‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 182 sur 403 · PARTIE II, N. VIII · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. VIII

non-seulement de plus contesté, mais encore de: plus faux que ce que M. Jurieu nous donne ici pour incontestable et comme également avoué dans les deux partis.

Mais considérons ses paroles dans toute leur suite. « C'est, dit-il, une affaire qui n'est pas contestée. Durant l'espace de plus de mille ans, dans l'Eglise , personne n'avoit entrepris de célébrer ce sacrement, et de faire communier les fidelles autrement que le Seigneur ne l’avoit commandé, c'est-à-dire sous les deux espéces ; excepté que pour faire communier plus facilement les malades, quelques gens s'estoient avisez de tremper le pain dans le vin , et de faire recevoir l'un et l'autre signe en mesme temps. »

La proposition et l'exception ne sont faites ni l'une ni l'autre de bonne foi.

La proposition est que durant lespace de plus de mille ans, personne n'avoit entrepris de célébrer ce sacrement, ni de le donner autrement que sous les deux espèces. Il confond d'abord deux choses bien différentes, célébrer ce sacrement et le donner. On n'a jamais célébré que sous les deux espéces; nous en convenons, et nous en avons dit la raison tirée de la nature du sacrifice : mais qu'on n'ait jamais donné que les deux espèces, c'est de quoi on dispute; et le bon ordre, pour ne pas dire la bonne foi, ne permettoit pas qu'on mit ensemble ces deux choses comme également incontestables.

Mais ce qui ne se peut souffrir, c'est qu'on avance que durant plus de mille ans on n'ait jamais donné la communion que sous les deux espéces, et encore que ce soit une chose « de notoriété publique, une chose qui n'a pas besoin de preuve, une chose qui n'est point contestée. »

l1 faudroit respecter la foi publique, et ne pas abuser de ces grands mots. M. Jurieu sait bien en sa conscience que nous contestons tout ce qu'il dit ici : les seuls titres des articles de la première partie de ce discours font assez voir combien il y a d'occasions où nous soutenons qu'on donnoit la communion sous une espèce : je ne suis pas le premier à le dire, à Dieu ne plaise, et je ne fais qu'expliquer ce qu'ont dit devant moi tous les catholiques.

Mais y a-t-il rien de moins sincère que de n'apporter ici d'ex-

ception à la communion ordinaire que la communion des malades, et encore de n'y trouver de la différence qu'en ce qu'on y méloit les deux espèces? Puisque M. Jurieu vouloit rapporter ce qui n'est pas contesté par les catholiques, il devoit parler autrement. Il sait bien que nous soutenons que la communion des malades consistoit, non à leur donner les deux espèces mélées, mais à leur donner ordinairement la seule espèce du pain. Il sait bien ce que disent nos auteurs sur la communion de Sérapion , sur celle de saint Ambroise, sur les autres que j'ai marquées; et qu'en un mot nous disons que la maniére ordinaire de communier les malades étoit de les communier sous une espèce. C'en est déjà trop d'oser nier un fait si bien établi : mais de pousser la hardiesse jusqu'à dire que le contraire n'est pas contesté, je ne sais comment M. Jurieu a pu s'y résoudre.

Mais que veut-il dire, lorsqu'il assure comme une chose que nous ne contestons pas, que « jamais , durant l'espace de plus de mille ans, on n'a donné la communion que sous les deux espéces, excepté dans la communion des malades, où on les donnoit toutes deux meslées ensemble? » Quelle exception est celle-ci: On a toujours donné les deux espéces , excepté quand on les a données meslées ensemble ? M. Jurieu a voulu mieux dire qu'il n'a dit; en assurant, comme il fait, que durant plus de mille ans on n'a jamais donné la communion que sous les deux espèces , il a bien senti qu'il falloit du moins excepter la communion des malades. Il le vouloit faire naturellement, mais en méme temps il a vu que par cette seule exception il perdoit le fruit d'une proposition si universelle; et que d'ailleurs il n'y avoit aucune apparence que l'ancienne Eglise ait envoyé les mourans au jugement de Jésus- Christ, aprés une communion faite contre son commandement. Ainsi il n'a osé dire ce qui lui étoit d'abord venu dans l'esprit, et il est tombé dans un embarras visible.

Enfin pourquoi ne parle-t-il que dela communion des malades? D'où vient qu'il n'a rien dit dans ce récit de la communion des petits enfans, et de la communion domestique, qu'il sait bien que nous alléguons toutes deux comme faites sous une seule espèce? Pourquoi dissimule-t-il ce que nos auteurs ont soutenu , ce que

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