‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 179 sur 403 · PARTIE II, N. VII · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VII

ratus, son antagoniste, ne le contredit point : tout l'univers accouroit à Jérusalem, et alloit avec un saint empressement communier dans les lieux où les mystères de notre salut s'étoient accomplis. Ce fut sans doute cette multitude immense de communians, qui fit embrasser l'usage de communier sous une espèce : personne ne s'en est plaint; et le cardinal Humbert, qui paroit ému du mélange, ne dit rien sur la communion d'une seule espèce.

Plusieurs raisons nous font penser que l'usage d'une seule espèce commenca dans les grandes fêtes, à cause de la multitude des communians ; et quoi qu'il en soit, il est certain que le peuple se réduisit sans aucune peine à cette manière de communier, par l'ancienne foi qu'il avoit qu'on recevoit sous une seule et sous toutes les deux espèces la méme substance du sacrement et le méme effet de la grace.

La marque la plus certaine qu'une coutume est tenue pour libre, c’est quand on la change sans trouble. Ainsi quand on a cessé, ou de communier les petits enfans, ou de les baptiser par immersion, personne ne s'en est ému : on s'est réduit de la même sorte à communier sous une espèce ; et il y avoit plusieurs siècles que le peuple ne communioit que de cette manière, quand les bohémiens s'aviserent de dire qu'elle étoit mauvaise. |

Je ne vois pas même que Wiclef, leur premier maître, quelque téméraire qu'il füt, ait condamné cette coutume de l'Eglise : du moins est-il certain qu'on n'en voit rien ni dans les lettres de Grégoire XI, ni dans les deux conciles de Londres tenus par Guillaume de Courtenay et par Thomas Arondel , archevêque de Cantorbéry;ni dansle concile d'Oxford célébré par le móme Thomas, sous Grégoire XII! ; ni dans le concile romain , sous Jean XXIII ; ni dans un troisième concile de Londres, sous le méme pape”? ; ni dans le concile de Constance ; ni enfin dans tous les conciles et tous les décrets , où se trouve la condamnation de cet hérésiarque et le dénombrement de ses erreurs : par où il paroit qu'ou il n'a pas insisté sur celle-ci, ou qu'on n'en a pas fait grand bruit.

Calixte convient avec Ænéas Silvius, auteur voisin de cestemps,

i Tom. XI Conc. — ? Tom. XII. Conc.

qui a écrit cette histoire, que le premier qui remua cette question fut un nommé Pierre Dresde, maitre d'école de Prague *. Il se servoit contre nous de l'autorité du passage de saint Jean : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. » Ce passage persuada Jacobel de Misnie, qui révolta contre l'Eglise toute la Bohême vers la fin du quatorzième siècle. Il fut suivi de Jean Hus, au commencement du quinziéme, et la querelle qu'on nous fait sur les deux espèces n'a pas une plus haute origine.

Encore faut-il remarquer que Jean Hus n'osa pas dire d'abord que la communion sous les deux espéces füt nécessaire. « Il lui suffisoit qu'on lui avouât qu'il étoit permis et expédient de la donner ; mais il n'en déterminoit pas la nécessité : » tant il étoit établi qu'en effet il n'y en avoit aucune.

Quand on change des coutumes essentielles, l'esprit de la tradition toujours vivant dans l'Eglise, ne manque jamais d'exeiter de la résistance. Les ministres avec tous leurs grands raisonnemens, ont peine encore à accoutumer leurs peuples à voir mourir leurs enfans sans baptéme; et malgré l'opinion qu'ils leur ont mise dans l'esprit, que le baptéme n'est pas nécessaire à salut, ils ne peuvent empécher le trouble que leur cause un si funeste événement, ni presque retenir les péres qui veulent absolument qu'on baptise leurs enfans dans cette nécessité, suivant l’ancienne coutume. Je l'ai vu par expérience, et on le peut avoir remarqué dans ce que j'ai rapporté de leurs synodes : tant il est vrai que la coutume qu'une tradition immémoriale et universelle a imprimée dans les esprits comme nécessaire ,-a une force invincible ; et loin qu'on puisse éteindre un tel sentiment dans toute l'Eglise, on a peine méme à l'éteindre parmi ceux qui le contredisent de propos délibéré. Si donc la communion d'une seule espéce a passé sans contradiction et sans bruit, c'est, comme nous avons dit, que tous les chrétiens, dés l'origine du christianisme, étoient nourris dans cette foi, que la méme vertu étoit répandue dans chacune des deux espèces, et qu'on ne perdoit rien de substantiel lorsqu'on n'en prenoit qu'une seule.

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