PARTIE I, CHAPITRE IV
Quoi, méme jusqu'à omettre ce que Jésus-Christ a fait, ainsi que je l'ai fait voir? Gela passe sans contradiction. dans la premiere Réponse, et la seconde ajoute de plus «que les protestans s'attachent religieusement à la seule autorité de Jésus-Christ, mais pourtant avec cet esprit de liberté qui en fait l'essence et la force. » Leur liberté va-t-elle jusqu'à se dispenser de faire ce que Jésus- Christ a fait pour bénir et pour consacrer le pain et le vin? Cependant le méme auteur venoit de dire que selon saint Paul, interprète de Jésus-Christ, la matière et la forme du sacrement étoit dw pain. béni et sacré, étoit du vin consacré?, sans doute par quelque parole prononcée distinctement sur l'un et sur l'autre ; et tous les chrétiens du monde, sans aucune contestation, l'ont pratiqué et le pratiquent ainsi dans tout l'univers et dans tous les siècles. « Mais, dit-il, ni Jésus-Christ, ni les apótres, ni l'Eglise primitive n'ont point prescrit de formes certaines ni nécessaires sur ce sujet?.» Quand cela seroit, s'ensuivroit-il qu’il soit libre de n'en avoir aueune, et d'administrer un saerement sans paroles? Qu'ils nous montrent dans leur Discipline ou dans leur Cène, quelque chose qui ressemble de prés ou de loin à la bénédiction que Jésus- Christ et ses apôtres, et toute l'Eglise aprés eux, ont faite sur chacun des dons proposés, pour déclarer ce que c'étoit et les consacrer? Est-ce que ces choses n'appartiennent pas à l'essence du sacrement, et que la parole n'en fait pas une partie essentielle? D'où vient done qu'ils se croient astreints aux paroles solennelles du baptême? Sont-elles plus claires dans l'Evangile que celles dont Jésus-Christ se servit en donnant son corps et son sang? Et que ne disent-ils à son exemple quelque chose qui signifie ce qu'on donne? Leur hardiesse en vérité est surprenante. M. Jurieu nous reproche que nous retranchons la consécration. «Elle se doit faire, dit-il, par la priére. » Et un peu aprés : « Le sens commun diete que les consécrations se doivent faire par les prières; et enfin le Seigneur Jésus consacra le pain pour être le sacrement de son corps par la priere ; car l'histoire de l'Evangile dit expressément qu'il prit du pain, qu'il rendit graces sur le pain et qu'il le bénit; et la bénédiction est justement l'action par laquelle on 1 Anonyme, I part., chap. vi, p. 101. — ? Jbid., p.91, — ? Ibid.
implore sur quelqu'un ou sur quelque chose l'augmentation de la grace; et il est certain, poursuit-il, que la pratique de l'antiquité a été parfaitement semblable à la nótre à cet égard, et il me seroit aisé de prouver qu'elle consacroit par la prière *, » Mais si vous voulez consacrer comme elle, et conserver quelque chose d'une antiquité que vous faites semblant de vouloir suivre, pourquoi avez-vous retranché cette invocation solennelle adressée à Dieu dans toutes les liturgies des chrétiens, pour le prier «de faire par son Saint-Esprit de ce pain préposé le corps, et de ce vin préposé le sang de son Fils?» Ils ne peuvent disconvenir que nous ne fassions solennellement cette priére commune à tous les chrétiens ; et ils savent bien que l'Eglise n'a jamais décidé qu'elle ne füt pas nécessaire; cependant eux, qui la retranchent, se vantent de garder l'institution de Jésus-Christ et la pratique de l'antiquité, et osent encore nous accuser et dire que c’est nous qui l'avons changée, et qui avons retranché la consécration. -
Mais enfin, dit la seconde Réponse, on ne sépare pas la Cène de la parole dans les églises protestantes, « puisqu'avant de distribuer la communion, on lit l'histoire de son institution, et l'on avertit tout le peuple qu'on va célébrer la mémoire de la mort de Jésus-Christ ?.» Devant Dieu et devant les hommes, est-ce là ce qu'on appelle bénir le pain et le vin, les consacrer, prier sur eux, comme on avoue que Jésus-Christ a fait, que saint Paul son interpréte l'a enseigné, et que toute l'antiquité l'a pratiqué unanimement dès les premiers siècles? Mais pesons les paroles de cet auteur : On lit, dit-il, l’histoire de l'institution. Est-ce donc là, selon lui, la parole qui doit accompagner le sacrement? Mais il s'en moque lui-même dans un autre endroit: «Cest, dit-il, comme qui diroit que pour baptiser, il faut réciter l'institution du baptéme, et dire en jetant un homme dans l'eau, et l'y plongeant : Allez, endoctrinez les nations, en les baptisant au nom du Pére, du Fils et du Saint-Esprit. » Mais peut-étre que la parole qui doit accompagner le sacrement, est comme il ajoute, «d'avertir le peuple qu'on va célébrer la mémoire de la mort de Jésus-
1 Ezam. de l'Euchar., traité vir, S 2, p. 431. — ? Anonyme, I part., p. 87. — 8 JI part., chap. vit, p. 258.