PARTIE II, N. VII
Calixte, qui nous rapporte avec soin tous ces passages !, excuse Luther, et les premiers auteurs de la réformation, « sur ce que layant entreprise ( voici un aveu mémorable, et un digne commencement de la Réforme), sur ce que, dit Calixte, ses premiers auteurs l'ayant entreprise plutót par la violence d'autrui que de leur propre volonté, » c'est-à-dire plutót par esprit de contradietion que.par un amour sincere de la vérité, « ils ne purent pas au commencement découvrir la nécessité du précepte de communier sous les deux espéces, ni rejeter la coutume. » Voilà ce que dit Calixte, et il ne voit pas combien il détruit luiméme l'évidence qu'il attribue à ce précepte, en le faisant voir ignoré par les premiers hommes de la nouvelle Réforme et par ceux qu'on y croit choisis de Dieu pour cet ouvrage. N'auroientils pas apercu une chose que Calixte trouve si claire? Ou Calixte n'en a-t-il pas trop dit, quand il nous donne pour si clair ce qui n'est point apercu par de tels docteurs?
Mais pour ne plus parler d'eux, Calixte lui-méme, ce Calixte qui a tant écrit contre la communion sous une espéce, à la fin du méme Traité où il l'a tant combattue ?, bien éloigné de nous en parler comme d'une chose où il s'agisse du salut, déclare « qu'il n'exclut pas du nombre des vrais fidèles nos ancêtres, qui ont communié sous une espèce il y a plus de cent cinquante ans; » et, ce qui est bien plus remarquable, « ceux qui y communient encore aujourd'hui, ne pouvant mieux faire?; » et conclut en général que tout ce qu'on pense, ou ce qu'on pratique sur ce sa-
erement, ne peut être un obstacle au salut, ni une matière légitime de division, à cause que la réception de ce sacrement n'est pas d'une obligation essentielle. Que ce principe de Calixte soit vrai et que sa conséquence en soit bien tirée, ce n'est pas de quoi il s'agit. C'est assez que cet ardent défenseur des deux espèces soit obligé à la fin de convenir qu'on se peut sauver dans une église où on n'en recoit qu'une seule : par où il est obligé à reconnoitre, ou qu'on peut faire son salut hors de la vraie Eglise, ce qu'assurément il ne dira pas; ou, ce qu'il dira aussi peu, que la vraie
1 N. 199. — ? [bid., n. 200, Desider., Paris., n. 4. — 3 De Communione sub utráque, n. 200, et Jud., n. 16.
vit.
Réfutalion de l'Histoire du retranchement de la coupe, faile par M. Jurieu.
Eglise peut demeurer telle en manquant d'un sacrement; ou, ce qui est plus naturel et ce qu'en effet nous disons , que la communion des deux espéces n'est pas essentielle à celui de l'Eucharistie.
Voilà à quoi aboutissent ces grandes disputes contre la communion sous une espèce; et après avoir épuisé toute sa subtilité, on en vient enfin par tous ces efforts à reconnoître tacitement ce qu’on a tâché de combattre par des Traités si étudiés.
Dans le dernier Traité que M. Jurieu a mis au jour, il se propose de faire un abrégé de l'Histoire du retranchement de la coupe *, où, quoiqu'il nous donne pour indubitable tout ce qu'il lui plait d'y débiter, il nous sera aisé de lui faire voir presque autant de faussetés qu'il a raconté de faits.
Il ne dit rien de nouveau sur les Evangiles et sur les Epitres de saint Paul, dont nous avons assez parlé. Du siècle des apôtres, il passe aux siècles suivans, où il montre sans peine que l'usage des deux espéces étoit ordinaire ?. Mais il s'est bientót apercu qu'il ne feroit rien contre nous, s'il n'en disoit davantage : car il sait bien que nous soutenons que lors méme que les deux espèces étoient en usage, on ne les croyoit pas si nécessaires qu'on ne communiât aussi souvent et aussi publiquement sous une seule, sans que personne s'en plaignit. Pour nous ôter cette défense et dire quelque chose de concluant, il ne suffisoit pas d'assurer que l'usage des deux espèces étoit ordinaire; il falloit encore assurer qu'on le regardoit comme indispeusable, et que jamais on ne communioit d'une autre sorte. M. Jurieu a senti qu'il le falloit dire : il l'a dit en effet, mais il n'a pas méme tenté de le prouver, tant il a désespéré d'y réussir. Seulement par une hardie et véhémente affirmation, il acru pouvoir suppléer au défaut dela preuve qui lui manque : « C'est, dit-il, un fait d'une notoriété publique, et qui n'a pas besoin de preuve; c'est une affaire qui n'est pas contestée *. » Ces manières affirmatives imposent; les prétendus réformés en croient un ministre sur sa parole, et ne peuvent s'imaginer qu'il leur ose dire qu'une chose ne soit pas contestée, quand en effet elle l'est. Cependant c'est la vérité qu'il n'y a rien,
1 Examen de ÜEuch., VIe traité, v sect. — ? Examen, p. 418. — ? Ibid., p. 468.