‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 208 sur 403 · PARTIE I, CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE I, CHAPITRE III

ces circonstances, dit-il, qui sont de la dernière nécessité, M. Jurieu entend simplement celles qui appartiennent à la substance du sacrement, et non pas celles qui ne sont pas de son essence. » Quelle réponse ! C’est de quoi nous disputons. On est d'aecord entre nous qu'il faut faire tout ce qui est de l'essence du sacrement; nous disputons pour savoir ce qui en est ou ce qui n'en est pas, et nous demandons qu'on nous trouve ici une règle dans l'Ecriture. La seule règle, dit cet auteur, est l'institution 2: Mais qui doute, encore une fois, qu'il ne faille faire tout ce qui est essentiel à l'institution. de la communion sacrée ? Nous recherchons ce que c'est, et si dans la distinction qu'il faut faire de certaines choses qui n'y sont pas essentielles les ministres nous peuvent donner quelque règle de l'Ecriture. Le ministre croit mieux s'expliquer en disant qu'il faut prendre pour non essentielles « les circonstances qui regardent seulement le temps, l'ordre et la posture des apôtres en communiant. » Pour la posture, j'avoue qu'il importe fort peu si les apôtres étoient à table, assis, ou couchés , selon l'ancienne. coutume , ou à la moderne; mais pour l'heure, comme par exemple de Ee la Cène le soir et à souper; et pour l'ordre, comme d'étre assis à la méme table, de manger tous ensemble d'un méme pain, et de boire dans une méme coupe , et encore en se la donnant l'un à l'autre en signe de charité, comme j'ai fait voir dans le Traité de la Communion que toutes ces choses avoient leur mystère et leur signification ?, et qu'on n’y a rien répliqué , c'est gratuitement et sans raison qu'on renvoie des circonstances si mystérieuses avec les choses accidentelles dont l'Eglise peut disposer. Et pour entrer un peu plus avant dans cette matiére, je ferai quelques réflexions sur deux circonstances importantes de la Cène de Notre-Seigneur ; l'une; qu'en signe d'unité, il communia ses apôtres avec un seul pain et un seul calice ; l'autre, qu'il leur donna la communion sur:le Soir et-dans un souper. |

La première circonstance est indubitable, et tous les ministres en sont d'accord avec nous. Et voici ce qu’en écrit M. Jurieu :

1 La Roq. * lI part.; chap. virt, p. 806. — ? Ibid. — ? re de la Communion, p. 317 et süiv. Ù

« L'autre fin pour laquelle le Sauveur a institué ce sacrement. c'est pour être un festin sacré, un repas de charité entre des freres, d’où nous puissions apprendre que nous devons estre parfaitement unis; et afin que cette lecon fust plus sensible, 4 a voulu que nous mangeassions d'un mesme pain rompu en diverses parties, ce qui noussignifie que nous devons estre comme les parties d'un mesme tout!.» Voilà le fait bien posé; et afin que nous soyons convaincus que c'est une institution divine, il ajoute : «Ce n'est pas un mystère imaginé par les hommes : Dieu lui-mesme a pris soin de s'en expliquer ; car il dit, par la bouche de saint Paul: Nous qui sommes plusieurs, sommes un seul pain et un seul corps, car nous sommes tous participans dumesme pain ?.»

Le ministre le Sueur en dit autant dans son Histoire de l'Eglise - « Le pain qu'on prenoit pour celébrer et administrer l'Eucharistie estoit d'ordinaire un pain entier. L'apostre saint Paul l'enseigne , I Cor., x, quand il dit que nous sommes tous participans du mesme pain ; ce qui fait croire que l'on offroit sur la sainte table un pain plus ou moins grand, selon le nombre qu'il pouvoit y avoir de communians. L'unité de ce pain representoit l'unité du corps mystique de Jésus-Christ, comme l'enseigne l'apostre au mesme lieu ?. »

C'est done une chose constante que lorsqu'il est dit dans l'Evangile que Jésus-Christ prit le pain et le rompit *, il faut entendre selon saint Paul et selon la pratique des apótres, que tous mangèrent d'un seul et méme pain, et qu'il y avoit en cela un dessein particulier du Sauveur, puisque c’étoit un signe d'union entre les fidèles et un mystère qui représentoit l'unité de son corps mystique. Il en est de méme de la coupe; et c'est la cause* de cette parole tant relevée par nos adversaires : Buvez-en tous *. Ce n'est pas comme ils se l'imaginent, que Jésus-Christ voulüt inculquer avec une force particulière la participation de la coupe ; mais c'est que leur présentant une méme coupe, il leur ordonnoit d'en boire tous ensemble, les uns aprés les autres, au méme sens qu'il est dit dans saint Luc : Prenez-la et la partagez entre vous;

1 Exam. de Ü'Eucharistie, p. 428. — ? I Cor., x, 47. — 3 Le Sueur, Hist. ecc, iv. IV, p. 157. — * Matth., xxvi, 26. — 5 [bid., 21. — 6 Luc., xXII, AT.

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