‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 201 sur 403 · PARTIE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE I

dont je conviens, et en même temps pour nous faire voir que dans une chose si importante, où il s’agit de savoir si nous sommes baptisés ou non, nos pères n’en ont pas moins cru ce qu'ils ne irouvolent pas dans l’Ecriture, quoique nous n'ayons pour garant de la validité de notre baptème que la seule autorité de l'Eglise.

Cet inconvénient a paru terrible à l'auteur de la seconde Réponse. Tout le fondement de la Réforme lui a paru renversé, si la seule autorité de l'Eglise peut établir de telles choses. C'est pourquoi il en vient à cet excès de dire que le baptéme sans immersion est un abus qu'il faut réformer. «ll est vrai, dit-il, que jusqu'icila plus grande partie des protestans ne baptisent que par aspersion; mais assurément c'est un abus; et cette pratique qu'ils ont retenue de l'Eglise romaine sans la bien examiner, comme plusieurs autres doctrines qu'ils en retiennent encore, rend leur baptéme fort défectueux. Elle en corrompt et l'institution et l'ancien usage, et les rapports qu'il doit avoir avec la foi et la pénitence et la régénération. La remarque de M. Bossuet, que le plongement a été en usage pendant treize cents ans, mérite bien qu'on y réfléchisse sérieusement, qu'on reconnoisse que nous n'avons pas assez examiné tout ce que nous avons retenu de l'Eglise romaine, et que, puisque ses plus doctes prélats nous apprennent que c'est elle qui a aboli la première un usage autorisé par tant de fortes raisons et par tant de siècles, elle a trés-mal fait en cette occasion, et que nous sommes obligés à revenir à l'ancienne pratique de l'Eglise *. » C'est ainsi qu'il ne craint pas de condamner son église pourvu que la romaine ait tort la première, ni de se percer le sein pourvu que le coup porte sur nous.

Il est vrai qu'il ajoute que « l'aspersion ne détruit pas essentiellement le baptéme, puisqu'aprés tout baptiser signifie laver, et que l’on peut bien se laver par aspersion; mais que si elle ne détruit pas la substance du baptéme, elle l'altére et le corrompt en quelque maniére?. » Mais il se combat lui-même, quandil parle ainsi. Car corrompre la substance d'un sacrement, qu'est-ce autre chose que d'en « corrompre et l'institution et le rapport qu'il doit

! Anonyme, p. 24, 25. — ? Ibid., p. 25.

avoir avec la régénération ? » Or en quoi est la substance d'un sacrement, qui est un signe d'institution , si ce n'est dans l'institution méme et dans le rapport qu'elle a avec la chose signifiée? Cependant l’auteur vient de dire que toutes ces choses sont corrompues dans le baptéme sans immersion. Aussi répète-t-il que c'est un abus ; «et nous sommes , dit-il, résolus de le corriger désormais !. » Quel abus y auroit-il selon lui, s'il n'étoit pas contraire à l'institution et à l'Ecriture? Mais c'est qu'on ne s'entend plus, quand on prend pour règle ses propres pensées; d’où il arrive qu'on n'est pas moins contraire à soi-même qu'à tous les autres.

Que nos Fréres ne nous disent pas que c'est ici un sentiment partieulier d'un de leurs docteurs; car nous trouvons tous les jours dans leurs esprits des incertitudes et des agitations semblables à celles-ci, quand nous enfoncons avec eux la matière de la communion sous une ou sous deux espèces. Nous leur disons : Nos chers Fréres, souvenez-vous de votre baptéme donné sans immersion, encore que Jésus-Christ ait dit : Plongez. Il ne s'agit pas ici du plus ou du moins, ni de la simple quantité de l'eau ; il s'agit d'une action qui a un caractère particulier pour montrer qu'on est lavé tout entier, tout entier caché en Jésus-Christ, revêtu de lui, enseveli avec lui, pour aussi ressusciter avec lui dans une perfection semblable? Que trouvez-vous dans la communion sous les deux espèces qui ne se trouve pas dans l'immersion et le plongement du baptème? Est-ce l'institution de Jésus-Christ? Mais le même qui a dit : Mangez et buvez , a dit : Plongez. Est-ce que dans la liqueur il se trouve une idée plus pleine de la nourriture de l'homme? Aussi se trouve-t-il dans l'immersion une idée plus pleine de sa parfaite purification. Est-ce que dans les deux espéces la mort violente de Jésus-Christ par la séparation du eorps et du sang nous est mieux représentée? Aussi avons-nous dans l'immersion une plus parfaite représentation de la sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ, dont nous devons porter le caractère sacré pour y avoir part. Nous alléguerez-vous l'exemple de Jésus- Christ, des apôtres, de l’ancienne Eglise? Mais vous avez vu que tout est égal entre l'immersion et la communion sous les deux

! Anonyme, p. 26.

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