PARTIE II, N. XII
omise, et qui pourra donner en ce lieu un grand éclaircissement.
Parmi les choses que Notre-Seigneur a observées dans la Cène, une de celles que les calvinistes ont crue des plus nécessaires, est la fraetion du pain. Les luthériens sont d'avis contraire, et se servent de pains de figure ronde , qu'ils ne rompent pas. C'est le sujet d'un grand procés entre ces Messieurs. Les calvinistes font fort sur ce que les évangélistes et saint Paul écrivent tous d'un commun accord, que « la nuit que Jésus-Christ fut livré aux Juifs, il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna. » Ils relèvent cette fraction du pain, qui selon eux représente que le corps de Notre-Seigneur a été rompu pour nous à la croix ; et remarquent avec grand soin que saint Paul, aprés avoir dit que Jésus « rompit le pain, » lui fait dire, selon le grec : « Ceci est mon corps rompu pour vous!; » pour montrer, à ce qu'ils prétendent, le rapport de ce pain rompu avecle corps immolé. Ainsi cette fraction leur paroit nécessaire au mystère ; et c’est ce qui fait dire à ceux d'Heidelberg dans leur Catéchisme fort estimé de tout le parti, « qu'aussi véritablement qu'ils voient rompre le pain de la Cène pour leur y être donné , aussi véritablement Jésus-Christ a été offert et rompu pour nous *. »
Il fut question de s'aecorder avec les luthériens, et il se tint pour cela une conférence il n'y a pas plus de vingt-un ans. Ce fut en 1661?. Les calvinistes de Marpourg trouvèrent d'abord une distinction ; et dans la déclaration qu'ils donnèrent aux luthériens de Rüntel, ils dirent que la fraction appartenoit non pas àl'essence, mais seulement à l'intégrité du sacrement , comme y étant nécessaire par l'exemple et le commandement de Jésus- Christ : qu'ainsi les luthériens ne laissoient pas sans la fraction du pain d'avoir la substance de la Céne, et qu'on pouvoit se tolérer mutuellement. » Ces calvinistes n'ont été repris d'aueun des leurs, que je sache; et l'accord qui se fit eut tout son effet de leur part : de sorte qu'ils ne peuvent plus nous presser par les paroles de l'institution, puisqu'on peut de leur aveu propre avoir la substance de la Cène, sans s'assujettir à l'institution, à l'exemple etau
11 Cor., Xt, 24. — ? Catech. Heid., q. 15. — 3 Colloq. Cassel., an. 1661,
commandement exprès de Notre-Seigneur. Que diroient-ils, si nous usions d'une semblable réponse? Mais c'est que tout est permis aux luthériens, comme tout est insupportable dans les catholiques.
Les autres objections ne sont pas plus malaisées à résoudre.
On ne trouve pas, dites-vous, dans l'antiquité la concomitance sur laquelle l'Eglise romaine appuie sa communion sous une espèce. Premièrement, ce que je tire de l'ancienne Eglise pour établir cette communion est chose de fait; et si la communion sous une espèce suppose la concomitance avec la réalité, il s'ensuit que l'une et l'autre étoit crue dans l'antiquité, oà la communion sous une espèce étoit si fréquente. Secondement, Messieurs, ouvrez vos livres, ouvrez Aubertin le plus docte défenseur de votre doctrine!: vous y trouverez à toutes les pages des passages de saint Ambroise, de saint Chrysostome, des deux Cyrille et de tous les autres *, où vous lirez qu'en recevant le corps sacré de Notre- Scigneur, on recoit la personne méme, puisqu'on recoit, disent-ils, le Roi dans sa main : onrecoit Jésus-Christ et le Verbe de Dieu; on recoitsa chair comme vivifiante, non comme la chair d'un homme pur, mais comme la chair d'un Dieu. N'est-ce paslà recevoir la divinité avec l'humanité du Fils de Dieu, et en un mot sa Personne entière? Aprés cela qu'appellerez-vous la concomitance?
Pour ce qui est des précautions dont on usoit pour s'empécher de laisser tomber à terre l'Eucharistie, il ne faut qu'un peu de bonne foi pour avouer qu'elles sont aussi anciennes que l'Eglise. Aubertin vous les fera lire dans Origene : il vous les fera lire dans saint Cyrille de Jérusalem et dans saint Augustin ?, pour ne rien dire des autres. Vous verrez dans ces saints docteurs, que laisser tomber les moindres parcelles de l'Eucharistie, c'est comme laisser tomber de l'or et des pierreries ; c'est comme s'arracher un de ses membres; c'est comme laisser écouler la parole de Dieu qu'on nous
1 Aub., lib. II, p. 431, 485, 505, 539, 570, etc. — ? Ambr. lib. 1, in Luc., p. 49; Cyril. Hieros., Cat., v, Myst., n. 21; Gregor. Nyss., orai., Catech., cap. XXXVII Cyrill. Alex., lib. IV, ir Joan., cap. 111, Iv, n. 62 et seq.; Chrys., hom. Lt, nunc L et LXXXIII, nunc LXXXil / Matth.; lib. III de Sacerd., n. 4, p. 383 et seq. — ? Origen., in Exod., hom. xii, n. 3; Cyrill. Hieros., Cat., V, Myst., loc. sup. cit.; Aug., L, hom. xxv1; nunc Append., serm. ccc, n. 2; Aub., lib. II, p. 431, 432, etc.