‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 189 sur 403 · PARTIE II, N. X · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. X

ils ne croient pas la communion absolument nécessaire au salut de tous les hommes, et méme des petits enfans nouvellement baptisés. S'il ne faut rien expliquer, donnons-leur la communion aussi bien qu'aux autres; et s'il faut expliquer, expliquons le tout par la méme règle. Je dis par la méme règle, parce que le méme principe et la méme autorité dont nous apprenons que la communion en général n'est pas nécessaire au salut de ceux qui ont recu le baptéme, nous apprennent que la communion particulière du sang n'est pas nécessaire à ceux qui ont déjà participé à celle du corps.

Le principe qui nous fait voir que la communion n'est pas nécessaire au salut des petits enfans baptisés, c'est qu'ils ont déjà recu la rémission des péchés et la vie nouvelle dans le baptéme, puisqu'ils y ont été régénérés et sanctifiés : de sorte que s'ils périssoient faute d’être communiés, ils périroient avec l'innocence et la grace. Le méme principe fait voir que celui qui a recu le pain de vie n'a pas besoin de recevoir le sang sacré, puisque, comme nous l'avons souvent démontré, avec le pain de vie il a recu toute la substance du sacrement, et avec elle toute la vertu essentielle à l'Eucharistie.

La substance de l' Eucharistie c'est Jésus-Christ méme : la vertu de l'Eucharistie est de nourrir l'ame, y entretenir la vie nouvelle qu'elle a reçue au baptéme, confirmer son union avec Jésus- Christ, et remplir jusqu'à nos corps de sainteté et de vie : je demande si dés le moment qu'on recoit le corps de Notre- Seigneur, on ne recoit pas tous ces effets, et si le sang y peut ajouter quelque chose d'essentiel.

Voilà ce qui regarde le principe : venons à ce qui regarde l'autorité.

L'autorité qui nous persuade que la communion n'est pas autant nécessaire au salut des petits enfans que le baptéme, c'est l'autorité de l'Eglise. C'est en effet cette autorité qui porte avec elle dans la tradition de tous les temps la vraie intelligence de lEcriture; et comme cette autorité nous a appris que celui qui est baptisé ne manque d'aucune chose nécessaire à son salut, elle nous apprend aussi que celui qui recoit une seule espèce ne

manque d'aucune des choses que l'Eucharistie nous doit apporter: c’est pourquoi on a communié dès les premiers temps, ou sous une ou sous deux espèces, sans croire rien hasarder de la grace qu'on doit recevoir dans ce sacrement.

Ainsi, quoiqu'il soit écrit; «Si vous ne mangez mon corps et ne buvez mon sang, vous n'aurez pas la vie !; » de méme quil est écrit: « Sion n’est régénéré de l’eau et du Saint-Esprit, on n'entre pas dans le royaume ?; » l'Eglise n'a pas entendu une égale nécessité dans ces deux sentences : au contraire elle a entendu que le baptéme qui donne la vie, est plus nécessaire que l'Eucharistie qui l'entretient. Mais comme la nourriture suit toujours de prés la naissance, si l'Eglise ne se sentoit enseignée de Dieu, elle n'oseroit refuser longtemps aux chrétiens régénérés par le baptéme la nourriture que Jésus-Christ leur a préparée dans l'Eucharistie. Car Jésus-Christ ni les apôtres n'en ont rien ordonné qui soit écrit. L'Eglise a donc appris par une autre voie, mais toujours également sûre, ce qu'elle peut.donner ou ôter sans faire tort à ses enfans; et ils n'ont qu'à se reposer sur sa foi.

Que nos adversaires ne pensent pas éviter la force de cet argument, sous prétexte qu'ils n'entendent pas comme nous ces deux passages de l'Evangile. Je sais bien qu'ils n'entendent ni du baptéme d'eau le passage où il est écrit : Si vous n'étes régénérés de l'eau et du Saint-Esprit ; ni du manger et du boire de l'Eucharistie , celui où il est écrit : Si vous ne mangez et ne buvez; ainsi ils ne se sentent non plus obligés par ces passages à donner l'Eucharistie que le baptéme aux petits enfans. Mais sans les presser sur ces passages, faisons-leur seulement cette demande : Ge précepte : Mangez ceci, et Buvez-en tous, que vous croyez si universel, comprend-il les petits enfans baptisés? S’il comprend tous les chrétiens, quelle parole de l'Ecriture a excepté les enfans? Ne sont-ils pas chrétiens? Faut-il donner gain de cause aux anabaplistes qui disent qu'ils ne le sont pas, et condamner toute l'antiquité qui les a reconnus pour tels? Mais pourquoi les exceptezvous d'un précepte si général, sans aucune autorité de l'Eeriture? En un mot, sur quel fondement votre Discipline a-t-elle fait

1 Joan., VI, 54: — ? [bid., 111, 5:

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