‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 199 sur 403 · PARTIE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE I

éloigné de la goutte d’eau que nous jetons sur la tête, et montre bien autrement la parfaite purification de nos ames par le saint baptême. L'auteur de la seconde Réponse prend la peine de m'avertir de cette expression de saint Paul t, et je suis bien aise qu'il voie que je profite de son avis.

Aprés le passage de Judith, M. de la Roque nous oppose un passage de saint Luc et un de saint Marc. Il est dit dans celui de saint Luc ?, qu'un pharisien s'étonna de ce que Jésus, qu'il avoit prié à diner, ne s'éfoit point lavé avant que de se mettre à table, oü il remarque « que le grec veut dire qu'il ne s'étoit point baptisé; ce qu'on ne peut entendre d'une immersion, mais d'un simple lavement par aspersion ou infusion. On ne peut pas donner, poursuit-il, d'autre explication à ce que dit saint Marc des pharisiens?, » que retournant du marché, ils ne mangeoient point qu'ils ne se fussent lavés : le grec, qu'ils ne se fussent baptises. Il ajoute qu'il y a aussi beaucoup d'autres choses qu'ils nous ont appris à garder, comme les lavemens , ou selon le grec, les baptémes des coupes et des brocs, et de la vaisselle et des chálits.

Voilà tout ce qu'un savant homme a pu trouver dans l'Ecriture pour détourner ce mot baptiser de sa signification naturelle, sans songer que ces deux passages ne regardent en aucune sorte le sacrement de baptéme, dont il s'agit entre nous. Mais puisqu'au lieu de considérer la nature et le dessein de ce sacrement, il nous réduit à ces minuties, qui lui a dit que les Juifs ne lavoient point les vaisseaux dont ils se servoient en lesjetant dans l'eau et en les y plongeant, et que ces six grandes urnes ou ces six grands lavoirs de pierre qui tenoient deux ou trois mesures, qu'on voit dans les noces de Cana en Galilée pour servir à la purification des Juifs *, n'étoient pas destinées à cet usage? Lui-méme vient de nous dire «que d'ordinaire on plonge les choses dans l'eau pour les laver et les nettoyer.» D'où sait-il donc queles Juifs lavoient leur vaisselle par simple aspersion ou infusion, plutót qu'en la jetant toute entiere dans les eaux? D'oü sait-il qu'ils ne faisoient pas pour ainsi dire nager leurs bois de lits dans l'eau, en la versant dessus comme

! Anonyme, | part., chap. 11i, p. 24. — ? Luc., x1, 38. — ? Marc., vit, 4. — 5 Joan., 11, 6.

à pleins seaux; chose bien éloignée de la légère infusion qu'il veut établir; ou méme qu'ils n'avoient pas de grands et larges lavoirs pour les y jeter tout entiers ou, si l'on veut, par pièces, en les démontant? Et pour les personnes, d’où sait-il que les pharisiens superstitieux, en revenant du marché, où ils rencontroient tant de gentils et tant de publicains, dont ils croyoient que l'approche et le souffle méme pour ainsi dire les souilloit, ne se mettoient pas dans l'eau pour se purifier? Mais comment avoir toujours, dira-t-il, des bains tout préts? Quoi done! a-t-il oublié les

; lavoirs qu'on avoit dans les maisons, et l'usage des bains si familier à tous les peuples et principalement aux Orientaux; mais qui l'étoit d'autant plus aux Juifs, qu'ils en faisoient une observance de leur religion, qui se trouve dans leurs anciens livres, et qui dure encore parmi eux? Pourquoi donc ne voudrons-nous pas qu'elle soit marquée dans le passage de saint Luc et dans celui de saint Marc? Et pour nous attacher à saint Marc'* , qui parle plus distinctement, comment M. de la Roque n'y a-t-il pas remarqué par deux foisle mot de vga, que la Vulgate rend par LAVARE, laver, pour dire qu'on lave les mains? Car encore que les Juifs les lavent en les enfoncant dans l'eau, ce n'étoit pas ce qu'on appeloit du mot de baptiser ou de baptéme, et ce mot est réservé par l'Evangéliste pour signifier une autre action, c'est-à-dire celle où l'on mettoit tout à fait dans l'eau ou la personne ou la chose entière, par exemple quelques vaisseaux ; ce qui fait aussi que la Vulgate; qui sait fort bien dire lavare quand il faut, retient ici les mots de baptême et de baptiser, comme nous avons observé qu'elle a fait dans le livre de Judith, ne croyant pas le simple mot de laver assez significatif. Et quand M. de la Roque nous dit qu'il netrouve pas dans l'Ecriture ces sortes de purifications où l'on se mettoit tout à fait dans l’eau ?, ilne songe pas à ce large et profond vaisseau appelé /a grande mer, qu'on mettoit à l'entrée du temple pour les purifications publiques, ni à la conséquence qu'il en faut tirer des lavoirs qu'on avoit dans les maisons pour les purifications particulières. Et lorsqu'il est si souvent prescrit dans la loi de laver ses . vétemens, croit-il que c'étoit de jeter de l'eau dessus, ou plutôt

1 Marc., vit, 2, 3. — ? La Roq., II part., chap. r.

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