‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 5)Chapitre 214 sur 403 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

* Que la seule tradition explique quel est le ministre de l'Eucharistie, et décide de la communion des petits enfans.

Ils ne séront pas plus assurés du ministre de la Cène, s’ils persistent à refuser le secours de la tradition. Leur Discipline et tous leurs synodes décident unanimement, que c’est aux seuls ministres de la parole qu’il appartient de distribuer l’une et l’autre partie du sacrement; de sorte que les anciens et les diacres, à qui ils permettent la distribution dans le besoin, ne le font pour ainsi dire que de leur autorité ; et c’est pourquoi les synodes ordonnent que « les ministres parleront seuls en la distribution des signes sacrés , afin qu'il apparoisse clairement que l'administration des sacremens est de l'autorité de leur ministére?. » C'est aussi aux ministres seuls qu'il appartient de bénir la coupe sacrée, et les diacres s'étant ingérés en la présentant de dire ces mots de saint

! Anonyme, p. 87. — ? Syn. de S. Maix., 1609, Observ. sur la Discipline, chap. xir, art. 9, p. 185.

Paul : Cette coupe est la communion du corps de. Christ, en omettant que nous bénissons, le synode national décida qu'aucun. ne devoit être employé à proférer les paroles de l'Apôtre, s'il ne peut les dire toutes entières. Ainsi les ministres seuls peuvent bénir le pain et le vin ; et c'est une doctrine constante parmi nos réformés, que ce n'est pas faire la Cène, que d'en recevoir les signes, sans qu'ils soient bénis par les ministres et distribués en leur présence et de leur autorité. Mais tout ce qu'il y a dans l'Evangile qui pourroit autoriser cette doctrine , n'a point de force dans la nouvelle Réforme. On y enseigne constamment que ces paroles : Faites ceci, dont nous nous servons pour prouver qu'il appartient aux apôtres et aux successeurs de leur ministère de consacrer et de distribuer les saints dons, s'adressent à eux comme simples communians ‘, et non pas comme officians et distributeurs ; de sorte qu'il ne reste rien dans l'Ecriture, pour attribuer aux seuls pasteurs la consécration et l'administration de la Cène, et je me suis servi de cet argument pour montrer la nécessité de la tradition ?. Mais l'auteur de la seconde Réponse, plutôt que d'étre forcé à la reconnoitre, aime mieux dire « que tous les protestans en général conviennent que dans la nécessité, chaque père de famille est le pasteur et le ministre de l'Eglise que sa famille compose, et que par la nécessité méme chaque père de famille le peut faire, pourvu que cela n'aille jamais jusqu'à faire schisme ni division dans l'église dont il fait partie ?. » Je ne sais si tous nos réformés approuveront ces excès, qui renversent de fond en comble l'état de l'Eglise, ni s'ils permettront qu'avec cet auteur on préfère les dangereuses singularités de Tertullien montaniste, à toute l'autorité des siècles passés. Mais ils n'ont aucun moyen de réprimer cette licence, s'ils ne recourent à l'autorité de la tradition et de l'Eglise.

Ils ne peuvent non plus s'excuser de donner la Cène aux petits enfans, s'ils s'attachent simplement à l'Ecritare. Car je leur ai demandé si ce précepte : Mangez ceci, et Buvez-en tous, qu'ils croient si universel, ne regarde pas tous les chrétiens *? Mais s'il

! Anon., p. 100, 101.— ? Traité de la Comm., ll part., n. 6, p. 323.— 3 Anon., J part., chap. VI, p. 99. — * Traité de la Commun., MI part.;n. 10, p.349 et suiv.

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