‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 195 sur 403 · PARTIE II,-N. XII · texte numérisé non relu

PARTIE II,-N. XII

Jésus-Christ aucun accident fascheux , nous évitons ce qui feroit voir en nous quelque manquement de respect. Que si nos précautions ne peuvent pas tout empécher, nous savons que Jésus-Christ assez défendu par sa propre majesté, se contente de notre zéle, et ne peut être ravili par aucun endroit. On peut railler, si on veut, de cette doctrine : mais loin d'en rougir, nous rougissons pour ceux qui ne songent pas que les railleries qu'ils font de nos précautions retombent sur les saints Péres, qui en ont eu de si grandes. S'il a fallu les augmenter dans les derniers siècles, ce n'est pas que l'Eucharistie y ait été plus honorée que dans les premiers; mais c'est plutót que la piété s'étant ralentie, il a fallu l'exciter par plus de moyens : de sorte que les nouvelles précautions qu'il a fallu prendre, en marquant nos respects, ont fait voir quelque négligence dans notre conduite.

Pour moi, je crois aisément que dans l'ordre, dans le silence, dans la gravité des anciennes assemblées ecclésiastiques, il arrivoit rarement, ou point du tout, que le sang de Notre-Seigneur y füt répandu : ce n'est que dans le tumulte et dans la confusion des derniers siècles que ces scandales souvent arrivés, ont fait enfin souhaiter aux peuples de ne recevoir que l'espéce qu'ils voyoient moins exposée à de pareils inconvéniens; d'autant plus qu'en la recevant toute seule, ils savoient qu'ils ne perdoient rien, puisqu'ils possédoient tout entier celui qui faisoit tout l'objet de : leur amour.

Je ne veux pourtant pas nier que depuis que Bérenger eut rejeté, malgré toute l'Eglise de son temps et la tradition de tous les Péres, la présence de Jésus-Christ dans ce sacrement, la foi de ce mystère ne se soit pour ainsi dire échauffée; et que la piété des fidèles offensée par cette hérésie, n'ait cherché à se signaler par de nouveaux témoignages. Je reconnois ici l'esprit de l'Eglise, qui n’a jamais adoré ni Jésus-Christ nile Saint-Esprit avec tant de marques éclatantes, qu'après que les hérétiques ont eu nié leur divinité. Le mystère de l'Eucharistie devoit être comme les autres, et l'hérésie de Bérenger ne devoit pas moins servir à l'Eglise que celles d'Arius et de Macédonius.

Pour ce qui est de l'adoration, qu'est-il besoin que j'en parle

après tant de passages des Pères ! encore rapportés par Aubertin *, et depuis par M. de la Roque dans son Histoire de U Eucharistie*? Ne voyons-nous pas dans ces passages l'Eucharistie adorée ou plutôt Jésus-Christ adoré dans l'Eucharistie, et adoré par les anges mêmes, que saint Chrysostome nous représente inclinés devant Jésus-Christ en ce mystère, et lui rendant le méme respect que les gardes de l'empereur rendent à leur maitre?

Il est vrai que ces ministres répondent que cette adoration de l'Eucharistie n'est pas l'adoration souveraine qu'on rend à la Divinité, mais une adoration inférieure qu'on rendoit aux sacrés symboles.

Mais nous pourroient-ils faire voir une semblable adoration rendue à l'eau du baptéme? Que peut-on répondre aux passages où il paroit que l'adoration qu'on rend ici est semblable à celle quiest rendue au roi présent *; que cette adoration est rendue aux mystères comme étant en effet ce qu'ils étoient crus, comme étant la chair de Jésus-Christ Dieu et Homme? Ces passages des anciens sont formels; et en attendant que nos. réformés les aient assez pénétrés pour en étre convaincus, ils y verront du moins ce culte inférieur sur lequel ils nous font tant de chicanes : culte distingué du culte suprême; religieux toutefois, puisqu'il fait partie du service divin et de la réception des saints sacremens. Ainsi en se justifiant tellement quellement sur l'Eucharistie, ils se ferment toutes les voies de nous accuser sur les reliques, sur les images et sur le culte des Saints; tant il est vrai que leur église et leur religion, semblable à un bâtiment caduc, ne peut être pour ainsi dire couverte d'un cóté sans paroitre découverte de l'autre, et ne peut jamais montrer cette parfaite intégrité, ni le rapport des parties, qui fait toute la beauté et toute la solidité d'un édifice.

1 Cyr. Hier., Cat., Myst. v, 22 ; Ambr. lib. III, de Spir., sancto., cap. xit, n. 86; Aug., enarr. in Psal. xcvi, n. 44; Theodor., Dial., 11, p. 935 Chrys., lib. VI, de Sacerd., n. 4. — ? Aub., lib. II, p. 432, 803, 822. — 5 Hist. Euch., |I part., chap. 1v, p. 541 et suiv.— * Chrys., lib. VI, de Sacerd., etc.; Theod., loc. cit., etc.

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