PARTIE I, CHAPITRE
de les tremper dans l'eau, rive, comme le traduit le grec des Septante, si fidèle etsi exact dans toute la version du Pentateuque ? Ce seroit trop perdre de temps à prouver une chose claire, que de ramasser les autres passages. Mais quand ces purifications ne seroient pas expliquées dans l'Ecriture, qui ne voit que c'étoit là des choses que la loi se contentoit de marquer en gros, et qu'elle laissoit à la coutume à en interpréter la manière? Quand tout cela ne seroit pas, il ne s'agit ni dans saint Marc ni dans saint Luc de ce que l'Ecriture avoit prescrit aux Juifs; mais de ce qu'ils avoient recu par leur tradition, qui en cela certainement n'est pas douteuse. Ainsi M. de la Roque n'a rien prouvé par les trois passages qu'il allégue, qui sont tout ce qu'il a pu ramasser. Mais quand il auroit prouvé ce qu'il prétend, qu'en trois endroits de l'Ecriture le terme de baptiser signifie laver par simple infusion ou aspersion, que concluroit-il de là pour le sacrement de baptéme? Chaque passage se doit entendre par sa propre suite. Personne ne révoque en doute que saint Jean-Baptiste n'ait baptisé en plongeant dans l'eau, ni par conséquent que Jésus-Christ n'ait été baptisé de même, ni que le baptéme qu'il a institué n'ait été une parfaite imitation de celui qu'il a recu.
Les passages que j'ai rapportés dans le Traité de la Communion* ne sont ni contestés ni contestables. La pratique des apótres n'est pas moins constante. Dans le baptéme de l'eunuque, il est expressément marqué «que lui et Philippe descendirent dans l'eau, et que Philippe le baptisa de cette sorte ?;» et quand j'aurois oublié les fameux passages oü saint Paul exprime si vivement la manière dont on donnoit le baptéme, en disant «que nous y sommes ensevelis avec Jésus-Christ, afin de ressusciter . avec lui, » ce que cependant je n'ai pas fait, l'Anonyme m'auroit appris que ces passages «font voir que l'on plongeoit le fidèle dans l'eau, pour représenter par là comme une espèce de mort et de sépulture *. »
Toute l'antiquité l'a remarqué; et parmi une infinité de passages, je rapporterai celui de l'auteur du livre des Sacremens,
1 Traité de la Com., V part. 317.— ? Act., vu, 38. — 3 Rom., VI, 45 Coloss., 11, 12. — * Anonyme, I part., chap. 111, p. 24,
digne du nom et du siécle de saint Ambroise : « On vous a, dit-il, demandé : Croyez-vous au Père? vous avez dit : Py crois; et vous avez été plongé, c'est-à-dire vous avez été enseveli : on vous a encore demandé : Croyez-vous en Notre-Seigneur Jésus-Christ et en la croix ? et vous avez dit : J'y crois; et vous avez été plongé, et vous avez été enseveli avec Jésus-Christ, et celui qui est enseveli avec lui ressuscite aussi avec lui-même !. » Et apres : «Hier nous parlàmes de la fontaine du baptéme, dont la forme nous fait voir une espèce de sépulcre : nous sommes recus et plongés tout entiers dans l'eau, et ensuite nous en sortons; c'est-à-dire nous ressuscitons avec Jésus-Christ?.» L'Ordre romain dit la méme chose: « La triple immersion, dit-il, représente. les trois jours que Jésus-Christ demeura dans le sépulcre, et l'élévation est comme quand il en sortit*. » Et saint Cyrille de Jérusalem représente ce mystère en un mot, lorsqu'il dit « que l'eau salutaire est tout ensemble un sépulere et une mer*.» Cette manière de baptiser par immersion se trouve dans le douzième siècle dans Hugues de Saint-Victor*. Elle dure encore plus loin, et jusqu'au treizième siècle; et la chose ainsi assurée dans le Traité de la Communion, n'a pas été contestée par ceux qui l'ont combattue. Qu'y a-t-il à chicaner davantage? Quand M. de la Roque auroit montré qu'en deux ou trois endroits de l'Ecriture, le mot de baptiser se pouvoit réduire contre sa propre nature à une simple infusion, toujours seroit-il certain qu'en ee qui regarde le saerement de baptéme, la pratique de saint Jean-Baptiste, de Jésus- Christ, des apôtres et de tant de siècles, l'esprit méme de cette action et tout le dessein de cette sainte cérémonie, expliqué si elairement par saint Paul, conservent à ce terme de baptiser sa signification naturelle, sans qu'on puisse trouver dans l'Eeriture le moindre indice du contraire.
Quand aprés cela M. de la Roque avance, ce qui est trés-vrai, «que cette maniére de baptiser n'a pas été inconnue aux anciens 5,» ses citations sont trés-bonnes pour prouver la tradition
{ De Sacram. lib. Il, cap. vit. — ? Lib. III, cap. 1. — ? Off. Theop., p. 667. — ' Cyril. Hieros., Cat. Myst., 11, n. 4. — ? Hug. Victor., de Eccl. myst., cap. XIX. — $ P. 221 et seq.