‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 191 sur 403 · PARTIE II, N. XI · texte numérisé non relu

PARTIE II, N. XI

jamais avoir lieu dans l'Eglise. D'oü il résulte que leurs pasteurs n'ont aucune autorité de précher, selon cette parole de saint Paul : « Comment précheront-ils? s'ils ne sont envoyés‘, » et que tout

. l'état de leur église est sans fondement.

lis se flattent de cette vaine pensée, que Jésus-Christ a laissé le pouvoir à l'Eglise de se donner une forme, et de s'établir des pasteurs quand la succession est interrompue : c'est ce que M. Jurieu et M. Claude tâchent de prouver sans rien trouver de semblable dans l’Ecriture, puisqu'au contraire Jésus-Christ a dit : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie ?; » et que saint Paul, « Apôtre par Jésus-Christ ?, » a établi Tite pour ensuite en établir d'autres *, en sorte que la mission vint toute de Jésus-Christ envoyé de Dieu. Voilà ce que nous trouvons dans l'Ecriture : et ce qu'on peut dire à présent de l'autorité du peuple, n'est qu'une illusion.

La méme erreur fait dire aux ministres que l'Eglise a la liberté de former comme il lui plait, le gouvernement ecclésiastique ; ôter ou retenir l'épiscopat ; faire des anciens et des diacres pour un temps, c'est-à-dire les remettre à sa volonté dans la vie commune aprés les avoir consacrés à Dieu; leur donner pouvoir de décider de la doctrine avec les pasteurs en égalité de suffrages , c'est-à-dire les admettre sans être pasteurs (car ils ne le sont nullement dans la nouvelle Réforme), à ce qu'il y a de plus essentiel à l'autorité pastorale : toutes choses que nous trouvons dans leur Discipline et dans leurs synodes *, sans qu'il y en ait un seul mot dans l'Ecriture, non plus que de ce pouvoir qu'ils s'attribuent vainement d'en disposer à leur mode.

Dans ces matières et dans beaucoup d'autres que je pourrois remarquer, non-seulement ils n'ont point pour eux l'Ecriture sainte, comme ils s'y sont obligés, mais encore ils se dispensent de la suivre, sans avoir aucune raison ni aucune tradition qui les appuie. Au contraire la tradition a toujours recu et l'Extréme- Onction , et l'imposition des mains, tant celle qui est donnée à tous les fidèles que celle qui est employée à la consécration des

1 Rom., X, 15. — ? Joan., xx, 21. — ? Galat., 1, 1, etc. — * Tit., 1, 5. — 5 Chap. nui, des Anciens et Diacres, art. 6 et 7 et Observat.

Difficultés incidentes: vaines subtilités des calvinistes

et de M.Jurieu:

senlimens de l'antiquité sur la concomitance :

respects rendus à

Jésus-

Christ dans l'Eucharistie :

la doctrine

de. ce

Traité confirmée.

ministres de l'Eglise , et la mission successive de ses pasteurs, et les autres choses que nos réformés ont méprisées. En cela leur licence est excessive; mais elle les devroit du moins rendre plus équitables envers nous, lorsque dans l'administration des sacremens nous prenons pour légitime interpréte de l'Ecriture la tradition constante et la pratique universelle de l'Eglise.

Il faudroit finir ici ce discours, si la charité qui nous presse de procurer le salut de Messieurs de la religion prétendue réformée ne nous obligeoit à leur lever quelques scrupules, que la leeture des faits que j'ai rapportés pourroit réveiller dans leurs esprits.

On ne cesse de leur répéter que cette concomitance sur laquelle on établit la validité de la communion sous une espèce, est un mystère inconnu à l'ancienne Eglise, où l'on ne parle jamais de la créance qu'il faut avoir, qu'on recoit nécessairement avec le corps de Notre-Seigneur son sang, son ame et sa divinité. On ajoute que cette doctrine de la concomitance étant, selon nous, une suite si nécessaire de la présence réelle, on peut croire que cette présence étoit inconnue oü l'on ne connoissoit point la concomitance.

Les ministres tournent contre nous les précautions que nous avons rapportées. On ne trouve, disent-ils, dans l’ancienne Eglise aucune de ces précautions établies dans les derniers temps pour garder l'Eucharistie , pour exciter le peuple à l'adorer, pour empêcher qu'on ne la laissât tomber à terre. Cette crainte, poursuiton, n'a pas empéché durant tant de siécles qu'on n'ait donné à tout le peuple la communion sous les deux espèces; et ces nouvelles précautions ne servent qu'à faire voir qu'on avoit une autre opinion de l'Eucharistie que celle des premiers temps.

Pour conclusion, on nous dit que nous nous sommes donné un vain travail, en prouvant avec tant de soin qu'il est libre de communier sous une ou sous deux espèces, puisque tout ce qui peut résulter de cette preuve, c'est en tout cas qu'il faut laisser le choix au peuple, et ne pas restreindre une liberté que Jésus-Christ lui a donnée,

Mais pour commencer par cette objection, qui semble la plus plausible : qui ne voit au contraire plus clair que le jour, qu'il

Page 1