PARTIE II, N. IX
Nos réformés ne veulent pas ou ne peuvent peut-étre pas encore entendre un si haut mystère, car il n’entre que dans les cœurs préparés par une foi épurée : mais s'ils ne peuvent pas l'entendre, ils entendent bien du moins qu'on ne peut croire une présence réelle du corps et du sang de Jésus-Christ, sans admettre toutes les choses que nous venons d'expliquer ; et ces choses ainsi expliquées, c'est ce qu'on appelle la concomitance.
Mais aussitót que la concomitance est supposée, et qu'on a vu Jésus-Christ tout entier sous chaque espèce, il est bien aisé d'entendre en quoi consiste la vertu de ce sacrement. Za chair ne sert de rien ‘ ; etsi nous l'entendons comme saint Cyrille ?, dont le sens a été suivi par tout le concile d'Ephése, elle ne sert de rien à la croire toute seule, à la croire la chair d'un pur homme : mais à la croire la chair d'un Dieu, une chair pleine de divinité, et par conséquent d'esprit et de vie, elle sert beaucoup sans doute, puisqu'en cet état elle est pleine d'une vertu infinie, et qu'en elle nous recevons avec l'humanité toute entière de Jésus-Christ, sa divinité aussi toute entière, et la source même des graces.
C'est pourquoi le Fils de Dieu, qui savoit ce qu'il vouloit mettre dans son mystère, a bien su aussi nous faire entendre en quoi il
“en vouloit mettre la vertu. Il ne faut plus objecter ce qu'il a dit dans saint Jean : «Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous *. » Il veut dire visiblement qu'il n'y a point de vie pour ceux qui se séparent de l'un et de l'autre : car au reste ce n'est pas manger et boire qui donnent la vie, c'est recevoir Jésus-Christ. Jésus-Christ le dit lui-même; et comme remarque excellemment le concile de Trente *, trop injustement calomnié par nos adversaires : « Celui qui a dit : SZ vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous aurez pas la vie en vous 5, a dit aussi : S7 quelqu'un mange de ce pain, il aura la vie éternelle 5. Et celui qui a dit : Quiconque mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle ", a dit aussi : Le pain que je donnerai est ma chair que
1 Joan., VY, 64. — 2 Cyril., lib. IV, zn Joan., cap. 115 Anath. x1; Conc. Eph., p. 1; tom III Conc. Labb., col. 408 et seq. — ? Joan., VI, 54. — * Sess. XXI, cap. 1. — 5 Joan., V1, 54. — 9 Ibid., 52, — 7 Ibid., 55.
Je donnerai pour la vie du monde *. Et enfin celui qui a dit : Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en mot et moi en lui ?, a dit aussi : Qui mange ce pain, aura la vie éternelle *; et encore : Qui me mange vivra pour moi, et vivra par moi*.» Par où il nous lie, non pas au manger et au boire de la sainte table, ou aux espèces qui enveloppent son corps et son sang , mais à sa propre substance, qui nous y est communiquée, et avec elle la grace et la vie.
Ainsi ce passage de saint Jean, qui, comme nous avons dit, a révolté Jacobel et soulevé toute la Bohême, se tourne en preuve pour nous. Les prétendus réformés nous défendroient eux-mémes si nous le voulions, contre ce passage tant vanté par Jacobel, puisqu'ils disent d'un commun accord que ce passage ne s'entend pas de l'Eucharistie. Calvin l'a dit *, Aubertin l'a dit 5, tous le disent, et M. du Bourdieu le dit eneore dans le Traité que nous avons cité tant de fois". Mais, sans vouloir profiter de leur aveu, nous leur soutenons au contraire avec toute l'antiquité, qu'un passage où la chair et le sang, aussi bien que le manger et le boire , sont si souvent et si clairement distingués, ne peut s'entendre simplement d'une communion où manger et boire c'est la méme chose, telle qu'est la communion spirituelle et par la foi. C'est donc à eux, et non pas à nous, à se défendre de l'autorité d'un passage où, s'agissant d'expliquer la vertu et le fruit de l'Eucharistie , on voit que le Fils de Dieu les met non à manger et à boire, ni dans la manière de recevoir son corps et son sang, mais dans le fond et dans la substance de l'un et de l'autre. C'est pourquoi les anciens Péres, par exemple saint Cyprien, lui qui ne donnoit trés-certainement aux petits enfans que le sang tout seul, comme nous l'avons vu si précisément dans son Traité de Lapsis, ne laisse pas de dire au méme Traité que leurs parens qui les mènent aux sacrifices des idoles, les privent du corps et du sang de Notre-Seigneur ; et enseigne encore dans un autre endroit * qu'on accomplit actuellement sur tous ceux qui ont la vie, et par conséquent sur les
! Joan., v1, 592; — ? Ibid., 51. — 3 Ibid., 59. — ^ [bid., 58. — 5 Calv., Inst., 1v, etc. — 6 Aub., I, lib.De Sacr. Euch., cap. XXX, etc. — 7 Repl., chap. vr, p. 201. — 8 Test. ad Quir., lib. II], cap. XXv, XXVI, p. 314.