PARTIE I, CHAPITRE II
des défenseurs de son sentiment, il m'invite à m'accorder avec ce cardinal et avec ce pape t.
Il y a trop d'illusion dans ce procédé ; car pour moi, je suis parfaitement d'accord avec eux. A l'endroit que le ministre attaque ?, je ne disois pas, comme il le suppose, que le baptême des petits enfans ne peut étre absolument prouvé par l'Ecriture : au contraire je dis expressément que supposé qu'on admette le baptéme comme nécessaire au salut, on peut prouver assez aisément par l'Ecriture que Dieu, qui est le Sauveur de tous, n'a pas laissé les petits enfans sans reméde. C'est ce que dit Innocent III dans la décrétale qu'on nous oppose, comme il paroit par toute la suite de son discours. Car après avoir prouvé par l'Ecriture , que de méme que dans l'Ancien Testament on estexclus du peuple de Dieu faute d'avoir été circoncis, de méme dans le Nouveau on est exclus de son royaume faute d'avoir recu le saint baptéme ; d’où il tire cette conséquence : « Gardons-nous bien de penser que Dieu, qui ne veut pas que personne périsse, laisse sans reméde tant d'enfans que nous voyons mourir tous les jours dans ce bas âge. » Le cardinal Bellarmin suppose le méme principe de la nécessité du baptéme pour prouver par l’Ecriture que Dieu, qui veut sauver les enfans, ne les a pas exclus de ce sacrement ?; d’où il conclut que les calvinistes et les zuingliens n'ont aucune preuve du baptéme des petits enfans; « à cause, dit-il, qu'ils ne recoivent pas la tradition, et qu'ils croient que le baptéme n'est pas nécessaire. » J'ai ditla méme chose que ce savant cardinal, et j'ai soutenu que «les preuves qu'on peut tirer de la nécessité du baptéme pour le donner aux petits enfans , étant détruites par nos réformés *, » i] ne leur reste rien dans l’Ecriture par où ils puissent s'assurer d'avoir été baptisés validement, eux qui comme nous ne l'ont été que dans l'enfance. Je persiste dans ce sentiment; et M. de la Roque m'y confirme, puisqu'il avoue encore dans sa Réponse « que le baptéme n'est pas nécessaire au salut des petits enfans 5; » desorte qu'il détruit lui-méme, avec la nécessité de ce
! La Roq., lI part., chap. ur, p. 264-266; Bellarm., lib. I de Saer. bapt., cap. vi; Majores, lib. III Decret., tit. xir, de Bapt., cap. 111. — ? Traité de la Communion, |I part., n. 6, p. 320. — * Bell., zózd., cap. IX ; Resp., ad 8 arg. — ^ Traité de la Communion. — * La Roq., II part., chap. 111, p. 266.
sacrement, toute la preuve d'Innocent III et du cardinal pe min, qui sont néanmoins ses seuls auteurs.
Cherchez donc, nos chers Frères, cherchez d'autres garans de votre baptéme que ceux que vous donnent vos ministres; appuyezle sur l'Ecriture; prouvez que le Fils de Dieu ou ses apótres ont enseigné à baptiser les petits enfans, et permettent de séparer le baptéme de l'instruction. Mais vous n'avez rien : vous rejetez la tradition : tout vous manque du cóté de l'Ecriture; ainsi, Messieurs, vous ne savez si vous êtes baptisés; vous ne savez si vous étes chrétiens; vous ne savez si jamais vous avez recu la communion pour laquelle vous voulez paroitre si zélés, puisque. vous n'étes pas assurés du baptéme, sans lequel il n'y a point de communion ni d'entrée aux sacremens de l'Eglise.
Les ministres ne sont pas moins embarrassés sur le baptéme donné par les hérétiques au nom du Père et du Fils et du Saint- Esprit. Je leur avois demandé en vertu de quoi ils le recevoient, puisque Jésus-Christ avoit donné le pouvoir d'administrer le baptéme, non aux hérétiques ni aux faux pasteurs, mais aux apótres et aux pasteurs véritables t. L'auteur de la seconde Réponse se tire en un mot de cette difficulté, en disant « que cela n'est d'aucune importance pour la foi ni pour la religion, quelque parti qu'on prenne, pourvu qu'on reconnoisse qu'il faut baptiser au nom du Pére et du Fils et du Saint-Esprit *. » Cela s'appelle donner pour preuve ce qui est précisément en question. On lui demande pourquoi le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit est bon des mains d'un hérétique et d'un faux pasteur, puisque le Fils de Dieu ne l'a confié qu'aux apôtres et aux pasteurs véritables; et il répond que cela n'est de nulle importance, pourvu qu'on invoque les trois Personnes divines , qui est ce qu'il falloit prouver par l'Ecriture , ou reconnoitre la nécessité de la tradition ; et aussitót, sans apporter aucune preuve, il passe en trois mots à une autre chose. Je conclus donc avec raison qu'il n'a point de preuves, puisqu'il n’allègue pour toute preuve que . sa décision. Mais le savant M. de la Roque, qui fait mine d'entrer plus avant dans la question, ne nous en dit pas davantage. ll s'a-
1 Traité de la Comm., p. 349 et suiv. — ? Anon., 1 part., chap. vi, p. 97, 98.