‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 205 sur 403 · PARTIE I, CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE II

gissoit dla produire quelque passage de l'Ecriture, pour montrer que le baptéme donné par un hérétique, en la forme légitime, est valide; au lieu d'en apporter du moins un seul, ce. docte ministre nous parle du démélé de saint Cyprien avec le pape saint Etienne, et des décisions du premier concile d'Arles, de celui de Nicée et de celui de Constantinople, et du baptéme que Théodoret et les évéques catholiques du royaume de Gondebaud donnérent dans le cinquième siècle aux marcionites et aux ariens.

Que fait à la question cette érudition superflue, et qu'est-ce que ce ministre veut conclure de ces faits? Quoi? que l’ancienne Eglise tenoit cette question pour indifférente? Quand cela seroit , qu'en reviendroit-il aux ministres? Ce n'est pas par l'autorité de l'Eglise, c'est par l'Ecriture seule qu'un ministre nous doit prouver que c'est une chose indifférente, parmi les chrétiens, de recevoir le baptéme d'un vrai chrétien ou d'un hérétique, d'un fidèle ou d'un ennemi de l'Eglise, d'un faux ou d'un véritable pasteur. Ce ministre ne songe pas seulement à produire aucun passage de l'Ecriture. Pourquoi jeter en l'air tant de paroles et faire accroire aux simples qu'on a répondu, à cause qu'on a beaucoup parlé?

Mais peut-être qu’il sera content de nous ôter la tradition, comme nous lui ótons l'Ecriture sainte? C'est fureur que de disputer de cette sorte, en ne nous laissant aucun moyen pour nous résoudre. Mais les ministres n'empécheront pas qu'il ne soit vrai que nos pères, dans cette célèbre difficulté, se sont résolus par la tradition. C'est la tradition que le pape saint Etienne soutenoit, . eomme il paroit par son décret. Saint Cyprien convenoit de la tradition, puisqu'il avouoit que la coutume étoit contre lui, et qu'Agrippin son prédécesseur avoit innové. Saint Augustin nous assure en plusieurs endroits, que la coutume que saint Etienne opposoit à saint Cyprien ne pouvoit venir que de la tradition apostolique, et que cette tradition ne laissoit pas que d'étre véritable, quoiqu'elle n'eüt pas encore été soutenue de toutes les preuves, ni affirmée par une expresse définition de toute l'Eglise catholique. Et cette tradition étoit si solide, que ceux qui l'avoient combattue y revinrent d'eux-mémes, en disant au rapport de saint Jéróme : « Que tardons-nous davantage à suivre ce que nos an-

cêtres nous ont enseigné , et ce qu'ils ont appris des leurs 1? » Ainsi,.comme dit Vincent de Lérins ?, il arriva dans cette occasion, « comme il arrive dans toutes les autres : l'antiquité fut reconnue et la nouveauté rejetée. » Que s’il fallut des conciles, ce n'est pas, comme le ministre semble l'inférer; ce n'est pas, dis-je, pour établir une chose nouvelle , mais pour déclarer et confirmer authentiquement la tradition ancienne. Et quand aprés les conciles on a rebaptisé les marcionites et les ariens, c'est que ces marcionites et ces ariens s'éloignoient de la forme solennelle et toujours recue dans l'Eglise, comme il seroit aisé de le montrer; de sorte que la tradition anéantissoit autant leur baptéme, qu'elle confirmoit celui des hérétiques qui baptisoient selon la forme recue. Que ceux qui méprisent cette tradition nous rendent raison de leur foi: qu'ils nous disent sur quoi ils se fondent pour accepter le baptéme des hérétiques et des faux pasteurs, qui n'ont qu'une apparence de vocation. Quand je demande aux ministres sur quoi ils appuient cette tradition de leur Discipline, qui, pour valider le baptéme , se contente de cette apparence de vocation , M. de la Roque croit me répondre, en disant « que cette expression désigne une vocation qui pour n'étre pas parfaite dans toutes ses parties, ne laisse pas d'étre suffisante pour l'administration du baptéme ?. » Mais ce n'étoit pas assez de le dire, il falloit le prouver par quelque passage. Il falloit, dis-je, prouver par quelque passage qu'une vocation imparfaite et méme trompeuse, telle qu'elle est dans les hérétiques déclarés, est suffisante pour administrer le sacrement de baptéme, encore que Jésus-Christ n'en ait confié l'administration qu'à ses disciples véritables, et qu'il avoit lui-méme appelés. Allez, leur dit-il, enseignez et baptisez *. Mais je vois bien que ce que les ministres ont eu dans l'esprit, quand ils ont agréé le baptéme donné par ceux qu'ils pensent hérétiques ; c'est qu'en effet ils nous croient tels, hérétiques et pires qu'hérétiques, puisqu'ils nous croient idolátres. Si done ils avoient rejeté le baptéme donné par ceux qu'ils rejettent comme hérétiques, ils seroient contraints d'avouer qu'ils ne seroient pas baptisés, eux

1 Hier., Dial. adv. Lucif. — * Vine. Lirin., | Comm. — 3 La Roque, p. 162. * Matth., xxvi, 19.

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