PARTIE II, N. VIII
jai prouvé aprés eux par les décrets de saint Léon et de saint Gélase, qu'il étoit libre de communier sous une ou sous deux espèces, je dis à l'église méme et au sacrifice public? M. Jurieu a-t-il ignoré ces choses, pour ne rien dire du reste? A-t-il ignoré l'Office du Vendredi saint et la communion qu'on y faisoit sous une seule espèce? Un homme aussi instruit n'a-t-il pas su ce qu'en ont écrit Amalarius et les autres auteurs du huitième et neuvième siècle, que nous avons rapportés? Savoir ces choses et poser comme un fait non contesté, que, durant plus de mille ans, jamais on n'a donné la communion que sous les deux espèces, n'est-ce pas trahir manifestement la vérité et sa propre conscience?
Les autres auteurs de sa communion qui ont écrit contre nous agissent de meilleure foi. Calixte, M. du Bourdieu et les autres tächent de répondre à ces objections que nous leur faisons. M. Jurieu prend une autre voie, et se contente de dire hardiment « que durant plus de mille ans, on n'a jamais entrepris de faire communier les fidelles autrement que sous les deux espéces , et que la chose n'est pas contestée. » C'est le plus court et c'est le plus sûr pour tromper les simples ; mais il faut croire que ceux qui aimeront leur salut ouvriront les yeux, et ne souffriront pas qu'on leur impose davantage.
ll nereste à M. Jurieu qu'un seul refuge : c'est de dire que ces communions qu'on faisoit si souvent dans l'ancienne Eglise sous une espèce, n'étoient pas le sacrement de Jésus-Christ, non plus que la communion qu'on donne dans ses églises avec le pain seul à ceux qui ne boivent pas de. vin. En répondant de cette sorte, il répondra selon ses principes, je lavoue; mais je soutiens, apres tout cela qu'il n'oseroit se servir de cette réponse, ni imputer à l'ancienne Eglise cette monstrueuse pratique où l'on donne un sacrement qui n'en est pas un , et une chose humaine dans la communion.
En tout cas, il falloit toujours dans une histoire telle qu'il l'avoit promise, rapporter des faits si considérables. Il n'en dit pas un mot dans son récit. Je ne m'en étonne pas : il n'auroit pu parler de tant de faits importans, sans montrer qu'il y avoit du moins sur ce point une grande contestation entre eux et nous;
et il lui plaisoit de dire que c'est une chose qui n’a pas besoin de preuve , et qui m'est pas contestée.
Il est vrai que hors le lieu du récit et en répondant aux objections, il dit un mot de la communion qu'on faisoit à la maison. Il se sauve , en répondant « qu'il n'est pas certain que ceux qui emportoient ainsi l'Eucharistie avec eux , n'emportassent pas aussi le vin, et que ce dernier est beaucoup plus apparent ?. » 1 n’est mas certain ; ce dernier est beaucoup plus opparent. Un homme si affirmatif se défie bien de sa cause, quand il parle ainsi ; mais du moins, puisqu'il doute, il ne doit pas dire que « c'est un fait sans contestation, qu'on n'a jamais entrepris durant plus de mille ans de communier les fidelles autrement que sous les deux espéces. » Voilà dès les premiers siècles de l'Eglise, une infinité de communions que lui-méme n'a pas osé assurer avoir été faites sous les deux espéces. C'étoit un abus, dit-il. N'importe, il falloit rapporter le fait : la question de l'abus viendroit aprés, et on verroit s’il faut condamner tant de martyrs, et tant d'autres Saints, et toute l'Eglise des premiers siècles quia pratiqué cette communion domestique.
M. Jurieu tranche le mot trop hardiment : « Y a-t-il de la bonne foy, dit-il, à tirer une preuve d'une pratique opposée à celle des apostres, que l'on condamne aujourd'huy, et qui passeroit dans l'Eglise romaine pour le dernier de tous les attentats ?»
Ne falloit-il pas encore faire croire au monde que nous condamnons, avec lui et avec les siens, la pratique de tant de Saints comme contraire à celle des apótres? Mais nous sommes bien éloignés d'une si horrible témérité. M. Jurieu le sait bien : et un homme qui nous vante tant la bonne foi en devoit avoir assez pour remarquer ce que j'ai fait voir en son lieu, que l'Eglise ne condamne pas toutes les pratiques qu'elle change; et que le Saint- Esprit, qui la conduit, lui fait non-seulement condamner les mauvaises pratiques, mais encore en quitter de bonnes, et les défendre sévèrement quand on en abuse.
Je crois que l'on voit assez la fausseté de l'histoire que nous fait M. Jurieu des premiers siècles de l'Eglise, jusqu'à mille et
1 Examen, eic., sect. VII, p. 483, 484.