‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 175 sur 403 · PARTIE II, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VI

ce qu'ils peuvent dire de plus apparent; mais ils ne savent plus où ils en sont, quand on leur montre tant de choses faites par Jésus-Christ dans ce mystère, qu'ils ne se croient pas obligés de faire. Car quelle régle ont-ils pour en faire le discernement ? Et puisque Jésus-Christ a embrassé tout ce qu'il a fait sous ce méme mot : Faites ceci , sans s'expliquer davantage : que reste-t-il autre chose, si ce n'est la tradition , pour distinguer ce qui est essentiel d'avec ce qui ne l'est pas? Ce raisonnement est sans réplique, et le paroitra d'autant plus qu'on viendra plus exactement dans le détail.

Jésus-Christ institua ce sacrement sur le soir, à l'entrée « de la nuit en laquelle il alloit être livré’. » C'est en ce temps qu'il a voulu nous laisser son corps donné pour nous * : le consacrer à la méme heure, ce seroit rendre plus vive l'image de la passion, et tout ensemble représenter que Jésus- Christ devoit mourir dà la dernière heure, c'est-à-dire au dernier période des temps. Cependant personne ne croit que cette parole : Faites ceci, nous ait astreints à une heure si pleine de mystères.

L'Eglise s'est fait une loi de prendre à jeun ce que Jésus-Christ a donné après le repas.

A ne regarder que l'Ecriture et les paroles de Jésus-Christ qui nous y sont rapportées, les prétendus réformés n'auront jamais rien de certain sur le ministre de l'Eucharistie. ll y a des anabaptistes et d'autres sectes semblables, où l'on croit que chaque fidèle peut donner ce sacrement dans sa famille, sans avoir besoin d'autre ministre. Les prétendus réformés ne les convaincront jamais par la seule Ecriture. Ils ne peuvent pas leur soutenir que ces paroles : Faites ceci, ne soient adressées qu'aux seuls apótres, si celles-ci : Buvez-en tous, prononcées dans la suite du méme discours et avec aussi peu de distinction, s'adressent à tous les fidéles, comme ils nous le disent tous les jours. Et d'ailleurs on leur répondra que les apótres, à qui Jésus-Christ a dit : Faites ceci, assistoient à sa sainte table comme simples communians, et non pas comme consacrans, ni comme distribuans, ou comme

11 Cor., x1, 23. — ? Luc., XXII, 19.

ministres : d’où on conclura que ces paroles ne leur attribuent en particulier aucun ministère. Et en un mot on n'a pu décider qu'avec le secours de la tradition que ce sacrement eût des ministres spécialement établis par le Fils de Dieu ; ou que ces ministres dussent être ceux qu'il a chargés de la prédication de sa parole.

C'est ce qui fait dire à Tertullien dans le livre de Coroná militis, que nous apprenons seulement de la tradition non écrite que l'Eucharistie « ne doit étre recue que de la main des supérieurs ecclésiastiques , quoique la commission de la donner (à ne regarder précisément que la parole de Jésus-Christ ) soit adressée à tous les fidèles !. »

La méme tradition qui déclare les pasteurs de l'Eglise seuls ministres du sacrement de l'Eucharistie, nous apprend que le second ordre de ces ministres, c'est-à-dire les prétres, a part à cet honneur, encore que Jésus-Christ n'ait dit : Faites ceci, qu'aux apôtres seuls qui étoient les chefs du troupeau.

Nous nelisons pas que Notre-Seigneur ait présenté son corps ni son sang à chacun de ses disciples, mais seulement qu'en rompant le pain il leur a dit : Prenez et mangez ; et quant à la coupe, il semble que l'ayant mise au milieu, il leur ait ordonné d'en prendre l'un aprés l'autre. Le synode de Privas des prétendus réformés , rapporté sur l'article 1x du chapitre xu de leur Discipline, dit que « Nostre-Seigneur a permis que les apostres distribuassent le pain et là coupe l'un à l'autre, et de main en main; » mais quoique Jésus-Christ l'ait fait ainsi, la pratique constante a interprété que le pain et le vin consacrés fussent présentés aux fidéles par les ministres de l'Eglise.

Conformément à l'exemple de Notre-Seigneur et des apótres , quelques-uns des prétendus réformés vouloient que les communians se donnassent la coupe les uns aux autres; et il est certain que cette cérémonie étoit un signe solennel d'union. Mais les synodes des prétendus réformés n'ont pas jugé nécessaire de suivre en ceci ce qu'ils reconnoissoient avoir été pratiqué par Jésus-Christ et par les apôtres dans l'institution de la Cène, et ils

1 De Cor. mil., cap. 111. Et omnibus mandatum à Domino.

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