PARTIE IL, N. VI
Pascal réserve la communion des enfans et des malades. Cette communion que l'Occident ne permettoit qu'avec ces réserves, s'y est enfin établie durant quelque temps; et méme elle est devenue depuis six à sept cents ans la communion ordinaire de tout l'Orient, sans qu'on ait regardé ce changement comme une matiere de schisme.
La partie la plus importante dans tous les sacremens, c'est la parole qui donne efficace à l'action. Jésus-Christ n'en a prescrit aucune expressément pour l'Eucharistie dans son Evangile, ni les apôtres dans leurs Epíitres *. Jésus-Christ a seulement insinué, en disant: Faites ceci, qu'il faut répéter ses propres paroles, par lesquelles le pain et le vin sont changés. Mais ce qui nous a déterminés invinciblement à ce sens, c'est la tradition : la tradition a aussi réglé les priéres qu'on devoit joindre aux paroles de Jésus- Christ; et c'est pour cela que saint Basile, dans le livre du Saint- Esprit? , met parmi les traditions non écrites, « les paroles d'invocation, dont on se sert quand on consacre, ou pour traduire de mot à mot, « quand on montre l'Eucharistie. »
Par l'article vui du chapitre xu de la Discipline des prétendus réformés, il est libre aux pasteurs d'user des paroles accoutumées dans la distribution de la Cène. L'article est des synodes de Sainte- Foi et de Figeac, en 1578 et 1579. Et en effet il paroit dans le synode de Privas tenu en 1612, « que dans l'église de Genéve les diacres ne parlent point, et non pas mesme les ministres dans la distribution * ; » de sorte que le sacrement, selon la doctrine de nos réformés, n'étant que dans l'usage, il s'ensuit qu'ils reconnoissent un sacrement qui subsiste sans la parole. Au méme synode de Privas, il est défendu aux diacres qui donnent la coupe de dire aucune parole, parce que Jésus-Christ parla seul *; et l'église de Metz est exhortée à se conformer « en cela à l'exemple de Jésus-Christ , sans toutefois rien violenter. »
L'exemple de Jésus-Christ ne fait done pas une loi selon ce synode, et selon les autres synodes il est libre de séparer de la célébration de ce sacrement la parole, qui est l'ame des sacremens,
1 Ep. xxxit. — ? Basil, De Spiritu sancto, 21. — 9 Discip., etc.; Observ. sur l'art. 9, p. 185. — * Ibid.
comme l'exemple du baptême le peut faire voir, pour ne pas ici alléguer le consentement de toute la chrétienté et de tous les siècles.
On voit par ces décisions que ce que Jésus-Christ a fait ne paroit pas une loi aux prétendus réformés. Il faut faire la distinction de ce qui est essentiel d'avec ce qui ne l'est pas. Jésus-Christ ne : l’a pas faite lui-même, et il a dit généralement : Faites ceci. C'est
donc à l'Eglise à la faire, et sa pratique constante doit étre une loi inviolable. ,
Mais enfin, pour attaquer nos adversaires dans leur fort, puisqu'ils le mettent pour la plupart dans ces paroles: Faites ceci : voyons quand Jésus-Christ les a dites.
Il ne les a dites qu'aprés avoir dit: Prenez et mangez, ceci est mon corps : car c'est alors que saint Lue seul lui a fait ajouter : Faites ceci en mémoire de moi *, cet évangéliste ne rapportant pas qu'il en ait dit autant aprés le calice. :
Il est vrai que saint Paul raconte qu'aprés la consécration du calice, Jésus-Christ dit: Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous boirez ?. Mais après tout, ce discours de Notre-Seigneur, à le prendre dans la rigueur et dans la précision des termes, emporte seulement un ordre conditionnel, « de faire ceci en mémoire de Jésus-Christ toutes les fois qu'on le fera, » et non pas un ordre absolu de le faire: ce que je pourrois prouver par les interprétes protestans, sila chose n'étoit pas trop claire pour avoir besoin de preuve.
Ainsi le mot : Faites ceci, ne se trouveroit appliqué absolument qu'à ces paroles: Prenez, mangez, et les protestans perdroient leur cause.
Que s'ils disent, comme font quelques-uns des leurs, que ces paroles attribuées à la réception du corps : Faites ceci en mémoire de moi, ont la méme force que celles-ci qui sont dites après le calice: Toutes les fois que vous boirez, faites-le en mémoire de moi, Yun et l'autre ordonnant bien de faire en mémoire, et non pas de faire absolument : leur cause n'en sera que plus mauvaise, puisqu'ainsi il ne restera dans tout l'Evangile aucun précepte ab-
1 Luc., XXII, 19. — ? I Cor. x1, 25.
D IM v si EL