‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 176 sur 403 · PARTIE I, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE I, N. VI

attribuent au contraire aux seuls pasteurs la distribution de la coupe, aussi bien que celle du pain '.

Toute l'antiquité accorde aux diacres la distribution dela coupe, quoique Jésus-Christ ni les apótres n'aient rien ordonné de semblable qui paroisse dans l'Ecriture : personne ne s'y est jamais opposé, et les prétendus réformés approuvent cette pratique dans quelques-uns de leurs synodes rapportés avec les observations sur l'article ix du chapitre de la Cène $.

Ils ont depuis changé cet usage *, et ont attribué aux seuls pasteurs la distribution de l'Eucharistie, méme celle de la coupe, à l'exclusion des diacres et méme des anciens, quoiqu'ils semblent représenter parmi eux le second ordre des ministres de l'Eglise, c'est-à-dire celui des prétres, qui constamment ont toujours offert et distribué , non-seulement le sacré calice, mais encore l'Eucharistie toute entière.

Nos prétendus réformés n'en sont pas venus d'abord à cette décision. Leurs premiers synodes disoient que les ministres seuls administreroient la coupe en tant que faire se pourrott *. Cette restriction a subsisté sous vingt-deux synodes consécutifs, tous nationaux, et jusqu'à celui d'Alais, qui se tint de nos jours en 1620. Là on ordonna que ces mots : en tant que faire se pourroit , seroient rayés, et l'administration de la coupe fut réservée aux seuls ministres. Jusque-là les anciens, et méme les diacres, avoient dans le besoin administré l'Eucharistie, et principalement la coupe. L'église de Genève formée par Calvin étoit dans cette pratique, et ce ne fut qu'en l'an 1623 qu'elle résolut de se conformer au sentiment de ceux de France *. Cette affaire ne passa pas sans contradiction dans les provinces. La raison du synode d'Alais, selon qu'il est remarqué dans la Discipline, c'est « qu'il n'appartenoit qu'aux pasteurs légitimement établis de distribuer ce sacrement *:» maxime qui regarde visiblement la doctrine, et qui par conséquent, selon les principes de la nouvelle Réforme, doit se trouver exprimée dans l'Ecriture; d’où il s'ensuit que tous les

1 Syn. de Privas, Discip., chap. xir, art. 9; Syn. de Saint-Maixent., Discip., chap. X11 ; Oóservat., après l'art. 14. — ? Conc. Carth. IV, cap. xxxviltt, etc., Labb., tom. II, col. 1203.— 9 Discip., chap. xit; Observation sur l'art. 9.— * Ibid. — 5 [bid., Observ., p. 184 et suiv. — 6 Ibid., p. 186. — " Ibid.

synodes et les églises prétendues réformées, jusqu'au synode d'Alais, auroient grossièrement erré contre l'institution de Jésus- Christ. Ou si l'on nous répond que ces paroles n'étoient pas bien claires, comme ces variations semblent le faire assez voir, il en faudra venir à dire avec nous, que pour entendre ces paroles, on est obligé d'avoir recours à l'interprétation de l'Eglise et à la tradition qui nous y soumet.

Etre ensemble à la méme table est un signe de société et de communion, que Jésus-Christ a voulu faire paroitre dans l'institution de son sacrement; car il étoit à table avec ses apôtres. Quelques églises prétendues réformées, pour imiter cet exemple et faire tout ce qu'avoit fait Notre-Seigneur , faisoient ranger les communians à tablées. Le synode de Saint-Maixent rapporté dans le méme endroit, rejette cette observance !.

Qu'y avoit-il apparemment de plus opposé à ce qui a été fait dans l'institution, que la coutume d'emporter la communion et de la recevoir en particulier? Nous avons vu néanmoins que les siécles des martyrs le pratiquoient de la sorte, pour ne rien dire ici des âges suivans.

ll ne paroit rien dans l'Ecriture de la réserve qu'il faudroit faire de l'Eucharistie, pour la donner aux malades : cependant nous la voyons pratiquée dés l'origine du christianisme.

Ceux qui méloient les deux espéces, et les prenoient toutes deux ensemble, paroissoient autant s'éloigner des termes et du dessein de l'institution, que ceux qui n'en prenoient qu'une seule. Ces deux articles ont eu leur approbation dans l'Eglise; et la pratique du mélange, qui déplairoit le moins aux prétendus réformés, est celle qui se trouve le plus souvent défendue.

Elle est défendue au septième siècle, dans le quatrième concile de Brague?. Elle est défendue dans le siècle onzième, au concile de Clermont, où le pape Urbain IT étoit en personne , avec environ deux cents évêques , et par le pape Pascal IT. Le concile de Clermont réserve les cas de nécessité et de précaution ?. Le pape

1 Discip., chap. X11; Observat. après l'art. 14, p. 189. — ? Conc. Brach. lV ; tom. VI; Conc., chap. 11, Labb., tom. VI, cap. 11, p. 561, 562 et seq. — ? Conc. Clarom., cap. XxvilI, Labb., tom. X, p. 508.

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