PARTIE II, N. XII
est au pouvoir de l'Eglise de prendre un parti dans les choses libres, et que lorsqu'elle l'aura pris il ne doit plus étre permis de mépriser ses décrets? Saint Augustin a ditsi souvent que c'est une folie insupportable de ne pas suivre ce qui est réglé par un concile universel, ou par la coutume universelle de l'Eglise *. Mais si nos réformés sont peu disposés à en croire saint Augustin, eux-mémes souffriroient-ils quelqu'un des leurs, qui sous prétexte qu'on a baptisé si longtemps par mersion, douteroit avec les anabaptistes de la validité de son baptéme et s'opiniátreroit , ou à se faire rebaptiser, ou du moins à faire baptiser ses enfans selon l'ancienne pratique? Mais s’il vouloit qu'on donnát la communion à son fils encore enfant, sous prétexte qu'on l'a donnée aux petits enfans durant mille ans, croiroit-on étre obligé de céder à son désir? Au contraire ne traiteroit-on pas et celui-là et tous ses semblables d'esprits inquiets et turbulens, qui troublent la paix de l'Eglise? Ne leur diroit-on pas avec l'Apótre : « Si quelqu'un parmi vous est contentieux, nous et l'Eglise de Dieu n'avons point cette coutume ?? » Et pour peu qu'ils eussent de doci lité, ne trouveroient-ils pas dans ce seul passage de quoi ployer sous l'autorité des coutumes de l'Eglise? Bien plus, il est certain que l’ancienne Eglise, encore qu'elle baptisât les petits enfans qu'on lui présentoit, n'obligeoit pas toujours à toute rigueur leurs parens à les présenter en cet âge, pourvu qu'on les baptisát dans le péril; et l'ancienne histoire ecclésiastique nous fait voir des catéchumènes dans un âge avancé, sans que l'Eglise les eût forcés à se faire baptiser plus tôt. Les prétendus réformés, qui ne croient pas la nécessité du baptême, et ne peuvent produire aucun commandement divin qui oblige à le donner aux enfans, sont bien plus libres à cet égard. Cette liberté a-t-elle empêché les sévères règlemens de leur Discipline * , qui obligent les parens , à peine des censures les plus rigoureuses, à présenter leurs petits enfans au baptême? Qu'ils demeurent donc d'accord avec nous que l'Eglise peut faire des lois sur les choses libres ; et s'ils reconnoissent par tant d'exemples que la communion sous une ou sous deux
1 Ep. LIV, ad Januar., n. 6.; lib. IV, de Bapt., n. 34. — 2 I Cor., xi, 16. — 3 Discip., chap. x1, du Bapt., art. 16 et Observ.
espèces est de ce genre, qu'ils cessent de nous chicaner , et de se causer à eux-mêmes un trouble inutile sur cette matière.
Mais peut-être qu'ils voudront dire que dans les faits que j'ai rapportés, ceux qui communioient quelquefois sous une espèce communioient aussi quelquefois sous l'autre; ce qui suffit en tout cas pour accomplir le précepte de Notre-Seigneur : comme si Notre-Seigneur avoit voulu tout ensemble et nous inspirer une ferme foi qu'on ne perd rien en ne prenant qu'une seule espèce, et néanmoins nous obliger sous peine de damnation à toutes les deux: chicane si manifeste, qu'elle ne mérite pas d'étre réfutée.
Il faudroit donc en venir enfin à examiner une fois ce qui est essentiel à l'Eucharistie, et à nous donner une règle pour le bien entendre. C'est ce que ces Messieurs ne feront jamais, s'ils ne reviennent à nos principes et à l'autorité de la tradition. M. Jurieu passe trop avant, quand il propose pour régle, selon les principes de sa religion, de faire généralement tout ce qu'a fait Jésus- Christ; en sorte que nous regardions « toutes les circonstances quil a observées, comme estant de la derniére nécessité *. » Ce sont ses propres paroles. Il allégue à ce propos les sacremens de l'ancienne loi, et entre autres le sacrifice continuel, où après avoir égorgé (d) un agneau le matin, il en falloit égorger un autre le soir, le rostir, le manger avec des herbes amères, le consumer dans une nuit, et n'en rien réserver le jour suivant ?. » Il représente la nécessité de toutes ces cérémonies, et non-seulement du fond , mais de toutes les circonstances. Ce mot de Jésus- Christ : Faites ceci, lui fait conclure la méme chose de l'Eucharistie. Ainsi nous serons astreints, selon ses principes, à fout ce que Jésus-Christ a fait , e& non-seulement au pain et au vin, mais encore à l'heure et à toute la manière de les prendre ; d'autant plus que nous avons vu que tout avoit sa raison et son mystére ?, aussi bien que ce que Moïse a ordonné sur l’ancienne Pâque. Cependant combien de choses avons-nous marquées que ni ces Messieurs, ni nous n'observons pas? Mais en voici une que j'ai
1 Exam., tom. VI, sect. V, P 465. — ? Ibid., sect. VI, p. 414, 415. — 3 Sup., |] part., art. 6, p. 296.
(a) 1re édit. : Il allégue à ce propos l’ancienne Pâque des Juifs, ou aprés avoir égorgé...