine qui sont recus à précher. Où trouvent-ils dans l'Ecriture que cette apparence de vocation puisse attribuer un pouvoir que Jésus- Christ n’a donné qu'à ceux qu'il a lui-même effectivement appelés ?

Jésus-Christ a dit : Plongez , comme nous l'avons souvent remarqué. Nous avons dit aussi qu'il a été baptisé en cette forme, que ses apótres l'ont suivie, et qu'on l'a continuée dans l'Eglise jusqu'au douzième et treizième siècle : et néanmoins le baptême donné par infusion est admis sans difficulté par la seule autorité de l’Egiise.

Jésus-Christ a dit : « Enseignez et baptisez' ; » et encore : « Qui croira et sera baptisé , sera sauvé?. » L'Eglise a interprété par la seule autorité de la tradition et de la pratique, que l'instruction et la foi que Jésus-Christ avoit unies avec le baptéme , en pouvoient étre séparées à l'égard des petits enfans.

Ces paroles : Enseignez et baptisez , ont longtemps embarrassé nos réformés. Elles leur avoient fait dire jusqu'en 1614, qu'il « n'estoit pas loisible de baptiser sans prédication précédente , ou immédiatement suivante *. » C'est ce qui fut décidé au synode de Tonneins, conformément à tous les synodes précédens. Mais au synode de Castres, en 1626, on commença à se relâcher sur ce point, et on résolut « de ne presser pas l'observation du réglement de Tonneins *. » Enfin au synode de Charenton , en 1631, (c’est celui où l'on admit les luthériens à la Cène) il fut dit, «que la prédication avant ou aprés le Daptesme n'est de l'essence d'iceluy, ains de l'ordre dont l'Eglise peut disposer. » Ainsi ce

1 Matth., xxvut, 19. — ? Marc., XVI, 15, 16. — 3 Diéscip., chap. XI, art. 6; Observ., p. 166, — ^ Ibid., 467. — 5 Ibid.

qu'on avoit cru et pratiqué si longtemps, comme prescrit par Jésus-Christ méme, fut changé; et sans aucun témoignage de l'Ecriture , on déclara que c'étoit chose dont l'Eglise peut ordonner comme il lui plait.

A l'égard des petits enfans, les prétendus réformés disent bien que leur baptéme est fondé en l'Ecriture; mais ils n'en rapportent aucun passage précis, et ils argumentent par des conséquences trés-éloignées , pour ne pas dire très-douteuses, et méme trés-fausses.

Il est certain que sur ce sujet toutes les preuves qu'ils tirent de l'Ecriture n'ont aucune force, et qu'ils détruisent eux-mêmes celles qui pourroient en avoir.

Ce qui peut avoir de la foree pour établir le baptéme des petits enfans, c'est que d'un côté il est écrit que Jésus-Christ «est Sauveur de tous ', » et qu'il a dit lui-même : « Laissez venir à moi les petits enfans ?; » et de l'autre, qu'il a prononcé que nul ne peut approcher de lui, ni avoir part à sa grace, s'il ne recoit le baptéme, conformément à cette parole : «Si vous n'étes régénérés de l'eau et du Saint-Esprit, vous n'entrerez point au royaume de Dieu ?.» Mais ces passages n'ont point de force selon la doctrine de nos réformés, puisqu'ils font profession de croire que le baptéme n'est pas nécessaire au salut des petits enfans.

Rien ne leur fait tant de peine dans leur Discipline *, que l'empressement qu'ils voient tous les jours parmi eux dans les parens àfaire baptiser leurs petits enfans, lorsqu'ils sont malades ou en péril de mort. Cette piété des parens est appelée dans leurs synodesune infirmité. C'est foiblesse d'appréhender que les enfans des fidèles ne meurent sans recevoir le baptéme. Un synode s'étoit laissé aller à consentir qu'on baptisát les enfans extraordinairement en évident péril de mort. Mais le synode suivant réprouva cette foiblesse : et ces gens forts effacerent la clause où on témoignoit avoir égard à ce péril, « parce qu'elle donne quelque ouverture à l'opinion de la nécessité du baptesme 5. »

Ainsi les preuves tirées de la nécessité du baptéme pour forcer

1] Timoth., 1v, 10. — ? Matth., XIX, 14. — ? Joan., nr, 3, 5. — # Discip., chap. xi, art. 6, Observ.— 5 Ibid.

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