PARTIE II, N. X
enfans, en ne leur donnant que le sang, ce qui est porté par cette parole : « Si vous ne mangez ma chair et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie.en vous. » Saint Augustin dit souvent la méme chose, quoiqu'il ait vu et pesé dans une de ses Epitres l'endroit de saint Cyprien, où il est parlé de la communion des enfans par le sang seul, sans avoir rien trouvé d'extraordinaire dans cette manière de les communier '; et qu'on ne doive pas douter que l'Eglise d'Afrique, où saint Augustin étoit évêque, n'eüt retenu la tradition que saint Cyprien, un si grand martyr, évéque de Carthage et primat d'Afrique, lui avoit laissée. C'est qu'au fond le corps et le sang se prennent toujours ensemble; parce qu’encore que les espèces qui contiennent particulièrement l'un ou l'autre en vertu de l'institution, se prennent séparément; leur substance ne se peut non plus séparer que leur vertu et leur grace: de sorte que les enfans, en ne buvant que le sang, ne recoivent pas seulement tout le fruit essentiel de l'Eucharistie , mais encore toute la substance de ce sacrement , et en un mot une communion actuelle et parfaite.
Toutes ces choses font assez voir la raison qu’on a eue de croire que la communion sous une ou sous deux espèces comprenoit avec la substance de ce sacrement tout son effet essentiel. La pratique de tous les siècles, qui l'a ainsi expliqué, a sa raison, et dans le fond du mystére, et dans les paroles mémes de Jésus- Christ ; et aucune coutume n'est appuyée sur des fondemens plus solides, ni sur un usage plus constant.
Je ne m'étonne pas que nos réformés, qui ne reconnoissent que de simples signes dans le pain et dans le vin de leur céne, s'attachent à les avoir tous deux : mais je m'étonne qu'ils ne veuillent pas entendre qu'en mettant, comme nous faisons, Jésus-Christ entier sous chacun des sacrés symboles, nous pouvons nous contenter de l'un des deux.
M. Jurieu nous objecte que supposé la présence réelle, on recevroit à la vérité le corps et le sang sous le pain seul, mais que cela ne suffiroit pas, parce que ce seroit bien recevoir le sang, « mais non pas le sacrement du sang : » ce seroit recevoir Jésus-
1 Aug., ep. XCvIII, n. 3, 4.
Quelques objections résolues par la docirine précédente,
Christ « tout entier réellement, mais non pas sacramentellement, comme on parle . » Est-il possible qu'on croie que ce ne soit pas assez à un chrétien de recevoir Jésus-Christ entier? N'est-ce pas dans un sacrement où Jésus-Christ veut être en personne pour nous apporter avec lui toutes ses graces, mettre la vertu de ce sacrement plutôt dans les signes dont il se couvre que dans sa propre personne qu'il nous y donne toute entiére; contre ce qu'il dit lui-méme de sa propre bouche : « Qui mange de ce pain aura la vie éternelle, » et : « Qui me mange, vivra pour moi et par moi, comme moi-même je vis pour mon Père et par mon Pére?? » . Que si M. Jurieu soutient malgré ces paroles qu'il ne suffit pas d'avoir Jésus-Christ, si nous n'avons dans le sacrement de son corps et de son sang l'image parfaite de sa mort, comme il ne fait en cela que répéter une objection déjà éclaircie, je le renvoie aux réponses que j'ai faites à cet argument et aux exemples incontestables que j'ai rapportés * pour montrer que du propre aveu de ses églises, quand on a la substance d'un sacrement, la derniére perfection de la signification n'est plus nécessaire. Que si ce principe est vrai méme dans les sacremens où Jésus-Christ n'est pas contenu réellement et en sa substance, comme dans celui du baptème : combien plus est-il certain dans l'Eucharistie où Jésus- Christ est présent en sa personne; et qu'est-ce que peut désirer celui qui le possède tout entier?
Mais enfin, dira-t-on, il ne faut pas tant raisonner sur des paroles expresses. Puisque c'est votre sentiment que le chapitre vr de saint Jean se doit entendre de l'Eucharistie, vous ne pouvez vous dispenser de le pratiquer à la lettre, et de donner le sang à boire aussi bien que le corps à manger, aprés que Jésus-Christ a prononcé également de l'un et de l'autre : « Si vous ne mangez mon corps et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie en vous-mémes. »
Fermons une fois la bouche à ces esprits opiniâtres et contentieux, qui ne veulent pas entendre ces paroles de Jésus-Christ par toute leur suite. Je leur demande d’où vient que par ces paroles
1 Exam., tr. VI, sect. vr, p. 480, 481. — ? Joan., V1, 52, 58. — 8 Sup., M part., art. 2.