‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 174 sur 403 · PARTIE II, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VI

à le donner aux petits enfans sont détruites par nos réformés. Voici celles qu'ils substituent à leur place, telles qu'elles sont marquées dans leur Catéchisme, dans leur Confession de foi et dans leurs prières. C'est que les enfans des fidèles naissent dans l'alliance, conformément à cette promesse : «Je serai ton Dieu, et le Dieu de ta lignée jusqu'en mille générations. » D’où ils concluent que « la vertu et substance du baptéme appartenant aux petits enfans , on leur feroit injure de leur dénier le signe, qui est inférieur '. »

Par une semblable raison ils se trouveront forcés à leur donner la Cène avec le baptéme; car ceux qui sont dans l'alliance sont incorporés à Jésus-Christ : les petits enfans des fidèles sont dans l'alliance, ils sont donc incorporés à Jésus-Christ; et ayant par ce moyen, selon eux, la vertu et la substance de la Cène, on devroit dire, comme du baptéme, qu'on ne peutsans injure leur en refuser le signe.

Les anabaptistes soutiennent que ces paroles : Qu'on s’éprouve et qu'on mange, n'ont pas plus de force pour exiger dans la Cène l’âge de raison, que celles-ci : Qu? croira et sera baptisé, en ont pour l'exiger dans le baptéme. É

La conséquence qu'on tire dans la nouvelle Réforme de l'alliance de l'aneien peuple et de la circoncision, ne les touche pas. L'alliance de l'ancien peuple se faisoit, disent-ils, par la naissance, parce qu'elle étoit charnelle; et c'est pourquoi on en imprimoit le sceau dans la chair par la circoncision aussitót aprés la naissance. Mais dans la nouvelle alliance, il ne suffit pas de naître, il faut renaltre pour y entrer; et comme les deux alliances n'ont rien de semblable, il n’y a rien, disent-ils, à conclure d'un signe à un autre : de sorte que la comparaison qu'on fait de la circoncision avec le baptéme est nulle.

L'expérience a fait voir que tout ce qu'ont tenté nos réformés pour confondre les anabaptistes par l'Ecriture, a été foible. Aussi sont-ils obligés de leur alléguer enfin la pratique. Nous voyons dans leur Discipline, à la fin du chapitre x1, la forme de recevoir dans leur communion les personnes d’âge, où l’on fait expressé-

1 Cat. Dim., 505 Conf. de foi, art. 35, Forme d'administ. le Bapt.

ment reconnoitre à l'anabaptiste quise convertit, que le baptéme des petits enfans est « fondé en l'Ecriture et en la pratique perpétuelle de l'Eglise. »

Quand les prétendus réformés croient avoir la parole de Dieu bien expresse, ils n'ont pas accoutumé de se fonder sur la pratique perpétuelle de l'Eglise. Mais ici, où l'Ecriture ne leur fournit rien par où ils puissent fermer la bouche aux anabaptistes , il a fallu s'appuyer d'ailleurs, et tout ensemble avouer qu'en ces matières la pratique perpétuelle de l'Eglise est d'une inviolable autorité.

Venons à l'Eucharistie. Les prétendus réformés se vantent d'avoir trouvé dans ces paroles : Buvez-en tous, un exprès commandement pour tous les fidéles de participer à la coupe. Mais si on leur dit que cette parole adressée aux seuls apôtres qui étoient présens, a eu son entier accomplissement lorsqu'en effet ils en burent tous, comme dit saint Marc ?, quel refuge trouveront-ils dans l'Ecriture? Où pourront-ils trouver que ces paroles de Jésus- Christ : Buvez-en tous, s'étendent à d'autres qu'à ceux à qui le méme Jésus-Christ a dit : Faites ceci”? Or est-il que ces paroles : Faites ceci, ne regardent que les ministres de l'Eucharistie , qui seuls peuvent faire ce que Jésus-Christ a fait, c’est-à-dire consacrer et distribuer l'Eucharistie aussi bien que la prendre. Par où done prouveront.ils que ces autres :, Buvez-en tous, s'étendent plus loin ? Que s'ils disent que quelques-unes des paroles de Notre-Seigneur regardent tous les fidéles, et les autres les ministres seuls, quelle règle nous trouveront-ils dans l'Ecriture pour faire le discernement de ce qui appartient aux uns et aux autres , puisque Jésus-Christ parle partout de la méme sorte et sans distinction? Mais enfin, quoi qu'il en soit, disent quelques-uns, ces paroles de Jésus-Christ : Faites ceci , adressées aux saints apótres et en leur personne à tous les pasteurs , décident la question, puisqu'en leur disant : Faites ceci , il leur ordonne de faire tout ce qu'il a fait ; par conséquent de distribuer tout ce qu'il a distribué; et en un mot, de faire faire à tous les âges suivans ce que Jésus-Christ leur a fait faire à eux-mémes. C'est en effet

1 Matth., xxvr, 27. — 3 Marc., xiv, 23. — 3 Luc., xxi, 19. i

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