‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 178 sur 403 · PARTIE II, N. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VI

solu de prendre aucune des espéces, loin qu'il y en ait un de prendre les deux.

Il ne leur sert de rien de répondre que l'institution de Jésus- Christ leur suffit, puisque la question revient toujours de savoir ce qui appartient à l'essence de l'institution, Jésus - Christ ne l'ayant pas distingué, et tous les exemples précédens démontrant invinciblement qu'il ny a que la tradition dont on puisse l'apprendre.

S'ils ajoutent qu'en tout cas on ne se peut tromper en faisant ce qui est écrit, et ce que Jésus-Christ a fait: c'est avec une raison apparente laisser la difficulté toute entière, puisque d'un côté ils ont vu tant de choses qu'il falloit observer, quoiqu'elles ne soient point réglées dans l'Ecriture; et que d'autre part ils en voient aussi un si grand nombre qui sont écrites et que Jésus-Christ a faites, qu'on n'observe point, méme parmi eux, sans qu'on trouve rien dans l'Ecriture qui puisse nous assurer qu'elles soient moins importantes que les autres.

Ainsi sans le secours de la tradition, on ne sauroit comment consacrer, comment donner, comment recevoir, ni en un mot comment célébrer le sacrement de l'Eucharistie, non plus que celui du baptéme; et cette discussion nous peut aider à entendre avec combien de raison saint Basile a dit qu'en rejetant la tradition non écrite , « on attaque l'Evangile méme , et on en réduit la prédication à de simples mots !, » dont on ne comprend point parfaitement le sens.

En effet toutes les réponses et tous les raisonnemens des ministres, visiblement ne produisent que de nouveaux embarras; et le seul moyen d'en sortir, c'est de rechercher, comme nous faisons, l'essence de l'institution de Notre-Seigneur et l'intelligence certaine de son commandement dans la tradition et la pratique de l'Eglise.

Si donc elle a toujours cru que la grace de l'Eucharistie n'étoit pas attachée aux deux espéces; si elle a cru que la communion sous une ou sous deux espèces étoit salutaire ; si les prétendus réformés ont suivi ce sentiment en un certain cas que l'Evangile

1 Basil., de Spiritu sancto, cap. xxvi, tom. III, p. 54 et seq.

La communion sous une espèce s’est éta-

blie sans confradiction,

ne marquoit point, c'est-à-dire à l'égard de ceux qui ne boivent pas de vin : quelle difficulté trouvera-t-on dans une chose réglée par des principes si certains et par une pratique si constante ?

Aussi voyons-nous que la communion sous une espèce s'est établie sans bruit, sans contradiction et sans plainte, de méme que s'est établi le baptéme par simple infusion , et tant d'autres coutumes innocentes.

La crainte qu'on eut de répandre le sang de Notre-Seigneur au milieu d'une multitude qui s'approchoit de la communion avec beaucoup de confusion, fut cause que les fidéles, persuadés de tout temps qu'une seule espèce suffisoit, se réduisirent insensiblement à n'en prendre en effet qu'une seule.

On avoit tant de peine à ne point répandre ce sang précieux dans les églises où il y avoit peu de ministres, et dans les églises nombreuses les précautions qu'il falloit apporter en le distribuant rendoient le service si long , surtout dans les grandes solennités et dans les grandes assemblées, que par là on se porta aisément à l'usage d'une seule espèce.

Dans la conférence tenue à Constantinople l'an 1054, sous le pape saint Léon IX, entre les Latins et les Grecs, le cardinal Humbert, évéque de Silva-Candida, met en fait une coutume de l'église de Jérusalem, attestée par un passage d'un ancien patriarche de cette église ‘. Cette coutume étoit de communier tout le peuple sous l'espéce du pain, seule et séparée, sans la méler avec l'autre selon la pratique du reste de l'Orient. Là il est marqué expressément qu'on réservoit ce qui demeuroit du pain sacré de l'Eucharistie pour la communion du lendemain, sans qu'on y parle en aucune sorte du sacré calice; et la coutume en étoit si ancienne dans cette église, qu'on ly rapportoit aux apótres. Je veux que ceux de Jérusalem se trompassent en cela, puisqu'il n'y a que les coutumes autant universelles qu'immémoriales, qui selon la régle de l'Eglise, doivent étre rapportées à ce principe : mais toujours voit-on par là l'antiquité de cette coutume. Elle étoit recue dans la cité sainte et dans toute la province qui en dépendoit, à ce que pose le cardinal. Nicétas Pecto-

1 Disp. Humb. Card. apud Bar., App, tom. XI.

Page 1