LA TRADITION DÉFENDUE, ETC. PARTIE I, CHAP. I
étoient baptisés dans le Jourdain*. (Yl s'agit du baptême de saint Jean-Baptiste). « Telle étoit la manière de les baptiser, en les plongeant dans les eaux ; ce qui paroit clairement par le mot méme de baptiser, Barritew. » Pour s'expliquer davantage, il oppose le mot baptiser à celui qui signifie nager par-dessus, être porté sur la surface, et à celui qui signifie enfoncer dans l'eau avec péril de se noyer ; d’où il conclut que ce « n'est pas sans raison qu'on a dit qu'il falloit plonger le corps dans le baptéme. » Vous le voyez, Messieurs, Casaubon , un protestant si zélé et un si grand grec, demeure d'accord que baptiser signifie plonger tout le corps; et que c'est pour cela que saint Jean , qui a baptisé Jésus-Christ, baptisoit dans une rivière ; de sorte que Jésus- Christ , lorsqu'il recut le baptéme, y fut plongé comme les autres; et que lorsqu'il a dit baptiser, c'est de même que s'il avoit dit plonger. Qui vous a dispensé de ce plonger, dites-le moi; et par la méme raison je vous expliquerai ce Buvez-en tous.
Mais, dites-vous , Casaubon ajoute dans le méme lieu que vous citez, que ceux qui croyoient nécessaire de plonger dans le baptéme ont été rejetés il y a longtemps. Je le confesse avec Casaubon : on lesa rejetés avec raison à cause de l'autorité de l'Eglise qui S'y oppose. Mais, pour ce qui est de l'Ecriture, ni Casaubon ni personne n'en à jamais allégué aucun passage. Il est vrai que nos protestans disent sans cesse qu'il n'y a point ici de retranche- "ment; que l'élément, qui est l'eau, demeure toujours; que la quantité n'y fait rien, et que c'est ici une chose indifférente. Comment le prouvent-ils contre la parole expresse de Jésus-Christ , qui en disant : Baptisez, a autant dit que s'il avoit dit : Plongez, puisque le mot de baptiser ne signifie rien autre chose? Ce n'est pas l'élément qui fait la matière du sacrement, c'est l'élément pris de la manière que Jésus-Christ le commande. Seroit-ce assez de prendre du vin dans la Céne, et de s'en laver la bouche ou les mains? Seroit-ce assez de prendre de l'eau dans le baptéme et d'en boire? On ne fait rien, si l'on ne fait pas ce que Jésus-Christ commande. S'il est ici permis de raisonner, il n'est pas moins permis de le faire au sujet de l'Eucharistie qu'au sujet du baptéme, et
‘ Casaub., Not. in Ev. Matth., 10, 6.
cette parole: Plongez, n'est pas moins claire que cette autre : Buvez-en tous. C'est en vain qu'on nous répond : Vous demeurez vous-même d'aecord du baptéme sans immersion. Il est vrai; mais si l'on veut croire avec nous que ce baptéme suffit, quoiqu'on ne trouve rien pour l'autoriser dans l'Ecriture, il faut avec nous s'en rapporter à l'autorité de l'Eglise pour ob, Le des paroles : Buvez-en tous.
Ce raisonnement pousse à bout toute la subtilité de nos adversaires. M. de la Roque tàche de soutenir par l'Ecriture la coutume de baptiser sans immersion !; mais ses preuves sont si foibles, que l'auteur de la seconde Réponse les a abandonnées, et qu'il abandonne en méme temps le baptéme dont on se sert dans son église, comme étant certainement un abus contraire à l'institution et au dessein du baptéme?. Mais il est bon de considérer les raisonnemens de ces deux auteurs.
L'auteur de la premiére Réponse, ce fameux M. de la Roque, qui entreprend de soutenir par l'Ecriture le baptéme sans immer- . Sion, commence néanmoins par « demeurer d'accord avec moi, que baptiser signifie proprement plonger? ; » mais il prétend que dans l'usage de la langue sainte et des auteurs ou des traducteurs de l'Ecriture, le terme de plonger ou de baptiser, « se prend par translation pour laver, à cause que d'ordinaire on plonge les choses dans l'eau pour les laver et les nettoyer. » Sur quoi il allégue quelques passages de l'Ecriture , qui premiérement ne prouvent pas ce qu'il prétend, et qui secondement ne regardent pas le sacrement de baptéme. |
On voit, dit-il, dans lelivre de Judith, qu'elle se lavoit dans une fontaine, et il y a dans le grec qu'elle- s’y baptisoit *. Je ne m'en étonne pas ; c'est à cause qu'elle s'y plongeoit toute entière. Aussi la Vulgate a-t-elle traduit : Baptizabat se, ne croyant pas assez exprimer la force du grec, si elle eût employé un autre mot, qui n'eüt pas été si clair ou si expressif. Le baptéme , selon cette idée, seroit un bain; comme aussi il est appelé ordinairement par saint Paul, x«wspw, Lavacrum ; un bain? : ce qui est bien
1 La Roque, p. 225, 226. — ? Anonyme, p. 24-26. — 3 La Roque, II part., chap. 1, p. 225, 226. — * Judith., xit, 1. — 5 Ephes., v, 26; Tit., r1. 5.